Désormais, et sur instructions fermes d’Alain-Claude Billie-By-Nze, les personnalités politiques refusant de reconnaître le pouvoir d’Ali Bongo n’auront plus accès aux médias publics.

Alain-Claude Billie-By-Nze, le ministre de la Communication. © D.R.

 

La nouvelle instruction donnée aux responsables des médias publics gabonais par le ministre de la Communication est claire : seuls les Gabonais qui reconnaissent le pouvoir en place auront accès à leurs chaînes de télévision ou de radio. «Je le répète encore une fois : il est hors de question, sur les chaînes publiques, de donner la parole à quelqu’un qui ne reconnaît pas les autorités en place. Il ira s’exprimer ailleurs que sur les chaînes publiques», a déclaré Alain-Claude Billie-By-Nze, lundi 28 août, au terme de sa visite à Gabon Télévisions.

Difficile de ne pas voir dans les propos du membre du gouvernement une allusion aux membres de la Coalition pour la nouvelle République (CNR), n’ayant jamais reconnu la légitimité des autorités en place. Le ministre de la Communication entend donc interdire d’antenne Jean Ping et ses compagnons appartenant à l’opposition dite «radicale». Une bien curieuse décision, d’autant que, bien qu’étant opposés au pouvoir, ces Gabonais à qui il envisage de nier leur droit et leur liberté d’expression, restent des contribuables. Ce sont leurs impôts, entre autres, qui permettent de financer en partie les télévisions et radios publiques. Seulement, Alain-Claude Billie-By-Nze semble n’en avoir cure.

En réalité, ces instructions ne datent pas d’aujourd’hui. Depuis plusieurs mois, les opposants ayant jusqu’à lors refusé de reconnaître la légitimité d’Ali Bongo à la tête du Gabon n’ont plus droit au chapitre sur les antennes publiques. Presqu’aucune de leurs activités n’est relayée par ces médias, ils ne sont plus invités sur les plateaux de débat. Ils sont tout simplement blacklistés. Si des mois avant la présidentielle d’août 2016, Jean Ping et ses soutiens faisaient déjà l’objet de dénigrement systématique sur les médias publics, ayant refusé de participer au dialogue politique convoqué par Ali Bongo, tout en continuant de contester sa réélection, ils semblent définitivement écartés cette fois. C’est à peine si le ministre de la Communication ne les reconnaît plus en tant que Gabonais bénéficiant des mêmes droits que leurs compatriotes de l’opposition dite «modérée».

Pourtant, donneur de leçon, Alain-Claude Billie-By-Nze n’a pas manqué d’exiger des journalistes du groupe Gabon Télévisions qu’ils fassent «convenablement» leur métier. Le ministre a notamment exhorté les journalistes du public à offrir aux téléspectateurs et aux auditeurs «une information juste, vérifiée et équilibrée». Il s’agit, a-t-il précisé d’«une information qui offre la diversité à l’antenne, donc qui donne la parole à toutes les sensibilités qui peuvent s’exprimer. Pour peu que ces sensibilités soient d’une part légalement constituées, et d’autre part républicaines». Contradiction, dites-vous ?