Depuis plus d’un quart de siècle, tous les débauchages se soldent par d’interminables procès pour le contrôle des partis. Les jours à venir diront si les deux néo-ministres sont disposés à rejouer le remake d’un vaudeville bien connu ou s’ils entendent contribuer à la modernisation de la pratique politique.

 Michel Menga m’Essone et Jean de Dieu Moukagni-Iwangou sont-ils prêts à ruiner une partie de leur œuvre ? © Gabonreview/Shutterstock

 

Michel Menga et Jean de Dieu Moukagni-Iwangou ont-ils tourné le dos au combat pour un plus grand respect des procédures ? Ont-ils renoncé à la lutte pour une modernisation de la pratique politique ? Sont-ils disposés à rejouer le remake d’un vaudeville bien connu ? Dans la forme comme dans le fond, les déclarations de l’un (lire «Menga s’accroche au RHM») et les attitudes de l’autre incitent à le croire (lire «Moukagni ne décline pas»). Le silence assourdissant du Rassemblement Héritage et modernité (RHM) et la profonde frustration exprimée par les jeunes de l’Union et Solidarité (US) en disent long sur les manœuvres de coulisses en cours (Lire «La déception des jeunes Upégistes»). L’opinion attendait pourtant mieux. Elle espérait pouvoir enfin admirer des sorties dignes, ne manquant ni de panache ni de hauteur. Mais, elle pourrait avoir droit à des querelles de chiffonniers.

Déballages à l’issue incertaine

Depuis plus d’un quart de siècle, les débauchages se soldent invariablement par des querelles en légitimité. Ils donnent systématiquement naissance à d’interminables procès pour le contrôle des partis. On l’a vu avec le Mouvement de redressement national (Morena), devenu au fil du temps une poupée russe. On l’a vécu avec la très prometteuse Union socialiste gabonaise (USG), aujourd’hui réduite à sa plus simple expression. On l’a déploré durant la lutte fratricide entre Paul Mba Abessole et Pierre-André Kombila pour le contrôle du Rassemblement national des bûcherons (RNB). A la suite de son entrée au gouvernement, Estelle Ondo s’est livrée au même jeu, traînant le directoire de l’Union nationale (UN) devant les tribunaux (lire «Le bras de fer continue»). Sur le même registre, Mathieu Mboumba Nziengui, Bruno Ben Moubamba et Jean de Dieu Moukagni Iwangou n’ont guère fait mieux : pendant de longs mois voire des années, chacun d’eux s’est prévalu du titre de président de l’Union du peuple gabonais (UPG).

Au grand désespoir de leurs militants, RHM et l’US pourraient se retrouver contraints de passer par cette étape : si Michel Menga feint de ne pas comprendre le sens de la suspension prononcée à son encontre (lire  «Menga suspendu»), Jean de Dieu Moukagni-Iwangou parait déterminé à contourner les statuts de sa formation politique. L’un comme l’autre n’ignorent pourtant rien des conditions de naissance de leurs partis (lire «RHM sur les cendres du Fundu» et «Mutation du RSN»). Ayant assisté aux OPA (offres publiques d’achat) sur des entités préexistantes, ils en savent beaucoup. Sur les accords passés à ces occasions, sur l’origine des fonds, sur la procédure de changement de nom, sur l’organisation des congrès constitutifs ou le contenu des textes-fondateurs, rien ne leur échappe. Pour eux, s’engager dans des batailles juridiques reviendrait à prendre la responsabilité de déballages à l’issue incertaine. Sauf à jouer les ingénus, ils doivent en avoir conscience. Sont-ils prêts à ruiner une partie de leur œuvre ? En conscience, il leur appartient de répondre.

Donner au Gabon une chance de se renouveler

Pour sûr, les gesticulations des deux néo-ministres visent un seul et unique objectif : se donner de la contenance pour apparaître comme des prises de poids pour le pouvoir. Seulement, à l’expérience, cette manière de faire n’a jamais été une garantie de longévité au gouvernement. Mathieu Mboumba Nziengui ne fut-il pas remercié après une année de bons et loyaux services ?  Idem pour Bruno Ben Moubamba, pourtant auréolé du titre pompeux de vice-Premier ministre dans le premier gouvernement Issozé Ngondet. Seul transfuge à avoir acquis le statut de baron du régime, Alain-Claude Billié-by-Nzé n’a pas eu besoin d’en découdre avec ses anciens amis du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP). En revanche, il figure désormais dans les fichiers du Parti démocratique gabonais (PDG). Est-ce la solution ? Si cette voie peut être envisagée pour Michel Menga, personne n’imagine Moukagni-Iwangou l’emprunter. En se concentrant d’abord sur le travail gouvernemental, ils seraient, pour l’heure, plus utiles à la «nation».

Au plus fort de la fronde ayant débouché sur la création du RHM, Michel Menga affirmait vouloir redonner le pouvoir à la base. Ayant toujours clamé sa détermination à «donner au Gabon une chance de se renouveler», Jean de Dieu Moukagni-Iwangou a récemment confié devoir aider l’US à faire la preuve de sa «grandeur». Vont-ils se déjuger ? Vont-ils se révéler mauvais coucheurs ? Désormais à l’épreuve des faits, l’un et l’autre ne peuvent reproduire des schémas courus d’avance sans brouiller davantage leur image. En maniant les artifices des puissants, en étalant l’arrogance des nouveaux convertis à la religion du pouvoir, ils prendraient d’énormes risques pour l’avenir. Quand bien même ils ne sont pas certains d’être suivis par le plus grand nombre, ils sont condamnés à faire la démonstration de leur capacité à «se renouveler».