Décédé le 3 juin dernier, la légende de la boxe aura marqué son sport. Loin des rings, le triple champion du monde qui disait que son métier était de «bastonner des gens» s’est également distingué par des punchs verbaux devenus cultes.

Mohamed Ali. © Google Images

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Le plus grand boxeur de l’histoire s’est éteint le 3 juin dernier à Phoenix, en Arizona, d’une insuffisance respiratoire. Triple champion du monde de boxe, champion olympique, Mohamed Ali, auto-surnommé «The Greatest» (le plus grand, ndlr), était âgé de 74 ans. Sa famille avait annoncé précédemment que son traitement était rendu difficile par la maladie de Parkinson dont il souffrait depuis trois décennies. L’annonce de sa disparition a aussitôt déclenché une vague d’émotion à travers tous les Etats-Unis, en particulier à Louisville (Kentucky), sa ville natale, où auront lieu ses obsèques. Des hommages appuyés ont été rendus pour célébrer le sportif mais aussi la personnalité qui, pour beaucoup, a marqué l’histoire des Etats-Unis, avec ses saillies piquantes et souvent égotiques.

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Plus que l’athlète qui aura marqué son temps, le disparu aura également été, après sa retraite sportive, une icône culturelle, une force sociale et politique. Brillant, naïf, charmeur et impertinent, Mohamed Ali laisse également derrière lui un vide à impossible à combler. Mais aussi des déclarations mémorables qui lui ont valu le surnom de boxeur-poète. Au commencement de sa carrière vertigineuse Cassius Clay (avant sa conversion à l’Islam à l’issue de laquelle il s’appellera désormais Mohamed Ali), assure déjà : «Je suis le plus grand». Sitôt professionnel, il commence son autopromotion à coup de formules dont la plus fameuse : «Vole comme le papillon, pique comme l’abeille, et vas-y cogne mon gars, cogne». Grâce à son style unique, les bras souvent ballants le long du corps, il conservera son titre mondial jusqu’en 1967, date à laquelle il refuse d’aller faire la guerre au Vietnam, proclamant le 17 février 1966 : «Je n’ai pas de problème avec les Viêt-Cong. Aucun Vietcong ne m’a traité de nègre».

Un an plus tard, en 1967, il précise ses propos, lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam à Chicago : «Dans le ring, il y a un arbitre pour arrêter le combat si un combattant risque d’être trop blessé. La boxe n’a rien à voir avec la guerre et ses mitrailleuses, ses bazookas, ses grenades et ses bombardiers». Pour ces propos antimilitaristes, il échappe à la prison mais est interdit de ring. A propos de la volonté du gouvernement américain de le mettre en prison, il déclare : «Ils ont fait ce qu’ils pensaient juste, et j’ai fait ce que je pensais juste».

On retiendra, parmi ses célèbres phrases : «Je suis le plus grand. Non seulement je les mets KO, mais je choisis aussi le round», ce, après sa victoire contre Sonny Liston en 1965. Déchu de ses titres, interdit de boxer pendant trois ans et demi, Mohamed Ali ne baisse pas la garde. En 1970, on lui réattribue sa licence. Mohamed Ali peut alors reprendre les combats. Au président des Philippines, Ferdinand Marcos, avant le «Thrilla in Manila», son troisième et dernier combat contre Joe Frazier, le boxeur lance : «Vous n’êtes pas aussi bête que vous en avez l’air, j’ai vu votre femme».

Mohamed Ali redevient ensuite champion du monde en 1974, réunifiant les titres WBA et WBC lors de sa victoire par KO, au 8e round, sur George Foreman lors du mythique «Rumble in the jungle» (combat dans la jungle, ndlr) à Kinshasa, au Zaïre (aujourd’hui RDC). C’est lors de la préparation de ce duel qu’il avait lâché l’une de ses plus mémorables tirades : «Vous croyez que le monde a été choqué par la démission de Nixon ? Attendez que je botte le cul de George Foreman. Je vole comme le papillon, pique comme l’abeille, ses poings ne peuvent pas toucher ce que ses yeux ne voient pas. Là, tu me vois, là tu me vois pas. George croit qu’il peut, mais je sais qu’il ne peut pas. Je me suis déjà battu contre un alligator, j’ai déjà lutté avec une baleine. La semaine dernière, j’ai tué un rocher, blessé une pierre, et envoyé une brique à l’hôpital. Je suis tellement méchant, je rends la médecine malade».

Mais on aura également retenu qu’il avait déclaré, en 1977 : «C’est juste un boulot comme un autre. L’herbe pousse, les oiseaux volent, les vagues s’échouent sur le sable. Je bastonne des gens.» Ou encore, deux plutôt dans le magazine Playboy, «Quiconque a la même vision du monde à cinquante et à vingt ans a perdu trente ans de sa vie», mais aussi à Jet Magazine en 1992 : «L’âge n’est rien d’autre que ce que vous en pensez. Vous êtes aussi vieux que vous estimez l’être.»

En 1984, on lui diagnostique la maladie de Parkinson. L’homme consacre alors son existence à délivrer un message de paix, comme lors d’une interview en 1987 dans laquelle il évoque son rapport à l’islam : «Il [Dieu] m’a donné la maladie de Parkinson pour me montrer que je n’étais qu’un homme comme les autres, que j’avais des faiblesses, comme tout le monde. C’est tout ce que je suis : un homme». Les obsèques de Mohamed Ali auront lieu le 10 juin prochain à Louisville, sa ville natale, a annoncé sa famille samedi en soirée, en précisant que l’ancien président des Etats-Unis Bill Clinton prononcera l’éloge funèbre.