Chanteur et guitariste, LÉ vient de mettre sur le marché, après 12 ans d’éclipse scénique, son deuxième opus. Intitulé «Bo… Bô!» et comptant 13 titres, ce disque a été présenté le 30 juillet à Libreville. Des œuvres de  génie comme s’il en pleuvait.  

Barbichette du défi, lunettes d’intellectuel conservateur, le guitariste et chanteur gabonais LÉ est résolument éclectique. Il vient de commettre un album sublissime. © D.R.

 

C’était il y a douze ans. Douze ans, c’est plus de 4000 jours ; c’est à la fois rien et beaucoup. L’artiste tout simplement appelé Lé venait de ciseler une collection de chansons. Titré «Ayinda», l’album était splendide, à la lisière du miracle, avec l’appui d’un Imunga Ivanga en état de grâce pour avoir sorti, la même année, «L’ombre de liberty», un long métrage mémorable. On avait alors pensé à la naissance d’un courant qui ferait école, non loin du Pierre-Claver Akendengue des débuts… délibérément acoustique. Rien n’y a fait, le brouhaha des dancefloors et autres musiques pour débit de boisson bruyants ont eu raison du progrès et de l’originalité.

Lé, le 30 juillet 2018 à Libreville, lors de la présentation de «Bo…Bô ! Loin… Plus vivant !». © D.R.

Bousculer les clivages

Douze ans donc après la sortie d’«Ayinda», l’ancien sociétaire du carrefour des arts met sur le marché son deuxième opus, serti d’un titre évocateur : «Bo…Bô !». Produit par la structure associative «Mongitigana», «Bo…Bô !» qui signifie «loin… plus vivant !», est composé de 13 titres entièrement enregistrés en live. «C’est une œuvre audacieuse qui bouscule les clivages et rend compte de la richesse de l’immense talent de Lé. C’est le nouveau son de la musique gabonaise», a affirmé son producteur, Imunga Ivanga, le 30 juillet à Libreville, lors de la présentation de ce nouvel effort artistique.

Le temps a passé et on le comprend d’autant mieux avec l’illustration du cover : derrière ses lunettes, le guitariste et chanteur gabonais a le regard imperceptible, comme procédant à une introspection, tandis que la barbichette du défi qu’il arbore, bien blanche, illustre une maturité certaine.

Il y a de quoi être surpris avec les treize morceaux de ce second opus qui démarre avec un instrumental («Mamizoba») bringuebalant l’auditeur dans une dimension où s’empilent les couches de guitares sèche, de cithare, de piano, de percussions et de batterie hésitante : un univers jazzy, chic et foisonnant. Avec «Winô Oma», démarrant sur un sifflotement à la Bushman Promenade de Manu Dibango et ouvrant sur la voix puissante de Lé, on découvre la philosophie de l’œuvre : des textes puissants mettant en fable bien d’aspects de la vie. Même philosophie avec la plage 3 de l’album, «Élumi». Résolument jazz tout comme «Oza’go Mpi» (plage 10), le titre séduira imparablement les puristes de jazz fusion, avec ses arrangements à la lisière du Rythm’n’Blues des 70’s et sa guitare solo fermement rock.

On ne saurait donner ici un aperçu des 13 titres de l’album. Mais, on ne manquera pas de signaler le swinguant «Agnetshuwè» et sa luxueuse orchestration, ainsi que cette reprise magistrale et sublimée  d’«Olando» Pierre-Claver Akendengue ou encore le poétique «Les gens de la rue».

Avec son producteur, Imunga Ivanga (à g. au micro), le 30 juillet 2018 à Libreville. © Gabonreview

Un style ancré dans l’afro Jazz… un coup de gueule

«Bo…Bô !» c’est donc une voix, une guitare et des sons qui subliment l’amour, le partage, la justice, dans un style ancré dans l’afro Jazz. L’artiste se sert avec adresse d’un mix combinant les onctuosités de la musique traditionnelle africaine et les sonorités jazzy. La musique de Lé exhorte à la méditation pour l’accomplissement d’un monde exemplaire.

Réalisé avec le concours  de Claude Damas Ozimo et Axel Agambouet, cet opus compte s’imposer sur le marché discographique, notamment avec les titres «Mamizoba», «Winô Oma», «Elumi», «Enyonga».

 «Bo… Bô est un coup de gueule, c’est exactement la position du maître du jeu, le mythe de la marionnette. Il voit tout, il entend tout, il sait tout. Il est omniprésent, omnipotent pourtant, il y a tout ce désordre. Il nous aime. Nous aussi, nous l’aimons, nous rêvons d’un monde d’amour et s’il y avait plus d’amour, il aurait moins de désordre. C’est ça l’idée de Bo… Bô», explique l’artiste.

Chantés en langue omyènè et en français, les morceaux de cet opus ont la couleur et la chaleur  des sonorités des grands artistes gabonais tels que Pierre Akendengue, Prince Martin Rompavet.

L’album est en vente à Discotype Mbolo à 10000 francs CFA.