Surpris par l’interpellation de son client, Ben Ali, sorti pourtant de prison il y a deux semaines, Irenée Mezui Mba est dépité. Dans cette interview accordée le 2 octobre à Gabonreview, l’avocat dénonce le vice de procédure en matière de garde à vue et la privation d’accès à son client, non sans promettre de saisir le procureur de la République pour lui faire constater la violation du droit.

Ben Ali, sorti pourtant de prison il y a deux semaines. © D.R

 

Me Irénée Mezui Mba, avocat de Mohamed Aït Ben Ali. © Facebook.com/mezuimbaovono

Gabonreview : Comment expliquez que votre client soit de nouveau interpellé, quelques jours après avoir été libéré ?

Irénée Mezui Mba : Je me pose la même question au moment où vous me la posez. Parce que, comme vous le dites et comme vous le savez, tout le monde le sait, il a été libéré il y a deux semaines. Et le mardi, il est appelé au téléphone par les agents du B2 pour qu’il vienne récupérer ses effets, notamment les ordinateurs qu’ils lui avaient retirés. Lorsqu’il s’y rend, c’est pour se retrouver en prison. Ce n’est qu’aujourd’hui que je le lis dans le journal L’Union. J’avoue que je ne connais pas les mobiles ou les raisons pour lesquelles il serait emprisonné, parce que je n’ai pas accès à lui.

Où se trouve-t-il actuellement ?

Il se trouve actuellement au B2.

Cette interpellation est-elle liée à l’affaire du lotissement de Marseille II ?

L’affaire de Marseille II fait partie du dossier pour lequel il avait été placé sous mandat de dépôt et pour lequel, pendant toute la durée de l’instruction, il a apporté tous les éclaircissements possibles. Et c’est très important de vous le signaler, la loi au Gabon, notamment le Code de procédure pénale, indique clairement que lorsque quelqu’un est placé sous mandat de dépôt, il a accès immédiatement à son avocat, voire son médecin.

Mais je puis vous dire que depuis qu’il a été placé en garde à vue, tout est fait pour que je n’aie pas accès à lui. Je me suis rendu là-bas mardi matin, les agents m’ont répondu qu’ils ne détiennent pas mon client. Je leur ai dit que ce n’était pas vrai, parce que ses parents m’ont signifié qu’il était là. Mais ils m’ont servi la même réponse. Je ressorti et j’ai appelé ses parents qui sont venus me rejoindre. Lorsque je suis revenu avec les parents de mon client, les agents nous ont signifié qu’on ne pouvait pas le voir, parce que c’est un jour férié. Il faut revenir le lendemain.

Aujourd’hui, ce matin je suis reparti. Après avoir donné ma carte et décliné les raisons de ma présence, c’est-à-dire voir mon client monsieur Ben Ali qui est détenu, un des agents a pris ma carte et est entré dans l’un des bureaux et y resté pendant 15 à 20 minutes. Et quand il est ressort, il m’a fait comprendre qu’il lui a été dit que je ne peux pas le voir aujourd’hui, que je revienne demain.

Que comptez-vous entreprendre comme prochaine démarche ?

Dans un premier temps, je vais saisir le procureur de la République pour lui faire constater la violation manifeste du droit au Gabon. Ensuite, je vais tout faire pour que le droit soit respecté. Mon client a été placé abusivement en garde à vue. Il ne mange pas. Il a entamé une grève de la faim. Or, ce monsieur est très malade. J’espère que ceux qui sont derrière cette affaire, sont conscients de ce que ce monsieur peut d’un moment à l’autre, perdre sa vie.

DERNIÈRE MINUTE

L’avocat de Ben Ali a finalement été autorisé à rencontrer son client vers 17 heures. Il livre, ci-après, les informations tirées de ses échanges avec les agents du B2 :

Je sors à peine du B2 où on m’a afin autorisé à le rencontrer. Toutefois, je ne sais toujours pas pourquoi il est détenu. Les agents m’expliquent qu’on l’aurait interpelé parce que le procureur de la République voulait le rencontrer et qu’il a demandé à ce qu’on le lui présente.

J’ai voulu savoir de quel procureur il s’agissait, on m’a juste dit le procureur. Alors, il aurait été amené devant le procureur. Et au cours de cette séance où il y avait d’autres procureurs aussi, le procureur qui avait souhaité le rencontrer lui a dit que monsieur Ben Ali, vous pouvez rentrer chez vous, c’est fini. Et au moment de partir, un autre procureur a brandi un soi transmis. Et ce procureur a demandé de le garder.

J’ai souhaité voir le soi transmis, parce que la loi m’autorise à avoir accès au dossier quand mon client est en garde à vue, ils m’ont répondu qu’ils ne le détenaient pas. Le document se trouverait entre les mains de leur chef, lui seul pouvait me renseigner. Malheureusement, évidemment comme je pouvais m’y attendre, ce chef n’était pas présent. Donc, je ne sais absolument rien. Donc je ne connais toujours pas les raisons de sa détention. Voilà comment les gens sont désormais détenus au Gabon. On parle d’un procureur sans préciser lequel ? Parce que le procureur de la République c’est Monsieur Nzaou. Il a des adjoints et il y a des substituts. Donc ils sont clairement identifiés. Si c’est l’un d’eux qui a produit le soi transmis et a demandé de garder mon client, son nom devrait être connu. Je ne sais pas pourquoi on veut cacher le nom de ce procureur. Mais je puis vous assurer que je vais tout faire pour savoir ce qui se cache derrière cette affaire.

Auteur : Jean-Thimothé Kanganga