Visant à mettre la main sur de hauts dirigeants, anciens ou en service, impliqués dans des détournements de deniers publics, l’opération tient une nouvelle prise de poids. Le patron des Douanes a été interpellé le 26 février dernier à Libreville.

Le directeur général des Douanes, Alain-Paul Ndjoubi Ossamy. © Gabonreview

 

La capitale gabonaise s’est réveillée dans la stupeur, ce 27 février, avec l’annonce de l’arrestation du directeur général des Douanes. De sources concordantes en effet, Alain-Paul Ndjoubi Ossamy a été interpellé le 26 février dernier par les services de la Direction générale des recherches (DGR). Gardé à vue 24 heures durant, le patron des Douanes pourrait être présenté au parquet de Libreville, ce 28 février.

Si rien n’a filtré sur les raisons officielles de cette interpellation, beaucoup ont souligné qu’elle s’inscrit dans le cadre de l’«Opération Mamba», visant à mettre la main sur de hauts dirigeants, anciens ou en service, impliqués dans des détournements de deniers publics. L’arrestation d’Alain-Paul Ndjoubi Ossamy est intervenue après l’audition, à la Police judiciaire (PJ), de plusieurs pontes de l’administration des Douanes dans le cadre d’une enquête.

Celle-ci a révélé l’existence d’un vaste réseau de détournement de recettes douanières. En guise d’exemple, a expliqué une source proche du dossier, «un conteneur de 40 pieds en provenance d’Asie du Sud-ouest, dont la valeur douanière pouvait plafonner à 4 millions de francs CFA, était facturé à peine à 1, 2 millions de francs. Et le différentiel échouait directement dans les poches des inspecteurs des Douanes, des transitaires et apporteurs d’affaires, leurs complices».

C’est donc au cours de ces auditions des cadres des Douanes, liées à cette enquête, qu’Alain-Paul Ndjoubi Ossamy aurait été balancé. Selon un responsable auditionné, le directeur général des Douanes et ancien patron de la Société gabonaise des transports (Sogatra), aurait encaissé la somme de 100 millions francs CFA versée par Satram. En gros, le directeur général aurait perçu des versements en lieu et place du Trésor public, pour réduire les amendes infligées à plusieurs sociétés en contentieux.

Si ces éléments paraissent accablants pour Alain-Paul Ndjoubi Ossamy, d’aucuns estiment que l’«Opération Mamba» n’est qu’un prétexte pour mettre hors d’état de nuire le patron des Douanes. Identifiée comme première niche de recettes fiscales à atteindre les quotas des recettes fixées par le gouvernement pour ses besoins budgétaires, la Douane gabonaise traversait une passe difficile ces dernières années. La faute au réseau de détournements de recettes douanières susmentionné.

Il aura fallu attendre l’arrivée d’Alain-Paul Ndjoubi Ossamy, en octobre 2015, pour que cette administration reprenne des couleurs. Pour stopper cette hémorragie de recettes, le «nouveau» patron avait notamment initié une série de réformes avec, entre autres, le renforcement des contrôles sur l’entrée au port des marchandises importées. Des réformes ainsi peu appréciées par certains cadres des Douanes, dont la rapidité et la fréquence d’enrichissement s’est vue freinée.

Vu sous cet angle, le motif de l’arrestation d’Alain-Paul Ndjoubi Ossamy paraît tout aussi plausible, que son implication supposée dans la réduction des amendes infligées à plusieurs sociétés en contentieux. D’autant qu’il a même été interpellé un jour non-ouvrable. Dans tous les cas, l’affaire est en cours et de nouveaux éléments d’enquête sont attendus dans les prochaines heures.