Un an après sa fermeture aux États-Unis pour piraterie et non respect des droits d’auteurs, le site de téléchargement MegaUpload, de Kim Dotcom, se rabat sur le Gabon via l’extension du nom de domaine pour exercer en toute liberté ses activités sans risque d’être inquiété.

Kim Dotcom et son épouse à la sortie du tribunal d'Auckland (Australie) - © D.R.

Le Gabon via l’opérateur de télécommunication Gabon Telecom, filiale de Vivendi, vient d’offrir une chance de relance au site de téléchargement MegaUpload, fermée aux États-Unis depuis janvier 2012. Ses responsables ont été accusés de piraterie et non respect des droits d’auteurs et d’avoir frauduleusement amassé 175 millions de dollars américains (135 millions d’euros) en proposant des copies piratées de films, de programmes télévisés et d’autres contenus. Des accusations que les avocats de Kim Dotcom réfutent et dont les fondements juridiques sont très discutables.

Afin d’éviter les noms de domaine de premier niveau, gérés par l’américain Verisign notamment (.com, .net, .org, .cc, .tv, et .name) et désormais sous le contrôle des autorités américaines, le fondateur de MegaUpload, défenseur autoproclamé de la liberté de télécharger sur internet et bête noire des majors américains du loisir, du cinéma à la musique, a choisi d’utiliser le nom de domaine «.ga», qui exploite la liste des domaines nationaux de premier niveau (ccTLD du Gabon .ga), pour être à l’abri des injonctions des autorités américaines avec son nouveau “me.ga”.

On devra quand même penser que s’il n’était question d’une extension du nom de domaine, Kim Dotcom disposait d’un large choix à travers le monde. A titre d’exemple, il y a les .tk (Turquie), .sr (Suriname) ou .cd (République démocratique du Congo). Le choix du Gabon répond surtout au fait que Kim Dotcom pouvait jouer avec son extension pour former le mot Méga.

Kim Dotcom annonce un Mega plus gros, plus performant, plus rapide, 100% sécurisé et indestructible. De même, il compte faire du futur Mega à la fois un outil imparable pour permettre les téléchargements (puisque les échanges entre internautes s’effectueraient grâce à une clé unique, basée sur l’algorithme Advanced Encryption Standard, et qui ne serait connue et fournie que par la personne partageant un fichier, garantissant un total anonymat), et l’instrument de sa vengeance contre les États-Unis qui avaient fait fermer Megaupload en janvier dernier.

Selon certains observateurs ce choix prouve combien de fois sont fragiles les pays à revenu intermédiaire tel que le Gabon, dont certaines entreprises internationales se servent, sans vergogne, comme parapluie, pour échapper à la loi. En ce référent au passé de MegaUpload et aux poursuites judiciaires qui pèsent sur son fondateur, il importe de s’interroger sur les dangers auxquels s’expose le premier fournisseur gabonais de TIC à travers cette souscription de MegaUpload, même s’il n’en sera pas forcément l’hébergeur.

En attendant le lancement du nouveau projet Kim Dotcom, prévue pour le 20 janvier 2013, l’homme d’affaires allemand a toujours maille à partir avec la justice néo-zélandaise, qui a prévu d’examiner le 25 mars 2013 la demande d’extradition formulée par Washington. C’est en effet à la demande expresse du FBI que Kim Dotcom avait été arrêté en janvier dans sa somptueuse propriété d’Auckland.