Le duel judiciaire entre le président de l’Union et Solidarité et le Mouvement des jeunes upégistes sera le début d’une ère nouvelle. Il pousse à s’interroger sur la colonne vertébrale idéologique et les motivations réelles des héritiers du fondateur de l’UPG.

Longtemps promoteur d’une pratique politique confinant au juridisme, Jean de Dieu Moukagni-Iwangou est soumis à son propre jeu par Elza-Ritchuelle Boukandou. © Gabonreview

 

Lentement mais sûrement, la voie judiciaire s’ouvre. Pour l’Union et Solidarité (US), elle est désormais inévitable. À maints égards, elle est devenue une nécessité. Une fois de plus, les continuateurs de Pierre Mamboundou vont se retrouver devant les prétoires. C’est, en tout cas, le sens de l’assignation à comparaitre adressée, le 15 mai courant, à Jean de Dieu Moukagni-Iwangou à l’initiative d’Elza-Ritchuelle Boukandou (lire «Moukagni en justice»). Ayant, de par le passé, ferraillé contre Mathieu Mboumba-Nziengui, d’une part, et Bruno Ben Moubamba, d’autre part, le ministre de l’Enseignement supérieur repart pour une nouvelle bataille. Au-delà de son sort personnel, ces procès à répétition conduisent à s’interroger sur la colonne vertébrale idéologique de l’Union du peuple gabonais (UPG). Ils alimentent toutes les supputations sur les motivations réelles de ses principaux animateurs du temps de sa gloire passée.

Retour de manivelle

Le duel judiciaire tant annoncé sonnera, à coup sûr, comme le début d’une ère nouvelle. Pour les deux parties, il constituera un saut dans l’inconnu, un peu à la manière du décès de leur mentor. Si on peine encore à imaginer l’issue de tout cela, une chose est, d’ores et déjà, certaine : en proclamant sa détermination à «faire appliquer les textes du parti», la présidente du Mouvement des jeunes upégistes (MJU) a mis fin à une légende vieille de près de trente ans. Jadis admiré pour son supposé attachement aux textes et procédures, Jean de Dieu Moukagni-Iwangou est désormais présenté comme un nihiliste, agissant au gré de ses humeurs et intérêts. Peu importe sa ligne de défense (lire «Je ne suis pas passé à la majorité»), l’opinion semble interloqué par deux faits, mis en exergue par ses contempteurs et jamais démentis par ses laudateurs : l’absence de «discussion préalable» à sa nomination et son refus de laisser son adjoint présider la réunion de clarification du 9 mai dernier.

Pour sûr, le procès du 18 du mois en cours concernera avant tout les militants de l’US. Pour sûr, à une majorité écrasante, le bureau exécutif a apporté «son soutien officiel» au ministre de l’Enseignement supérieur, lui garantissant même un appui «dans l’accomplissement des missions relatives à sa fonction». Seulement, tout cela semble avoir été mené de manière cavalière, en marge du sens commun voire des principes généraux du droit. Du coup, Elza-Ritchuelle Boukandou n’hésite plus à parler de «supercherie». Dénonçant «le refus (…) du commissaire général de recevoir une requête (soumise) par le 3eme vice-président», elle pointe du doigt le refus de faire appliquer les statuts. Dans la foulée, elle s’élève contre «l’impossibilité de trancher ce différend en interne». De manière sibylline, elle accuse Jean de Dieu Moukagni-Iwangou de l’avoir obligée à recourir aux tribunaux. Or, le toujours président de l’US s’est longtemps posé en promoteur d’une pratique politique confinant au juridisme. Pour l’avoir oublié, il pourrait maintenant en faire les frais. Comme un retour de manivelle.

Logique du fait accompli

En réalité, Elza-Ritchuelle Boukandou entend prendre Jean de Dieu Moukagni-Iwangou à son propre jeu. Formée à son école, elle l’a vu multiplier les procédures juridiques à des fins politiques. Personne ne pourrait aujourd’hui lui reprocher de reproduire les mêmes méthodes. Nul ne serait inspiré de lui demander de s’accommoder d’entorses éventuelles aux textes. En recourant aux tribunaux, elle s’inscrit dans une tradition chère à l’UPG et confortée par l’US. D’une certaine manière, elle défend l’image de sa famille politique, sérieusement écornée par le spectaculaire retournement de son leader. Même si elle est combattue de l’intérieur, son initiative n’en conserve pas moins une certaine pertinence : on ne peut revendiquer à la fois son appartenance à l’exécutif et à l’opposition. N’en déplaise aux courtisans de tout poil, l’opposition se traduit par des positions et des options contraires à celles des gouvernants. On l’a dit et répété quand il s’est agi du Parti social-démocrate (PSD), de Démocratie nouvelle (DN) et du Parti pour le développement et la solidarité sociale (PDS). Pourquoi faudrait-il le taire maintenant ?

La plainte de la présidente du MJU aidera-t-elle pour autant à clarifier les choses ? Si le vote du bureau exécutif avait eu lieu avant la formation du gouvernement, on aurait des doutes. En l’organisant après avoir prêté serment, Jean de Dieu Moukagni-Iwangou a demandé à ses amis d’entériner sa décision. En aucun cas, il n’a sollicité d’autorisation. De toute évidence, il s’est inscrit dans une logique du fait accompli. Reste une question essentielle : le juge peut-il décider d’une radiation en lieu et place du parti ? Pour l’heure, l’US livre un spectacle connu et finalement banal. Peu ragoûtant…