La structure des économies actuelles des Etats ayant le franc CFA comme monnaie, ne favorise pas l’acquisition d’une monnaie exposée à l’autonomie et la flexibilité de la parité. C’est l’un des enseignements de la conférence-débat sur la question, organisée à Libreville le 29 novembre.

La structure actuelle des économies des pays de la zone franc, un frein pour sortir maintenant du FCFA. © Gabonreview

 

Agitant actuellement le milieu monétaire de la zone franc, la question du francs CFA a fait l’objet d’une conférence-débat, le 29 novembre à Libreville, organisée à la faveur de la rentrée annuelle de la chaire Senghor de la francophonie. Le conférencier, Mesmin Youmou, un ancien cadre de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) a entretenu l’assistance sur le thème : «La zone franc et le franc CFA en question».

Dans la problématique sous-jacente invitant à se demander s’il faut ou non sortir du franc CFA, il a préconisé préalablement une transformation de la structure des économies des Etats usant du franc CFA. En d’autres termes, ces économies doivent migrer d’une économie de rente à une économie de production, grâce à une meilleure gestion des institutions.

D’entrée de jeu, le conférencier a fait une incursion dans l’histoire rappelant ce qu’est la zone franc. «Une institution existant depuis la seconde guerre mondiale», a-t-il dit, pour laquelle une évaluation s’impose vu le débat qu’elle suscite aujourd’hui. «50 ans après sa mise en place, le franc CFA comporte toujours des aspects positifs, tout comme il y en a qui remettent en cause son efficacité», a fait remarquer Mesmin Youmou.

L’assistance, très impliquée dans l’échange avec le conférencier. © Gabonreview

Pour le conférencier, la zone franc a déjà permis de consolider l’intégration régionale, aussi bien en Afrique de l’ouest qu’en Afrique centrale. En Afrique de l’ouest, c’est l’héritage de l’Afrique occidentale française (AOF) et en Afrique centrale, de l’Afrique équatoriale française (AEF). Au bout de 50 ans, on constate que c’est un acquis, parce que ce n’était pas évident que des Etats se mettent ensemble pour gérer ensemble une monnaie.

Concernant la stabilité, Mesmin Youmou a dit se réjouir du climat de paix monétaire observé durant ces 50 ans. Les pays n’ont pas été affectés par les nombreuses causes exogènes liées aux problèmes de stabilité monétaire. De même, le cadre d’intégration, lui aussi, a permis de développer de nombreuses intégrations sectorielles, à l’exemple de l’Asecna dans l’aviation civile, l’Ohada dans le cadre du droit des affaires, etc.

Cependant, l’ancien cadre de la BEAC n’a pas caché la responsabilité des institutions qui sont, pour lui, le socle de définition de l’efficacité d’un corps de règles, ainsi que le rappelait le prix Nobel d’économie Douglass North. Pour Mesmin Youmou : «Il ne faut pas occulter la faiblesse des institutions monétaires pour rechercher les solutions à ce qui se pose à nous aujourd’hui».

Face au débat de la sortie de la zone franc, d’une part, et du part du statut quo, d’autre part, le conférencier a estimé que ni l’une ou l’autre thèse ne constitue en l’état actuel des choses, la solution la mieux indiquée. «Ceux qui sont pour le statut quo doivent comprendre que si on est dans ce débat c’est parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Donc on ne peut pas continuer à rester dans le statut quo», a-t-il fait observer. Et ceux qui pensent qu’il faut en sortir, qu’ils fassent l’inventaire des acquis, en recherchant la compatibilité des économies avec une bonne monnaie, a-t-il suggéré.

«La monnaie étant le reflet ou l’instrument d’une économie, j’ai fait remarquer que nos économies étaient des économies de rente et non pas des économies de production. Si dans certains pays comme la Côte d’Ivoire ou le Cameroun, on constate qu’il y a des secteurs de transformation d’économies réellement efficaces, il ne reste pas moins qu’en général l’économie réelle de la zone franc reste une économie de rente. Et les économies de rente ne sont pas de mon point de vue compatible avec l’autonomie et la flexibilité de la parité. Parce que les rentes, c’est qu’on vend des produits des matières premières dont les prix ne sont pas déterminés par nous», a-t-il conclu.

Auteur : Alain Mouanda