Allié incontestable de la majorité à la mairie de Libreville avec son parti, le Cercle des libéraux réformateurs (CLR), Jean-Boniface Asselé semble de plus en plus se sentir mal à l’aise dans cet attelage. Petite illustration : il s’est opposé au vote du budget de la commune le 15 mai dernier.

Jean-Boniface Asselé aux côtés du Secrétaire général du PDG, Faustin Boukoubi, à l’ouverture du Dialogue politique le 28 mars 2014, à Libreville. © Gabonreview

 

Jean-Boniface Asselé est-il toujours en odeur de sainteté avec le Parti démocratique gabonais ? Telle est la question que se posent les observateurs de la vie politique gabonaise. Un sujet sur lequel le président du CLR fait l’objet de vives critiques, y compris au sein de sa propre formation politique, selon certaines sources. 1er adjoint au maire et principal allié du parti au pouvoir à la tête de la grande municipalité, Assélé a voté contre, le 15 mai dernier, lors de la session ordinaire d’examen et d’adoption du budget primitif de la commune de Libreville, comptant pour l’exercice 2017.

Selon des sources proches des services municipaux, le dernier conseil municipal de la capitale gabonaise a été une fronde à visage découvert, avec un CLR refusant de donner son quitus à la feuille de route du maire pour 2017. Pis, le premier allié de la majorité a dénoncé la gestion municipale, alors que dans les faits, la municipalité de Libreville est sous la cogestion du PDG et du CLR. Une cogestion ressemblant davantage à une cohabitation politique au vu des guéguerres et des intrigues enregistrées ces quatre dernières années. Le président du CLR ayant d’ailleurs taxé cette cohabitation de duperie. Un coup de sang très mal apprécié par les membres des formations politiques de la majorité et particulièrement du PDG.

«Le général Asselé n’a jamais digéré le fait que cette mairie soit dirigée par une gamine», estime en off un journaliste du quotidien L’Union. Le parachutage de Rose Christiane Ossouka Raponda à la tête de la plus grande municipalité du Gabon semble être resté en travers de la gorge de certains alliés. L’édile de Libreville était en effet au 8è rang d’une liste battue à plate couture lors des dernières municipales. «Il y a eu des arrangements entre l’opposition et la majorité, particulièrement le PDG et le CLR pour la gestion de cette mairie. Le général pensait que la mairesse allait se laisser faire, mais il s’est retrouvé en train d’être humilié. Voilà pourquoi ses hommes et lui ont refusé de voter le budget», tente d’expliquer un agent de la marie. Pour celui-ci, «le général essaie de se venger en embêtant la petite», le climat étant en effet «très tendu entre les deux» ces derniers temps.

Il reste qu’au-delà du refus des «CLRistes» de voter le budget primitif de la marie, l’ancien Commandant en chef de la Police aura souvent secoué le cocotier durant le mandat municipal qui s’achève en 2018. Plusieurs fois, en effet, il a eu à pousser des gueulantes menaçant de faire exploser la majorité municipale. En octobre 2014, par exemple, il avait menacé d’aller rejoindre Jean Eyéghé Ndong, l’actuel chef de l’opposition municipale «pour donner une nouvelle majorité» au Conseil municipal de Libreville. Ce qui ne fut pas fait. L’on se souvient également qu’au cours d’une réunion de son parti, Jean-Boniface Assélé avait laissé entendre qu’il ne comprenait pas la marginalisation dont le CLR était l’objet à l’Hôtel de Ville.

S’il peut parler de marginalisation au sein de ce Conseil municipal où l’on indique que le patron du CLR bénéficie d’un «traitement de prince, de primes spéciales, de voyages en classe affaires…», ses détracteurs, quant à eux, estiment qu’il ne s’agit ni plus ni moins que de «chantage, d’agitations vaines et stériles». «On est habitué à ce genre de coups de sang du général et de ses hommes», relève un militant du PDG. «Jean-Boniface Asselé aurait dû, une fois pour toute, claquer la porte et de la mairie et de la majorité (…) Ça aurait donné du crédit à ses agissements», a ajouté le même militant, estimant qu’avec plus d’une trentaine d’années dans la politique, «il y a des pièges dans lesquels on ne tombe plus».

Aux yeux des élus municipaux membres du PDG, l’ancien ministre des Sports est une sorte de «caillou dans la chaussure» d’Ossouka Raponda. Et dans ce contexte, les PDGistes auraient aimé qu’il se décide et quitte, une fois pour toutes, cette coalition. Sinon, qu’il assume les conséquences d’une option délibérément choisie au détriment de Jean Eyéghé Ndong.