Invité au New-York Forum Africa, l’ancien président de la Commission de l’Union européenne livre à Gabonreview son ressenti et ses attentes de ce rendez-vous. Manuel Barroso aborde l’épineuse question de l’immigration clandestine en Europe et laisse entrevoir le contenu de son entrevue avec Ali Bongo, ce 28 août 2015.

Manuel Barroso au 4ème NYFA, le 28 août 2015. © Gabonreview

Manuel Barroso au 4ème NYFA, le 28 août 2015. © Gabonreview

 

Gabonreview : Lors de votre intervention tout à l’heure dans le 1er panel du New-York Forum Africa 2015, vous évoquiez les relations entre l’Afrique et l’Europe. Vous estimez à cet effet que le principal problème de l’Europe est l’immigration clandestine…

Manuel Barroso : Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que nous avons un défi majeur et je veux être très franc avec vous. Il y a des réseaux clandestins qui manipulent parfois les gens : ce sont des réseaux criminels. Et en même temps, il y a des résistances dans certains de nos pays à accueillir plus d’immigrés. A mon avis, nous devons avoir une réponse qui est à la fois de solidarité et de responsabilité. C’est-à-dire qu’on doit être généreux, accueillir ceux qui en ont réellement besoin. Nous devons également promouvoir des possibilités d’intégration parce que nous ne voulons pas de ghettos en Europe et, en même temps, il faut lutter contre les réseaux qui exploitent ces trafics d’êtres humains. Quand j’étais président de la commission, j’ai vu la tragédie de ces gens qui meurent en Méditerranée. A mon avis, la meilleure façon structurelle de faire face à ces défis, c’est de faire plus ensemble dans le développement des pays d’origine. Parce que, comme je l’ai signifié tout à l’heure, il n’y aura pas une solution de sécurité, de type policier.

© Gabonreview

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Il faut aujourd’hui que les gens qui cherchent, de façon désespérée à fuir des zones de conflits politiques, ou encore à s’échapper de zones de pauvreté très marquée, puissent vivre dans leurs propres pays. En même temps, il faut que l’Europe puisse accueillir de façon généreuse et honnêtement sur son territoire pour travailler. Si un Etat a le droit de contrôler ses frontières, il doit aussi montrer qu’il est capable de faire preuve de solidarité et de générosité. Donc, la Commission européenne, le Parlement européen, les institutions de l’Union européenne, sont en train de faire un appel aux gouvernements européens pour qu’ils fassent preuve de solidarité. Et qu’on puisse, par exemple, partager les immigrés qui viennent de partout. Mais, malheureusement, il y a certains gouvernements qui ne font pas assez preuve de générosité et d’ouverture. Je crois que c’est un problème majeur parce que nous avons maintenant en Europe des forces xénophobes. Parfois même des forces racistes.

Il y a des partis d’extrême droite qui sont en train de faire des progrès. Il faut donc intégrer ces gens qui viennent, mais de façon responsable. Parce que si on n’a pas une politique responsable, si on donne l’impression qu’il n’y aura plus de discipline dans l’immigration, alors là on va renforcer les xénophobes, les extrémistes qui sont anti-européens, et parfois aussi des racistes. Il faut donc faire très attention à cela. C’est la raison pour laquelle je vous dis, à mon avis, que le problème de l’immigration illégale est le problème politique numéro un Europe. Ce n’est pas la Grèce, ce n’est pas l’euro.

Parce que les gens ne fuient pas que la pauvreté, mais aussi les atteintes aux droits de l’homme ou la persécution pour des opinions politiques, l’Europe a-t-elle un programme pour pousser à plus de démocratisation en Afrique ?

C’est parfois un sujet sensible, dans le dialogue avec certains de partenaires en Afrique. Mais je peux vous affirmer que dans tous les dialogues que nous avions avec nos partenaires africains, nous rappelions toujours le respect de la notion de règle de droit, des élections, de la démocratie et du pluralisme. Bien sûr c’est un sujet parfois délicat dans certains pays, mais je crois que l’Europe, de ce point de vue-là, dans le respect de l’indépendance et de la souveraineté de nos partenaires africains, joue un rôle assez positif.

© Gabonreview

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Vous avez eu des entretiens avec le président gabonais. De quoi était-il donc question lors de cet échange ?

C’était un très bon échange à caractère informel. J’ai l’honneur de considérer le chef de l’Etat comme un ami. Nous avons travaillé ensemble lorsque j’étais président de la Commission. Nous avons parlé des situations en Europe et au Gabon, des rapports entre l’Europe et l’Afrique. Le président Ali Bongo, par ailleurs président en exercice de la CEEAC, m’a aussi fait part de ses projets et objectifs notamment en termes de commerce, où il est question de conclure APE un accord avec l’Europe. C’était donc une conversation très amicale au cours de laquelle nous avons abordé des questions très importantes et sérieuses dans l’agenda du Gabon, de l’Europe et dans les rapports entre ces deux parties.

Qu’espérez-vous de cette quatrième édition du New York Forum Africa ?

J’ai été invité et c’est d’ailleurs la première fois que je participe à ce forum qui a une très bonne réputation. Je crois d’ailleurs qu’il a contribué à mettre en évidence le Gabon, qui est désormais de ce réseau de communication international. Il y a des participants de très haut niveau et donc, j’espère que cette rencontre contribuera au rayonnement international du Gabon et à des discussions sur des questions importantes pour mettre ensemble les participants, ceux qui ont de l’expérience, ceux qui sont présentement au pouvoir, les acteurs, décideurs politiques et économiques et de la société civile. Il faut penser qu’aujourd’hui nous n’avons pas seulement besoin des pouvoirs publics. Nous avons sans doute un rôle essentiel, mais il nous faut le secteur privé pour la croissance et il faut que la société civile soit elle-même très engagée sur cette voie.