A l’occasion de la rentrée littéraire de l’Union des écrivains gabonais (Udeg), le 7 novembre dernier, Sylvie Ntsame s’est confiée à Gabonreview. L’écrivaine a notamment plaidé pour le soutien accrue de l’Etat aux initiatives à caractère culturel.

Sylvie Ntsame, écrivaine, éditrice et promotrice du Salon international du livre et des arts de Libreville, le 7 novembre 2016 à Libreville. © Gabonreview

Sylvie Ntsame, écrivaine, éditrice et promotrice du Salon international du livre et des arts de Libreville, le 7 novembre 2016 à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : Pourquoi consacrer cette rentrée à  la place de la femme dans la littérature gabonaise ?

Sylvie Ntsame : L’Union des écrivains gabonais a bien fait de choisir ce thème, parce que lorsqu’on parle de la femme dans la littérature gabonaise, il peut s’agir de la femme en tant personnage ou acteur. Pour le personnage, la femme gabonaise a toujours été dans des  livres écrits par les hommes, elle a toujours été au centre de ces productions littéraires. Cependant, au fil des années, on a assisté à l’émergence d’une cohorte des femmes comme acteurs de On a le bonheur de compter aujourd’hui plus d’une trentaine d’écrivaines. Elles sont également présentes, comme acteurs, dans plusieurs métiers de cette branche. Elles sont promotrices des librairies, des maisons d’éditions, etc.  C’est sans doute cela qui a amené l’Udeg à mettre la femme au centre de cette rentrée littéraire.

En tant qu’écrivaine et patron d’une maison d’édition, pourquoi le livre gabonais, selon les intervenants à cette rencontre, est inaccessible à tous les niveaux ?

D’une manière générale il n’y a pas des  politiques publiques appropriées pour la promotion du Livre dans notre pays. : C’est la raison pour laquelle nos œuvres sont peu visibles sur le marché. Vous savez, nos livres sont inaccessibles car la production coûte cher. En effet ces coups de production se répercutent sur le prix fila du livre sur le marché. En tant que directrice d’une maison d’édition, ce n’est pas facile. Je me suis investie sur fonds propres et quand on investit c’est pour faire un bénéfice. Dans ces conditions, quelle que soit notre volonté de rendre accessible nos productions, en rognant sur nos marges, le livre gabonais sera toujours cher. Sur notre stand, vous constaterez qu’aucun livre n’est vendu à plus de 10 000Francs CFA. C’est notre politique pour permettre au plus grand nombre d’accéder à nos productions. Nous faisons tout pour que le livre soit moins cher. Nos livres-jeunesses par exemple coûtent 2500 francs. C’est un prix à la portée de tout le monde.

Compte tenu des difficultés auxquelles nous sommes confrontés, nous sollicitons l’appui de l’Etat en termes d’une vraie politique promotion de la filière dans son ensemble : accompagnement des écrivains, aide à la production, promotion des maisons d’édition, des librairies et des bibliothèques, des salons et foires du livre. Cela permettra de baisser le prix du livre et on le vendra moins cher que les prix auxquels je le vends au déjà aujourd’hui.

Des critiques et même des lecteurs trouvent la littérature gabonaise hermétique, fermée. C’est pour cela qu’on ne la retrouve pas dans les écoles ?

Là c’est bien faux. Cette littérature n’est pas fermée. Ceux qui le disent sont ceux qui ne sont pas au faite des réalités. La littérature gabonaise n’était pas trop visible dans les programmes scolaires des écoles au Gabon parce que l’Institut pédagogique national (IPN) avait des difficultés pour trouver des œuvres. Ce n’est pas un écrivain qui, personnellement, fournit les œuvres. Et là, nous retombons  sur la politique nationale du livre. Quand l’Etat met un livre au programme, c’est à l’Etat de s’assurer auprès des éditeurs de la disponibilité de cet ouvrage. Or ; les difficultés d’édition font que les livres ne soient pas disponibles. La littérature gabonaise n’est pas hermétique. Au contraire, elle est l’une des plus attrayantes parce que lorsqu’un enfant lit le livre gabonais, il se retrouve. Dommage qu’il soit moins disponible sur le marché. Maintenant que nous sommes là, nos livres sont au programme et se vendent à des prix revus à la baisse. Par ailleurs, l’écriture gabonaise se vend aussi très bien à l’extérieur.

La numérisation de la production est désormais à l’ordre du jour dans l’écriture. Etes-vous prêtes à vous adapter ?

Est-ce que c’est l’écrivain qui doit s’adapter au numérique ? Vous savez, lorsqu’on parle de numérique il y a plusieurs composantes qu’on y retrouve. Quand on dit que le livre sera numérisé, cela ne veut pas dire que l’éditeur le mettra gratuitement en ligne. Le livre n’est pas gratuit. Chaque fois que vous irez lire un livre, il y aura une banque qui recevra le paiement. Tant que cela ne sera pas fait, les choses n’évolueront vraiment pas. Le problème ce n’est même pas le numérique, ce sont les mesures d’accompagnement : le réseau Internet doit être fiable, il faut assurer la protection du livre sur le net parce qu’on ne va pas le mettre en ligne pour qu’il soit télécharger et refait à la Gare-routière. Cette question nécessite la maitrise de tous les contours : la sécurité du livre et sa distribution sur Internet, le modèle économique, etc. Je suis une éditrice, je ne mettrais jamais le livre gratuitement sur Internet. Il faut toutes les composantes pour que nous puissions aller vers le numérique. Ce que le ministre de la communication, de l’Economie numérique dit est une bonne chose. Le numérique est dans un pays comme la Corée, la solution à la piraterie. Dès qu’ils ont mis les livres au numérique, les gens ont cessé de les pirater parce qu’ils les ont à portée de main, dans le téléphone. Ce serait aussi une autre solution  pour lutter contre la piraterie, mais pour en arriver là, il faut que les enfants aient, non plus leur téléphone, mais des tablettes pour leur permettre de bien lire, des salles multimédias où ils iront lire.

A quand la prochaine édition du Salon international du livre et des arts de Libreville (Silal) dont vous êtes promotrice ?

Le Silal coûte cher et il n’y a pas d’espace culturel pour l’accueillir dans les meilleures conditions. On pourrait faire le Silal chaque année comme cela se fait partout dans le monde. Je rentre  de la foire du livre de Frankfurt. C’est la plus grande foire au monde. L’Etat a mis en place des structures pour cette magnifique espace de promotion du livre. Pourquoi avons-nous étalé la tenue du  Silal tous les deux ans ? C’est parce qu’il n’y a pas de structures. Lorsque nous l’avions organisé à Gabon Télévision l’année dernière, les installations seules nous ont coûté 25 millions de francs FCA. On ne gagne rien. Nous le faisons pour l’amour de la littérature. Si on avait des installations adéquates, on le ferait tous les ans. Je profite de cette occasion pour inviter les sponsors à nous soutenir. Nous sommes disposés à organiser régulièrement le Silal, mais financièrement c’est lourd.

Comment viabiliser le Silal ?

Si le gouvernement pouvait inscrire le Silal dans le budget de l’Etat, ce serait une très bonne chose. Le Salon du livre et de la culture dans tous les pays est organisé par le ministère de la Culture. Les gens viennent de par le monde et les acteurs culturels du pays sont mis en valeur. Que l’Etat comprenne la nécessité et l’intérêt de ce formidable outil de promotion de notre culture. C’est le Gabon qui sera  mis en avant. Et le Gabon culturel est celui qui vend mieux le pays. Ce n’est pas tant le pétrole ou les autres matières premières. Ce qui vend mieux un pays c’est la culture. C’est ce qu’on a en commun, c’est notre identité, c’est notre fierté. Que les autorités et tous les Gabonais se mettent avec les organisateurs de ce Salon afin qu’il devienne une affaire nationale. Un lieu pour défendre les couleurs du Gabon.