Il y a dix-huit mois, le second était l’adjoint du premier à la direction générale du Budget et des Finances publiques. On croyait alors à un tandem en parfaite symbiose. Mais dès l’entrée au gouvernement, en octobre 2016, de Jean-Fidèle Otandault, une première «passe d’armes» eut lieu entre les deux hommes au sujet du règlement de la dette de l’Etat. Depuis lors, les relations entre les deux personnalités qui tiennent les finances de la Nation se seraient dégradées davantage…

Fabrice Andjoua Bongo Ondimba (à g.) n’hésite pas à contourner son supérieur hiérarchique, Jean-Fidèle Otandault (à d.). © Gabonreview

 

Pour paraphraser le Général Pierre de Villiers, ancien chef d’Etat-major des Armées françaises, «ces deux-là ne sont pas dans la comédie humaine, ils tirent à balles réelles». Il semblerait que l’échange de correspondances qu’ont eu les deux hommes  – tous deux «monstres froids aux méthodes brutales», selon l’expression d’un collaborateur de l’un d’entre eux – à la fin de l’année 2016 a laissé des traces, des écorchures ayant du mal à cicatriser. Cet échange a dégradé le lien de confiance et de collaboration, un lien pourtant fondamental entre le ministre et un de ses principaux collaborateurs. Du coup, dans «la maison Budget», leurs relations peu avenantes, pour ne pas dire «orageuses» (terme utilisé par La Lettre du Continent), sont connues des collaborateurs de l’un et de l’autre, même si certains tentent de les minimiser. Un proches du directeur général du Budget tente tout de même de nuancer les choses :  «des divergences sont apparues entre Otandault et Andjoua Bongo sur la conduite et l’exécution de certains dossiers, mais, pour le reste, tout va bien».

La conséquence de ces divergences est que le ministre d’Etat chargé du Budget et des Comptes publics s’appuie désormais, selon différentes sources, sur la DGA2 du Budget, dont il aurait sollicité et obtenu la nomination à ce poste pour suivre certains dossiers, tandis que l’autre, «Fabrice Andjoua Bongo Ondimba hésite d’autant moins à contourner son supérieur hiérarchique qu’il est soutenu, au Palais du bord de mer, par Brice Laccruche Alihanga». «Ce dernier, directeur de Cabinet du président de la République, souhaite l’éviction de Jean-Fidèle Otandault, car jugé trop proche de Maixent Accrombessi», selon La Lettre du Continent, parue le 4 avril dernier. Il est à souhaiter que la machine bien huilée d’autrefois ne se grippe !

Cette situation a, de toute évidence, un coût en termes d’exécution des instructions et en traitement des dossiers, notamment les plus sensibles, mais aussi dans le respect des valeurs qu’affiche de tout temps l’administration : respect de la hiérarchie, exécution des instructions, confidentialité… Si le ministre du Budget et des Comptes publics et le directeur général du Budget et des Finances publiques ne parlent pas de la même voix, il y a des risques d’enlisement et de blocage. De nombreux observateurs font remarquer que «de telles situations deviennent récurrentes dans ce département ministériel, quand on se rappelle les relations difficiles qu’avaient eues Matthias Otounga, alors ministre du Budget, et le directeur général du Budget d’alors, un certain Jean-Fidèle Otandault»…