S’il a dit être en attente des résultats de l’enquête en cours, qui devrait établir toutes les responsabilités quant au décès de Bruno Mboulou Beka, le président d’une des tendances de l’Union du peuple gabonais se fonde sur des éléments de procédure pour démontrer la légalité de la manifestation de l’opposition.

Moukagni-Iwangou, le 3 janvier 2015 à Libreville. © Gabonreview
Moukagni-Iwangou, le 3 janvier 2015 à Libreville. © Gabonreview

 

Quelques moments de la déclaration de Moukagni-Iwangou, le 3 janvier 2015. © Gabonreview
Quelques moments de la déclaration de Moukagni-Iwangou, le 3 janvier 2015. © Gabonreview

Pour le président d’une des tendances de l’Union du peuple gabonais (UPG), «à ce jour, tout est vendu et même survendu» par le pouvoir qui soutient mordicus que l’opposition ayant appelé à «une manifestation interdite», le 20 décembre 2014, qu’elle est responsable des nombreuses conséquences qui en ont découlé. Or, pour Jean de Dieu Moukagni-Iwangou, qui s’est entretenu avec la presse le 3 janvier courant, ce n’est pas à l’opposition de répondre des conséquences de cette occasion, mais plutôt au gouvernement. Car, soutient-il, «le meeting du samedi 20 décembre 2014 n’a jamais été interdit», contrairement à l’affirmation du ministre de l’Intérieur qui entend justifier «l’usage des armes de la République contre un peuple aux mains nues».

Pour ce membre du Front de l’opposition pour l’alternance, dont la communication s’est faite en présence de ses compagnons, l’on est désormais en face d’«un véritable scandale, que le régime va devoir, seul, assumer devant la communauté nationale et internationale». D’autant que la loi est du côté de l’opposition. A en croire ses dires, «en République gabonaise, les réunions publiques sont régies par la loi n°48/60 du 8 juin 1960». Or, en ses articles 2 et 5, ce texte dispose que les réunions publiques étant libres, ses organisateurs sont tenus de fournir au préfet ou au gouverneur, «et non au ministre Guy-Bertrand Mapangou», une déclaration préalable définissant explicitement la date, le lieu et l’heure de ladite réunion. «Ce que Pierre André Kombila et deux autres de membres du Front ont fait», affirme-t-il, avant d’indiquer que ces derniers n’ont, au demeurant, jamais reçu de lettre interdisant la rencontre du 20 décembre 2014, ainsi que le prévoit l’article 9 de la même loi, en cas de menace de l’ordre public. Pourtant, les autorités se sont bien gardées de l’interdire puisqu’elle n’attentait à aucune loi, relève l’opposant qui accuse le ministre de l’Intérieur d’avoir «commis un abus du droit», dont il doit répondre devant les Gabonais et les juridictions compétentes.

Si tant est que ce rassemblement devait être interdit, «cette interdiction (aurait dû) être écrite, motivée, notifiée aux organisateurs et transmise à l’autorité hiérarchique déconcentrée, qui est le préfet, donc le gouverneur», soutient Moukagni-Iwangou, avant de lancer à l’endroit du gouvernement : «La loi est la même pour tous, selon qu’elle protège ou réprime. Elle est opposable à tous, aussi bien aux personnes physiques (les citoyens) qu’aux personnes morales (à l’Etat).»

Disant attendre que la lumière soit faite sur le décès de Bruno Mboulou Beka, Jean de Dieu Moukagni-Iwangou a remis à Zacharie Myboto la première mouture d’un mémorandum sur les contours de la manifestation du 20 décembre 2014, les charges, missions et différentes observations. Au sujet de sa requête à la Haute Cour de justice, il a dit être toujours dans l’attente de la mise en place de la juridiction compétente et la nomination de ses membres… par Ali Bongo lui-même, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la magistrature. Visiblement, cette affaire n’a pas fini de faire couler encre et salive…