«Il est des hommes dont les qualités humaines et les compétences professionnelles feront toujours l’unanimité», tel quel a été l’observation d’un internaute appréciant, sur les réseaux sociaux, la «standing ovation» à laquelle a eu droit Pacôme Moubelet-Boubeya, l’ancien ministre des Eaux et Forêts, lors de son départ du gouvernement, le 11 mai dernier.

Pacôme Moubelet-Boubeya, repartira-t-il au Palais du bord de mer ou rebondira-t-il ailleurs ? © YouTube

 

Voilà ce qu’on appelle «Sortir par la grande porte» ! C’est ainsi que se sont exclamées la majorité des personnes ayant suivi les vidéos amateurs, devenues virales sur la toile, montrant le départ de Pacôme Moubelet-Boubeya du ministère des Eaux et Forêt. L’homme a, en effet, eu le bonheur de se faire acclamer chaleureusement par ses anciens collaborateurs alors que d’autres avant lui sont partis anonymement et parfois sous les huées. Ailleurs, c’est bien connu, certains ministres ont eu d’autres fortunes.

Premier flic du pays

Le cas Pacôme Moubelet force l’admiration à plus d’un titre. Réputé taciturne, discret, donné parfois pour poltron voire incapable, à l’arrivée de l’Émergence, il a d’abord été perçu comme un cumulard caricatural. Il se trouve, en effet, qu’il arborait alors de nombreuses casquettes. Pour certains, sa sollicitation à de nombreux postes était dû à ce qu’il était l’un des «cracs» du président de la République, Ali Bongo Ondimba. Et pourtant, à cette époque, il n’était pas encore ministre. Il ne le deviendra que plus tard, en étant porté au ministère l’Enseignement supérieur et Recherche scientifique avant d’arriver au ministère de l’Intérieur. Ce département faisant de lui le grand gérant de l’élection présidentielle de 2016. Comme il est de coutume, généralement, les ministres de l’Intérieur sont, en périodes électorales, de surcroit la présidentielle, controversés sinon détestés. Perçu comme «premier flic du pays, homme de la répression, etc.», Pacôme Moubelet, comme par zèle, en avait d’ailleurs rajouté lorsque, selon Léon-Paul Ngoulakia, il aurait alors affirmé : «Aucun opposant ne pourra être élu tant que je serais ministre de l’Intérieur».

Sorti de la zone électorale, l’homme se vit attribuer un autre portefeuille : les Affaires étrangères. Mais partout où Pacôme Moubelet-Boubeya est passé il a su tirer son épingle du jeu, gérant les crises sans grand fracas, même si, à l’Enseignement supérieur, on le disait tout de même atone, furtif.

Alpinisme et ascenseurs

Ministère difficile en proie à des grèves à répétition, les Affaires étrangères sont un département où les agents et responsables travaillant aux étages supérieurs devaient faire de l’alpinisme pour rejoindre leurs bureaux. Du fait de sempiternelles pannes des ascenseurs, il fallait souvent grimper, à pieds, 6 étages de marches, Pacôme Moubelet aussi, tout comme son prédécesseur, devenu Premier ministre.

La légende voudrait que la réparation des ascenseurs ait été payée de la propre poche du ministre. En tout cas, il est parti de là sans avoir eu à gérer de grèves. Les agents des Affaires étrangères en parlent comme d’un homme à l’écoute,  intègre et respectueux de sa parole. Est-ce cela qui a fait qu’il soit abondamment ovationné à sa sortie du ministère des Eaux et Forêt au terme de la passation de charges ? Il y avait, en tout cas, comme un regret chez les agents qui suppliaient, à la limite, pour «la continuité», ainsi qu’on l’entend dans la fameuse vidéo en circulation. L’on n’oubliera pas que lorsque Moubelet-Boubeya arrivait dans ce ministère, les employés étaient en grève et régulièrement en grève auparavant. L’homme avait réussi à ramener le calme dans le navire.

La méthode Moubelet ?

Quelle est donc la méthode Moubelet ? Visiblement, ceux qui l’on fréquenté et le connaissent affirment qu’il sait écouter, qu’il reconnait la valeur des syndicalistes, ne les percevant pas comme de simples «va-t-en-guerre et encore moins des fous». Selon les témoignages, c’est un ministre qui «sait que  les problèmes que posent les syndiqués sont réels. Plutôt que de les prendre en adversité». D’autres affirment qu’il échange régulièrement avec eux pour essayer de trouver des solutions et anticiper les problèmes. «C’est de ce type de personne dont l’émergence a visiblement besoin pour calmer les ardeurs et mettre les gens au travail sans contrainte, dans un pays en proie à des grèves multisectorielles comme le nôtre», a laissé entendre un agent des Eaux et Forêts, admiratif.

Les états de service de Pacôme Moubelet parlent pour lui. A quoi peut donc le préparer sa sortie du gouvernement ? Natif d’une province ayant fait des présidents de l’Assemblée nationale, pourra-t-il retourner au Palais du bord de mer ou rebondira-t-il ailleurs ? Seul le chef de l’Etat le sait.