Il ne passe un jour sans que les agents de la mairie de Libreville ne circulent dans leur pickup avec, à bord, des marchandises saisies dans les magasins, au mépris de la note émise récemment par le Premier ministre, Raymond Sima. Une mesure qui visait à proposer une solution d’urgence à la baisse des prix en supprimant, à travers les contrôles, la parafiscalité.

Gabonreview.com - Boutiquier de quartier - © AFP

C’était le 3 août dernier à l’issue d’une concertation entre le Premier ministre, Raymond Ndong Sima, et une dizaine de syndicats, autour de la question brulante de la tendance haussière des prix des denrées dans le pays. Le chef du gouvernement gabonais avait alors annoncé la suspension des contrôles de commerce sur l’ensemble du territoire jusqu’à nouvel ordre.

Or à ce jour, visiblement, un petit détour dans les quartiers de la capitale permet de constater qu’il y a des personnes qui se réclament de la mairie et qui continuent de mener des contrôles. Lorsqu’ils débarquent à bord de leur véhicule, ils envahissent les boutiques, pour la plupart tenues par des ouest-africains, avec une brusquerie dans un but d’intimidation. Ensuite, ils demandent les documents de la mise en place de la structure, la pièce d’identité du propriétaire et effectuent un semblant de vérification des dates de péremption sur les produits exposés.

Tout cela s’achève toujours par un motif de dispute. La plus part des boutiquiers, qui restent ouverts à la vue de ces agents de la mairie, parfois accompagnés de policiers, estiment ne rien avoir à se reprocher. Or, ces agents visiblement corrompus, finissent toujours par trouver un motif fallacieux qui leur permet de faire paisiblement main basse sur des produits exposés.

«Que faites-vous de l’annonce faite par le premier ministre interdisant les contrôles. Bande de voleurs !», a fulminé une mère de famille qui venait acheter du pain ce lundi matin, aux alentours de 9 heures, dans une boutique jouxtant sa maison, où les agents de la mairie faisaient une descente musclée voulant repartir avec de la marchandise sous prétexte que le gérant leur avait «mal parlé».

«Ils m’ont demandé tous mes papiers, je leur ai montré. Ils ont vérifié la marchandise et tout est apparemment bon. Maintenant ils me demandent un coca avant de repartir. J’ai refusé et ils ont commencé à me menacer avant de vouloir prendre ma marchandise de force», a expliqué le tenancier de ce magasin à Nzeng-Ayong, soutenu par la population prête à en découdre avec ces agents qu’elle qualifiait de «véreux».

Des questions n’ont pas manqué de sortir lorsque les agents se sont enfuit. «Qui a finalement le dernier mot dans ce pays ? Le premier ministre a pris une décision et un petit agent de la mairie refuse de l’appliquer ?», s’est interrogé un agent de le Sogatra qui a assisté à la scène.

«Le maire de Libreville doit pouvoir répondre de ce qui se passe là. A moins que la mairie ait été exemptée», a essayé de comprendre une autre riveraine courroucée par ces scènes qui deviennent désormais récurrentes dans le quartier.

Si force reste à la loi, il n’est pas de bon aloi, lorsque le gouvernement essaie d’apporter des solutions, même discutables, à la hausse des prix dans le pays, que d’autres foulent au pied cette autorité sans crainte. La conséquence de cela est malheureusement que les prix sont restés à la tendance haussière. Les boutiquiers, qui généralement craignent de dénoncer les coupables, estiment qu’il y a trop de manque à gagner au regard de ce que leur font subir ces contrôleurs de la mairie.

Il ne sert à rien de prendre des décisions si on ne peut les faire appliquer et on attend la réaction du gouvernement face à ces exactions qui bafouent son autorité.