Plombé par l’incapacité du gouvernement à apurer ses arriérés dans des délais courts, le Gabon a vu sa note souveraine dégradée par l’agence de notation Moody’s. Celle-ci est passée de «B3» à «Caa1» (dettes qui présentent un «risque substantiel»).

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Comme pressenti, l’agence de notation financière a récemment dégradé la note souveraine du Gabon. Celle-ci est passée de «B3» à «Caa1» (risque de crédit très élevé), avec des perspectives de «négatives» à «stables». Une notation au rabais consécutive aux «pressions accrues de liquidité du gouvernement et des faiblesses institutionnelles persistantes, soulignées par celles des arriérés, malgré les engagements de remboursement de ses arriérés aux créanciers extérieurs fin 2017 dans le cadre du programme du FMI».

Selon Moody’s, le gouvernement continue d’avoir «des arriérés envers les fournisseurs et les créanciers, y compris les prêteurs bilatéraux et multilatéraux ainsi que les banques commerciales étrangères. Les arriérés envers les créanciers représentaient environ 2% du PIB fin mars 2018». Bien que l’Etat ait réglé ses arriérés aux bailleurs internationaux à la fin 2017, un peu avant la première revue du FMI, dans la cadre de l’accord élargi de crédit de 642 millions d’euros sur trois ans, il a récemment commencé à accumuler les retards de paiements. Moody’s s’attend cependant à ce que le gouvernement prenne «des mesures de consolidation budgétaire mais avec un impact limité en 2018».

Car l’agence de notation reste convaincue que les tensions en termes de liquidités, ainsi que l’accumulation des arriérés, devraient se poursuivre. «Le Gabon s’est en effet mis en place un cercle vicieux, dans lequel le cumul des retards de paiement vient peser sur la croissance économique, qui a sont tour limite la collecte des impôts et rend plus difficile le remboursement des arriérés», a indiqué Moody’s.

Par ailleurs, en attribuant des perspectives «stables» au Gabon, Moody’ considère cependant que ces risques sont contrebalancés par «le soutien technique et financier du Fonds monétaire international (FMI) qui, bien que possiblement retardé, va rester en place». L’agence estime également que la dette publique va certainement continuer à être considérée comme soutenable par le FMI. Sur la base des projections de l’agence de notation, «la dette publique va rester globalement stable, autour de 60 % du PIB».

Moody’s avait déjà dégradé la note souveraine du Gabon en juillet 2017 de B1 à B3 sur la base de «la détérioration des finances publiques en raison de la faiblesse prolongée des prix du pétrole et d’une faible capacité d’ajustement des politiques». A cette période, l’agence évoquait déjà «des tensions intenses sur la liquidité de l’État, telle que démontrée par l’accumulation de retards de paiements».

Pays producteur de pétrole en Afrique, le Gabon a connu une forte croissance économique grâce à l’envolée des prix des produits de base. Toutefois, la surabondance de l’offre mondiale a fait chuter les prix à des niveaux planchers sur plusieurs années et a poussé de nombreux pays tributaires du pétrole à diversifier leur économie alors même que leurs réserves s’épuisent. Selon la Banque mondiale, le secteur pétrolier a représenté en moyenne 45 % du PIB du Gabon et 60 % des recettes budgétaires au cours des cinq dernières années.