Dans le cadre de son cycle de débats 2018, l’Institut français du Gabon (IFG) a organisé, le 24 mai, une table-ronde consacrée à la bibliodiversité et à l’édition en Afrique, thème du mois courant.

Le panel : Honorine Ngou, Laurence Hugues, Yasmin Issaka-Coubageat et Sylvie Ntsame, le 24 mai 2018, à l’IFG de Libreville. © Gabonreview

 

L’activité éditoriale en Afrique subsaharienne francophone reste réduite et l’accès aux livres y est toujours un défi à relever. Malgré la naissance d’une classe d’éditeurs dits indépendants qui s’active pour l’essor d’une institution littéraire de qualité depuis quelques années, les avancées sont là, mais à peine perceptibles. Au lendemain des indépendances, en effet, quelques structures éditoriales ont bien émergées, mais elles ont connu au cours des décennies suivantes de nombreuses vicissitudes.

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C’est pour échanger autour du livre africain et de son édition, des difficultés et de leur vision que quatre femmes – Laurence Hugues de France, Yasmin Issaka-Coubageat du Togo, Sylvie Ntsame et Honorine Ngou du Gabon – se sont retrouvées le 24 mai à l’IFG.  «Comment prendre conscience et surtout réaffirmer les enjeux de la bibliodiversité pour réfléchir à un avenir durable du livre sur le continent ? Quel est le rôle des éditions en langues locales, voire bilingues ? Comment mettre en place les projets ? Comment les nouvelles technologies peuvent-elles les favoriser ?», telles étaient les sujets sur lesquelles ces panélistes ont planché.

En tant qu’invitée, Honorine Ngou, écrivaine, libraire et lauréate de nombreux prix, a rappelé que l’heure n’est plus à la victimisation. «Quand je vois des femmes éditrices. Je suis admirative parce que je constate que les paradigmes ont changé», a-t-elle dit, non sans relever le fait que les «politiques n’ont pas encore compris la nécessité de mettre en place une politique du livre dans le pays».

Revenant à la problématique de l’édition, l’un des déterminismes de la cherté et donc de la difficulté d’accès au livre en Afrique, Sylvie Ntsame, la fondatrice des Editions Ntsame, estime pour ce qui est de l’édition au Gabon, qu’il n’est qu’un «désert». Elle a alors corroboré les propos d’Honorine Ngou, expliquant que, face l’absence d’une politique du livre, «c’est la croix et la bannière pour les éditeurs de pourvoir survivre». «Nous n’avons aucun accompagnement. Notre travail relève presque du militantisme et l’Etat n’est garant de rien», a déclaré la présidente des Editions Ntsame. Pour la patronne des éditions éponymes, les éditeurs gabonais sont parfois dans l’obligation de s’endetter pour porter et réaliser leur projet. Et de déplorer, en outre, la piraterie, couplée à la quasi inexistante de lectorat. Deux facteurs limitant pour l’institution et la promotion du livre.

Face à ces difficultés, Laurence Hugues de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants et Yasmin Issaka-Coubageat des Editions Graines de Pensées estiment qu’il faut mutualiser les forces. «Il n’y a pas de véritable culture de lecture en Afrique francophone. Il n’y a pas d’animation autour du livre», a relevé Issaka-Coubageat, notant par ailleurs que «le livre est un puissant moyen de développement, de progrès».

Pour sortir donc de l’ornière, la bibliodiversité est la bienvenue. Selon Laurence Hugues, en écho à la biodiversité, la bibliodiversité fait référence à une nécessaire diversité des productions éditoriales mises à la disposition des lecteurs. Elle repose ainsi sur la préservation des langues, des cultures et donc des identités. Sa mise en pratique pourrait de ce fait passer par la mutualisation des ressources entre éditeurs et permettrait de contourner les difficultés. De cette manière, ont relevé les conférenciers, un livre paru dans un pays X pourrait être rééditer dans un pays Y sans trop de tracasseries.

Au final, près d’une soixantaine d’années après les indépendances, la donne n’a pas radicalement changé dans les pays de l’Afrique subsaharienne. L’édition africaine francophone, en dépit d’évolutions récentes notables, n’a toujours pas réussi à prendre son essor, à l’inverse de ce qui peut parfois être constaté dans la zone de la langue anglaise. Des efforts restent absolument à fournir pour une véritable institution littéraire.