Animateur de «Gabonitudes», la rubrique vedette du journal L’union, Lybek, le dessinateur portraitiste de la société gabonaise qu’il dépeint au quotidien avec un humour particulièrement mordant, s’est livré à une interview express avec Gabonreview.

Lybek bande dessinée Gabon

Bédérastre ou caricaturiste ? Opposant ou émergent ?

Je considère que je suis plutôt dans la catégorie que vous appelez bédérastre. Au moins il y a la consonance BD. Caricaturiste, c’est vraiment différent de ce que je fais. Sauf si on considère que je caricature la société gabonaise. Il faut dire que sur un plan purement technique, je me considère comme un dessinateur. Pour prendre un exemple, un caricaturiste c’est celui qui déforme les traits d’un personnage public ou politique, par exemple. On reconnait le personnage mais il a des traits grossis, exagérés. Or, moi, mes personnages n’ont pas, en général, des traits caricaturés.

Je ne suis ni opposant, ni émergent. Je suis, disons, pour le peuple. Si le peuple pouvait avoir un parti politique peut-être que je serais dans ce parti là. Parce que je ne cautionne ni l’opposition que j’ai dans mon pays, ni ce que certains appellent l’émergence que je ne vois pas encore.

Comment donc déterminez-vous le choix de vos sujets au quotidien ?

Ces sujets m’arrivent parfois de façon spontanée, comme dirait le psychologue l’idée arrive par une saisie globale et soudaine d’un problème ou d’une situation. Sauf s’il y a un sujet qui attire l’attention de toute la société, mais dans l’ensemble je me laisse guider par mon inspiration, par mon instinct.

Avez-vous déjà été inquiété pour certaines de vos planches ?

De manière directe je dirai non. Mais il est possible que des personnes râlent ou boudent, encore qu’ils ne le font pas directement parce qu’ils ne sont pas cités nommément. Je n’attaque jamais personne du front et même quand c’est le cas, c’est fait avec beaucoup de tact. Ce qui fait que la personne indexée a bien du mal à aller crier sur tous les toits qu’il s’agit de lui.

Vous est-il arrivé d’être censuré par la hiérarchie du quotidien L’union ?   

Oui. Comme dans toutes les rédactions, il y a des choses qui passent et d’autres qui sont recalées. Je n’ai aucun souvenir marquant concernant la censure de mes planches. Donc je ne saurais citer tel ou tel sujet qui a été interdit. Dans ce cas, je garde la planche censurée. Je les archive. Mais, il n’y en a pas suffisamment pour faire un recueil des Gabonitudes censurées.

Y a-t-il une question que vous vous posez souvent au sujet de la vie ?

Je me la posais avant et comme beaucoup de personnes, je me demandais ce que je faisais sur Terre. Aujourd’hui, je ne me la pose plus. Je sais pourquoi je suis sur Terre. Je connais ma mission qui consiste en ce que je fais aujourd’hui. Je ne me pose plus cette question.

Comment devient-on Lybek ?

Lybek autoportraitJe dirais que le parcours de Lybek est atypique, parce qu’il y en a qui vont dans les écoles, rechercher des diplômes pour exercer un métier, quel qu’il soit. Moi, je n’ai jamais eu un diplôme concernant la bande dessinée ou tout autre art plastique. Je suis un autodidacte, je me suis fais tout seul et cela donne le Lybek que vous connaissez aujourd’hui.

Je devrais quand même donner à savoir qu’à la suite d’un concours de dessin organisé par le Centre culturel français en 1996, j’ai été primé avec dix autres lauréats. Cette petite bande s’était alors mise ensemble pour créer BD Boom, une association vouée à la bande dessinée, surtout qu’il n’y avait pas grand monde au Gabon dans ce secteur, à cette époque là. C’est à partir de là que s’est réveillée la fibre que j’avais depuis bien longtemps concernant la bande dessinée et le dessin. Je n’avais pas l’idée de faire de la bande dessinée un métier. Comme beaucoup de jeunes de ma génération, j’étais accro à la BD et je dessinais depuis bien longtemps. Je croquais alors mes camarades de classe ou mes enseignants. J’ai continué mes études mais je suis retombé dans ma passion d’enfance.

Lybek vit-il de son art ?

Je dirais que je vis effectivement de mon art. Je dois noter que L’union me paye plus ou moins bien. J’ai, de temps à autre, des contrats avec des structures qui recourent à mes services pour des affiches ou pour plein d’autres choses concernant le dessin ou l’illustration. Je ne suis pas parmi les artistes qui se cherchent ou qui attendent les droits d’auteur.