En marge de la commémoration, le 26 novembre, de la fête traditionnelle du «Njdombe», célébrant l’«arrivée à la mer» et l’«installation sur les côtes d’Afrique centrale», du peuple Benga, le premier conseiller du roi, Sébastien Oupolongo Batodou retrace dans cette interview les origines du peuple Benga et les enjeux de son espace vital.

Le premier conseiller du roi, Sébastien Oupolongo Batodou. © Gabonreview

Le premier conseiller du roi, Sébastien Oupolongo Batodou. © Gabonreview

 

Gabonreview : Qui sont les Bengas et d’où viennent-ils?

Sébastien Oupolongo Batodou : Les Bengas font partie du groupe Ndowé, dont les membres sont repartis entre le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon. C’est un peuple d’abord de forêt qui a migré vers la mer. C’est ainsi qu’il est devenu un peuple de la côte. Ils viennent de l’Egypte comme tous les peuples, mais le gros rassemblement s’est fait au sud du Cameroun, parce que c’est là où il y a eu un peu la reconstitution des groupes. Les Bengas ont une histoire qu’ils partagent avec d’autres peuples qui sont au Cameroun et en Guinée équatoriale. Ce n’est pas un peuple isolé, c’est un peuple qui a des ressemblances avec des peuples Zaïro-Congolais.

Quand sont-ils arrivés au Gabon?

Les Bengas sont rentrés en territoire gabonais en deux temps. D’abord par l’intérieur via le sud Cameroun en passant par le Woleu Ntem. L’histoire retient que les Bengas ont vécu dans le Woleu-Ntem. Après ils sont allés dans l’Ogooué Ivindo et c’est à Mekabo qui veut dire limite, qui est devenu Mekambo, qu’ils se sont séparés des autres. C’est en longeant le fleuve Okondjé, parce que les Bengas ont fait demi-tour, qu’ils sont arrivés au bord de la mer. Et de là, ils ont pénétré les côtes gabonaises entre le 15e et le 16e siècle.

En dehors du cap, où trouve-t-on les Bengas au Gabon?

Dans d’autres provinces du Gabon, il n’y a pas des Bengas. Il y a par contre leurs frères les Bakotas dans l’Ogooué Ivindo. Mais les Bengas sont principalement dans la province de l’Estuaire, au Cap Estérias, au Cap Santa Clara et les environs. À Libreville, ils sont majoritairement à Louis. Le roi Louis Dowé qui était de père Mpongwé et de mère Benga, avait baptisé son village situé à l’actuel No Stress, à côté de Jeanne Ebori, Anongwambani, c’est-à-dire les deux ethnies (Benga-Mpongwé). Les Bengas sont les premiers habitants de la Montagne sainte qu’on appelle Nkodimwa Benga, c’est-à-dire la montagne des Bengas, comme on dit Nombakelé (la montagne des Akélés). Et le premier habitant s’appelait Étienne Vané, d’où la montagne Saint Étienne, parce que l’homme Benga aime être en hauteur pour voir la mer, pour voir les mouvements des vagues, pour sa pêche et son filet.

Ne craignez-vous pas la disparition de votre peuple, avec la pression démographique et foncière inhérentes au développement d’Akanda ?

Disparaitre, non. C’est la raison pour laquelle la chefferie lutte pour qu’il n’y ait plus de spéculation foncière. Tous les gens visent le nord de Libreville, parce qu’il y a encore la forêt et ils s’accaparent des hectares, parce que la terre appartient à l’État disent-ils. Or, il n’y a pas qu’à Libreville que la terre appartient à l’Etat. Et ces terres qui appartiennent à l’État ont des autochtones et les Bengas pour les Caps sont des autochtones avec les Sékianis.

Votre communauté vit de la pêche. Or la création du parc d’Akanda et de Pongara a réduit votre espace vital. Il y a-t-il des compensations ?

Dans le cadre de comité de gestion local(CGL), ce débat est sur la table avec les parcs nationaux. Les Bengas vivent de produits halieutiques et de l’agriculture de subsistance. On ne peut pas donc imposer aux Bengas certaines limites pour la pèche, car il y a une catégorie de poissons qu’on ne trouve qu’à une certaine distance. C’est un manque à gagner énorme. En forêt c’est la même chose. Il faut faire des plantations, piéger des crabes. Si on se limite aux frontières des parcs nationaux, on tuera l’homme Benga, et l’homme Benga ne peut pas être tué dans son terroir. On va repousser les frontières.