Lin Nzoghe Ntoutoume, artiste peintre plus connu sous le pseudonyme de Nzorlyn, est décédé le dimanche 12 avril 2015 à la clinique El Rapha de Libreville. Toute sa vie durant, il aura été un outsider, aussi bien de la petite bourgeoisie locale que du Landerneau gabonais des arts plastiques.

Lin Nzoghe Ntoutoume dit Nzorlyn. © D.R.

Lin Nzoghe Ntoutoume dit Nzorlyn. © D.R.

 

Un profil de juif ashkénaze, des dreadlocks en guise de rouflaquettes, une dégaine de dandy pistolero, une élocution arrogante et digne d’un personnage de Western… Lin Ntoutoume alias Nzorlyn était résolument un personnage atypique. On l’aimait ou on ne l’aimait pas, mais il ne laissait personne indifférent. Issu de la petite bourgeoisie locale, il s’est refusé à la reproduction des classes sociales et a vécu sa vie sa vie d’artiste sans être un crève la dalle. Sans doute l’illustration de ce que les arts plastiques peuvent convenablement faire vivre leur homme.

Nzorlyn. © D.R.

Nzorlyn. © D.R.

Lin Nzoghe Ntoutoume est le fils d’un défunt maire de Libreville très connu pour avoir été surnommé Le Shérif. On peut affirmer que celui-ci voulait une éducation rigoureuse et un autre avenir pour son fils au point de l’envoyer en formation chez les Jésuites. Mais le jeune Ntoutoume s’est toujours refusé à la dictature du «On». C’est-à-dire de vivre comme «on» doit vivre, s’habiller comme «on» doit s’habiller, penser comme «on» doit penser.

Ce désir profond de liberté l’a poussé à embrasser les arts plastiques. Il se retrouve donc dans la section Arts graphiques de l’Ecole des arts et manufacture (ENAM) de Libreville. A l’issue de cette formation, il s’inscrit à l’Académie de Port-Royal de Paris (Dessin et Peinture) puis à l’Atelier 63 (Gravure). Dès 1987, il expose au Centre culturel français (CCF) de Libreville. On le retrouve ensuite à la Triennale mondiale de l’Estampe à Chamalière, à Toulouse, au «Génie de la Bastille» à Paris, ou encore en Macédoine. En février 2007, il est en résidence de création à Lyon et réussi à vendre toutes les créations qui en sont sorties.

Nzorlyn s’est toujours refusé à être un être un artiste conceptuel devant passer plus de temps à élaborer ou à rédiger une argumentation qui devra par la suite justifier des œuvres n’ayant parfois rien d’artistique. «L’art est un tout», disait-il «il n’est pas une définition mais un état d’esprit […] Commenter, expliquer, raconter, définir, calculer et imiter n’est pas créer».

Il pensait que beaucoup de gens passent à côté de leur vraie vocation et finissent par embrasser des carrières qui leur permettent certes de gagner leur vie mais qui peuvent s’avérer sclérosantes et qui ne permettent nullement l’épanouissement de l’être. S’il pensait que tout le monde ne peut pas devenir un artiste de talent, il ne recommandait pas moins aux parents de surveiller et de ne pas étouffer la graine originale qui peut germer en certains enfants. Nzorlyn s’offusquait également de ce que de nombreux quidams sans talent particulier usurpent le statut d’artiste au point que l’art devient le rebut de tous ceux qui n’ont pu s’exprimer ou trouver leur place ailleurs. «Ce n’est pas parce qu’on sait dessiner un cartable ou un mouton qu’on peut devenir un artiste respectable pouvant vivre de ce métier. Les acheteurs d’art ne sont pas des consommateurs de soupe infecte», disait-il.

Il ressentait, ces derniers temps, une douleur à la jambe qu’il pensait être un problème de nerf sciatique. Mal lui en a pris. Ayant décidé de se rendre à l’hôpital, un peu tardivement, cette douleur est plutôt passée au cœur et il décède en arrivant à la clinique El Rapha de Libreville. Il préparait une exposition et laisse une multitude de toiles qui ornent bien de beaux salons de Libreville et d’ailleurs. Il avait 46 ans.

 

 
GR
 

7 Commentaires

  1. mossodjo dit :

    Repose en paix Grand Lin, un esprit libre qui avait deja tres jeune pu s’elever bien au dela des limites que le monde materiel impose aux humains.

  2. Aminata dit :

    éh oui comme te décrit si bien le journaliste »personnage atypique digne d’un personnage de western » j’ajouterais personnage mystérieux talentueux et compatissant…
    Vraiment repose en paix je garde de très beaux souvenirs de toi puisse Dieu permettre que ton art subsiste et que des jeunes qui aspirent à ce métier s’inspirent de toi!!! que la terre te sois légère

  3. Shamssya dit :

    Un être rempli d’amitié et d’amour, toujours prêt a donner de son temps et de son expérience pour soutenir la cause juste…altruiste et tendre…Lyno reposes en paix homme au grand coeur tu vas nous manquer♡. Que Dieu t’accueille dans son paradis.

  4. L'élégance intérieure dit :

    Rencontre inoubliable! Tu resteras pour toujours dans notre cœur!

  5. Le Miroir de la petite émergence dit :

    Nzorlyn, tu avais trouvé ta place sur cette terre durant toutes ces années; maintenant tu nous laisses pour trouver ta place parmi les étoiles éternelles. Puisse Dieu t’accueillir dans son Royaume.

    Le petit frère de Jean-Philippe A. M.

  6. ONDO dit :

    Je n’oublierai jamais les moments que nous avons partagés ensemble lors du tournage du film « Les couilles de l’éléphant » en 2001. Depuis, on avait gardé de très bons rapports. RIP Nzorlyn.

    John Franck ONDO

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