Journaliste et écrivain congolais, Foshino Ntumba Mukundulu vient de publier un ouvrage co-édité par le Ciciba et dédié au mythique groupe congolais Zaïko Langa Langa. Dans cette interview accordée à Gabonreview, l’auteur de «La Flamme d’un idéal. Jossart Nyoka Longo et le Zaïko Langa Langa retrace le parcours musical de cet orchestre créé en 1969 et dont Papa Wemba fut l’un des fondateurs.

Foshino Ntumba Mukundulu, auteur de La «Flamme d’un idéal. Jossart Nyoka Longo et Zaïko Langa Langa». © Gabonreview

 

Gabonreview : Pourquoi un ouvrage dédié à l’orchestre Zaîko Langa langa?

Foshino Ntumba Mukundulu : Écrire pour moi est une passion, dès mon bas-âge et avant Zaïko j’ai eu à publier «L’odyssée de Papa Wemba» en 2000, après j’ai publié «J.B Mpiana, ma part de vérité»; j’ai publié «Werrason la rage de vaincre»; j’ai publié «Marie-Olive Lembe di Sita de Kabila Femme de cœur», mais également un roman. C’est vraiment une passion. Moi si je n’écris pas, c’est comme si je suis malade.

Quant à Zaïko, cela est dû d’abord à beaucoup de motivations au départ. Ici, je voulais rappeler que Zaïko est né un an après ma naissance, soit en 1969. C’était en même temps un défi, mais également un pari qui n’était pas facile au départ. Il fallait beaucoup de recherches, d’amour et de sacrifice, car ça fait sept ans que je me suis mis sur la rédaction de l’ouvrage.

Quant aux motivations, Zaïko est un groupe qui est venu avec un défi et il l’a relevé. Le premier défi au Congo quand les jeunes groupes naissent, ils doivent suivre soit le rythme Odemba qui était incarné par Franco Lembo ou encore le rythme fiesta qui était incarné par le grand Kallé Kabasele Tshamala, puis par le Seigneur Tabu Ley Rochereau. Alors Zaïko est venu avec un défi. Au départ, ils étaient sur le rythme fiesta, mais quelque temps après, ils ont trouvé une parade pour mettre tous les vieux ensemble. À l’époque, si vous n’êtes pas avec l’un des leaders de ces deux auteurs de l’école «Fiesta et Odemba», ils devaient vous faire une guerre acharnée, jusqu’à vous faire disparaître. C’est le cas de plusieurs orchestres qui ont disparu à cause de cette prédation.

Et la parade de Zaïko consistait à prendre un peu de Fiesta et un peu d’Odemba. Ce qui donnera naissance à la troisième école de la musique congolaise et depuis lors, aucune autre école n’a vu le jour. Cette révolution était très forte au point où toutes les musiques et animations aujourd’hui, proviennent de Zaïko. C’est le premier groupe qui a introduit dans le jargon congolais ce qu’on appelle Atalaku. Ce sont des animateurs. Aujourd’hui, ailleurs, on les appelle les DJ. C’est Zaïko qui a créé ce phénomène vers les années 80. Il faut également relever que Zaïko est le premier groupe à supprimer les instruments à vent.

Foshino Ntumba Mukundulu dédicaçant l’œuvre. © Gabonreview

Quel était le rôle de l’Atalaku?

Les animateurs qu’on appelle les «Atalaku», intervenaient net après que le chanteur ait terminé de chanter. Ils avaient pour rôle d’animer avec des ingrédients et techniques qui leur sont propres. À l’époque, cette animation était assurée par les instruments et comme ceux-ci sont difficiles à manier et à apprendre, ces musiciens «impatients» qu’ils étaient, ont préféré trouver une parade, celle des animations chantées. C’était une grande révolution dans la musique congolaise. Et aujourd’hui, on le sent à travers l’Afrique, il y a des Djs presque partout.

À part cela, c’est un des rares groupes en Afrique aujourd’hui, qui a 48 ans. Une prouesse car lorsqu’il y a beaucoup de leader dans un groupe, il y a toujours des frictions, lesquelles finissent par tuer le groupe. C’est quelque chose qui m’a impressionné, d’où l’intérêt de faire un ouvrage.

Foshino Ntumba Mukundulu. © Gabonreview

Quel est le lien entre Zaiko Langa langa et la culture Bantu?

Vous savez nos langues sont sur le plan sémantique presque identiques. Je prends un exemple: au Cameroun on dit «Moléma», c’est le coeur, chez nous, on dit «Motéma». Vous voyez que ce sont des langues qui se ressemblent pratiquement. Peut-être la différence, c’est au niveau des pays. Mais, avant, c’était le bassin du grand Congo, le Cameroun, le Congo, le Gabon n’existaient pas. Tous, nous faisons partir de ce bassin du grand Congo. C’est lors de la conférence de Berlin que la division de l’Afrique s’est faite. Aujourd’hui, le Lingala est presque parlé et écouté partout et facilement.

Votre oeuvre est inscrite dans le patrimoine des grands œuvres du Ciciba. Comment appréciez-vous cela?

C’est un sentiment de joie qui m’anime. Cela est encourageant, parce que vous savez, le métier d’écrivain est un métier «ingrat», on en vit difficilement. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a poussé à créer mon entreprise, qui s’appelle Oasis médiasept. C’est un métier qui demande beaucoup de patience et de courage aussi, et surtout de dynamisme et cela me fait énormément plaisir. Je profite de l’occasion pour vous annoncer la sortie prochaine de cinq livres, en commençant par «papa Wemba sur le trône de la rumba» qui a près de 600 pages, qui a été co-rédigé avec les éditions Ciciba.