En l’espace de deux semaines après les évènements du 15 août dernier, la chaîne de télévision privée TV+ vient de faire les frais d’un commando dont la mission était vraisemblablement de détruire le matériel et de mettre hors-service les installations de cette chaine de télévision appartenant à l’opposant André Mba Obame. Une attaque condamnée par un communiqué du ministère de l’Intérieur, qui annonce l’ouverture d’une enquête.

Nouvelle attaque sur le matériel de TV+ - © Gabonreview.com

On serait tenté de croire que les mauvaises passes pour la chaîne de télévision TV+, propriété du leader de l’opposition gabonaise André Mba Obame, ne font que commencer. Car, comment comprendre qu’en l’espace de deux semaines, ce média privé ait essuyé deux attaques d’un commando dont l’identité reste encore à déterminer ?

Le dernier raid, vraisemblablement destinée à mettre en ruine l’appareillage d’émission et de transmission installé dans les locaux de la chaine situés au bord de mer à Libreville près de l’agence Air France, a eu lieu dans la nuit du 4 au 5 septembre entre 3 et 4 heures du matin. Dans la même nuit, les émetteurs de cette télévision, installés à Nkembo dans le 2e arrondissement de Libreville, ont aussi enregistré une visite malveillante.

«Nous avons été attaqués dans la nuit d’hier à aujourd’hui par un groupe de six personnes au total qui sont arrivées entre 3 heures et 4 heures du matin. Ils ont d’abord pris en otage le vigile qui garde tout l’immeuble. Ils lui ont assené des coups de marteau sur la tête et l’ont jeté dans l’ascenseur pour lui enjoindre de les conduire vers les locaux de TV+. Arrivés devant notre grille, ils ont tenté de la défoncer, mais la porte blindée a pu résister et empêcher l’intrusion des malfrats dans les locaux de TV+» a déclaré Ismaël Obiang Nzé, rédacteur en chef de TV+, joint au téléphone.

«Notre gardien qui se trouve à l’intérieur des studios, a pu alerter immédiatement les gardiens des autres immeubles aux alentours, mais aussi les habitants de l’immeuble où se trouve TV+ et Franck Nguéma (directeur de la chaine de télévision, NDLR), qui a fait appel à la police judiciaire. Celle-ci est arrivée vers 4h 30. Mais le commando avait déjà pris la fuite», a raconté Ismaël Obiang Nzé.

Selon le rédacteur en chef de TV+, dans son équipée nocturne, le même commando s’est projeté, vers 4h30 du matin, sur le site d’émetteurs de TV+ situé au quartier Nkembo de Libreville afin de frapper à nouveau ces installations qui avaient déjà été brûlés par un commando dans la nuit du 15 au 16 août dernier vers 1h du matin. La vingtaine de vigiles protégeant le site de Nkembo s’est interposée vigoureusement et le commando a battu en retraite.

Pour Ismaël Obiang Nzé, le danger supplémentaire est que l’immeuble n’abrite pas seulement TV+. Une ambassade, des personnalités, des services, des hommes d’affaires et d’autres Gabonais y sont également installés. Toutes ces entités craignent désormais pour leur sécurité.

«Qui peut croire qu’Ali Bongo Ondimba est un démocrate quand son pouvoir monopolise les médias publics pour sa propagande exclusive, et agit avec des méthodes anti démocratiques en s’attaquant physiquement aux médias privés pour les bâillonner afin d’empêcher l’opposition de s’exprimer librement. Effectivement, les promesses d’Ali Bongo Ondimba n’engagent que ceux qui y croient, car en réalité nous sommes au Gabon face à une dictature émergente depuis 2009, et c’est dommage pour le développement du Gabon et la cohésion sociale» a déclaré, dans un communiqué, Franck Nguéma, le président-directeur de la chaîne de télévision.

Il a été indiqué que le gardien molesté au marteau est actuellement interné la clinique à El Rapha. Il est revenu du coma dans lequel il avait plongé pour avoir perdu beaucoup de sang.

Communique du ministère de l’Intérieur

Suite aux déclarations faites par Monsieur Ismaël OBIANG NZE, Rédacteur en Chef de la chaîne de télévision TV+, déclarations relatives à une attaque dont aurait été  l’objet le gardien de leurs installations à Libreville, le Ministre de l’Intérieur qui ne l’apprend que par voie de presse, entend saisir la Justice à l’effet d’ouvrir une enquête sur ces supposés actes de violence perpétrés par des inconnus.

Selon le Rédacteur en Chef de cette chaine de télévision privée, cette attaque serait la seconde en l’espace d’un mois. La première ayant eu lieu dans la nuit du 15 au 16 août dernier et qui aurait visé cette fois l’antenne émettrice de la chaîne de télévision.

Sur ces entrefaites, le Ministre de l’Intérieur exprime sa préoccupation face à ces actes perpétrés contre un organe de presse. Des actes qui, s’ils étaient avérés, constituent un fait grave.

Le Ministre de l’Intérieur rappelle qu’au Gabon, la Constitution de la République en son article premier, alinéa 2, consacre la liberté d’expression et de communication. Cette liberté est garantie à tous les citoyens sous réserve du respect de l’ordre public.

Par ailleurs, la loi n° 12/2011 du 11 décembre 2011 sur la presse audio visuelle, cinématographique et écrite, en son article 3 indique clairement que la communication audio visuelle, cinématographique et écrite est libre en République Gabonaise, sous réserve du respect de l’ordre public, de la liberté d’autrui et de la dignité des citoyens.

Le Ministère de l’Intérieur, garant des libertés et attaché à la légalité prendra toutes les dispositions nécessaires pour que les auteurs supposés de ces actes en répondent devant la loi.

Fait à Libreville, le 5 septembre 2012

Jean François NDONGOU
Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Publique,
De l’Immigration et de la Décentralisation.