«Chassez le naturel, il revient au galop» est-on tenté de dire au regard de l’occupation informelle qui regagne peu à peu certaines voies et les espaces publics à Libreville. Le constat est patent au marché Mont-Bouët, le plus grand du pays, et dans de nombreux carrefours et marchés périphériques.

Sur un marché informel de Libreville - © AFP/Wils Yanick Maniengui

Quelques semaines avant la rentrée scolaire, les commerçants qui avaient été déguerpis des artères du marché Mont-Bouët de Libreville sont revenus sur leurs pas. Le prétexte, indiquent certains : se rapprocher des clients, notamment des parents d’élèves qui s’attèlent à l’achat des fournitures scolaires. Un argument qui peu tenir de la mauvaise foi, lorsqu’on sait que c’est le client qui va vers le produit. Cette nouvelle occupation de l’espace public dont ces commerçants avaient été chassés, s’effectue sous le regard des agents de police, impassibles, commis sur les lieux pour assurer la sécurité et veiller au respect de la loi.

De la descente de l’ex-gare routière au carrefour Petit-paris, en passant par la tour centrale du marché de Mont-Bouët où se regroupent les policiers, les vendeurs, pour la majorité, des marchands à la sauvette, ont investi les routes et écoulent leurs marchandises paisiblement. Des agents de force de sécurité patrouillent et feignent de ne pas comprendre ce qui se passe. Eux aussi faufilent entre les passants et les commerçants, confisquant de temps à autre des marchandises.

C’est d’ailleurs une dispute entre un jeune revendeur à la sauvette, défendant ses maillots contrefaits aux couleurs des équipes de football les plus côtés du monde, qui a attiré l’attention du reporter de Gabonreview. Le jeune commerçant informel s’insurgeait contre le fait que les hommes en bleu-blanc avaient laissé tout le monde qui s’affairait autour d’eux pour ne s’en prendre qu’à lui. Menaçant violement quiconque voulait s’interposer, les agents du maintien de la sécurité agissaient là comme s’ils étaient guidés par l’instinct. «Ils savent pourquoi c’est lui qu’ils attrapent», a lancé sous cape un autre commerçant. «Le fait est qu’ils nous laissent vendre comme ça moyennant quelque chose [Ndlr : un montant qui peut aller de 500 francs CFA, selon les quantités, à plus de 10 000 francs CFA]. Et lorsque leurs chefs sont pressentis, tout le monde ramasse les bagages et disparaît», a-t-il ajouté.

A Nkembo, dans le deuxième arrondissement, les commerçants continuent d’écouler leurs marchandises sur les trottoirs, obligeant les piétons à circuler sur la voie publique, ce qui pousse les hommes et les voitures à se disputer la chaussée ainsi étriquée avec tous les risques que cela comporte.

Au carrefour Nzeng-Ayong, dans le sixième arrondissement, comme au carrefour Charbonnages, dans le premier arrondissement, le scénario est le même. Les trottoirs sont désormais occupés par les marchands. «On nous a chassé partout sans donner suite à ces déguerpissements et à ces destructions. Les marchés sont petits et les places coutent chères. Moi qui vend du piment, avec quel argent pourrais-je me payer une telle place alors que j’ai des bouches qui vivent de mon petit gain journalier», a lancé furieuse une mère de famille à l’entrée des Charbonnages devant son étal de piment.

Pour rappel, avant la Coupe d’Afrique des nations 2012, le ministère de l’Intérieur avait procédé à la destruction de tous les domaines empiétant sur le l’espace public, assurant que Libreville, la capitale gabonaise, devrait redorer son blason et devenir une ville moderne et salubre où il fait bon vivre. On soutenait également, lors de cette opération, que «plus rien ne serait comme avant». Une manière de dire que toutes les mesures avaient été prises pour éviter un retour à la case de départ, d’autant plus que l’opération du ministère de l’Intérieur faisait suite à celles déjà effectuées, et à plusieurs reprises, par la municipalité en vue de débarrasser la ville ses différents marchés spontanés. Où en est-on alors, pourrait-on demander à la Mairie de Libreville et au ministère de l’Intérieur.