Contre les agresseurs des personnalités publiques gabonaises à l’étranger, l’Alliance démocratique et républicaine (Adere) présidée par Victor Missanda propose au gouvernement d’envisager une déchéance de nationalité.

Manifestation des Panthères de la résistance à Paris. © Jean Aimé Mouketou

 

Des terroristes et des ennemis de l’Etat. Voici comment apparaissent aux yeux de l’Adere les Panthères de la résistance, ces jeunes Gabonais d’Europe et d’Amérique qui s’opposent avec véhémence au pouvoir d’Ali Bongo à la suite de sa réélection contestée d’août 2016. Il faut dire que l’aile de ce parti présidé par Victor Missanda n’apprécie pas du tout le modus operandi de ces compatriotes, dont les actions, au détriment des personnalités publiques gabonaises, particulièrement celles présentées comme proches du régime, ont défrayé la chronique ces derniers mois sur les réseaux sociaux. Il plairait bien à l’Adere de les voir déchus de leur nationalité.

Victor Missanda (debout au micro) et les siens invitent le gouvernement à déchoir «les Panthères du Gabon» de leur nationalité. © D.R.

Exprimé par un parti se voulant «démocratique», l’idée est à peine croyable. Pourtant, la proposition de son secrétaire général, Gabriel Bekaley Obiang, aux autorités est sans équivoque. Dans un communiqué rendu public le 11 juillet au soir, l’Adere a en effet invité le gouvernement à «examiner la possibilité d’introduire dans les lois de notre pays une disposition visant à la déchéance (de nationalité) ou à l’extradition de tout citoyen gabonais se rendant coupable d’actes d’anticivisme à l’étranger contre les autorités ou tout autre citoyen».

Si les «démocrates» de l’Adere appellent «actes d’anticivisme» le droit des citoyens gabonais de l’étranger à manifester leur colère et leur frustration, doit-on seulement leur rappeler que dans d’autres pays, en France par exemple où certains proches et collaborateurs d’Ali Bongo ont été hués, la déchéance de nationalité a été une chose difficile à envisager ? Sanction ultime avant la prison à perpétuité, elle vise depuis la réforme constitutionnelle française de 1996 les individus ayant acquis la nationalité reconnus coupables d’actes de terrorisme. Les Panthères de la diaspora gabonaise seraient-ils donc des terroristes du point de vue de l’Adere ?

Nicolas Sarkozy avait échoué à introduire, en 2011, la déchéance de la nationalité dans la loi française. Pourtant, son idée était de sanctionner «toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme ou de toute personne dépositaire de l’autorité publique». En octobre 2016, dans une interview au magazine L’Obs, après avoir proposé de l’inscrire dans la Constitution pour les auteurs d’actes de terrorisme suite aux attentats du 13 novembre 2015, François Hollande a avoué regretter sa proposition. «Je mesure le trouble que cette initiative a pu créer», avait finalement déclaré l’ancien président français, reconnaissant que «la déchéance de nationalité n’a aucune valeur dissuasive». L’Adere mesure-t-elle ce qu’elle propose ? Ali Bongo et les siens dormiront-ils mieux quand ils auront déchu de leur nationalité tous les gabonais installés à l’étranger qui ne pensent pas comme eux ? Pas si sûr.