Ni prophète ni visionnaire, mais présenté par ses lecteurs comme un grand amoureux du verbe parlé et écrit, Benicien Bouschedy, jeune écrivain gabonais, a en horreur de l’autocensure, la faiblesse et le manque de courage, surtout devant l’injustice. Et s’il se défend d’être capable de lire dans les cartes et de prédire l’avenir,  il n’en demeure pas moins convaincu que tout avenir se façonne, se dessine au gré de la détermination de chacun. Il présente dans cet entretien, son deuxième ouvrage intitulé Silences de la contestation (2016, La doxa éditions), un long poème, qui traduit bien le climat politique actuel.

Benicien Bouschedy, auteur de Silences des la contestation. © D.R.

Benicien Bouschedy, auteur de Silences de la contestation. © D.R.

 

Gabonreview : Pourquoi avoir fait le choix de ce titre pour votre deuxième œuvre, et qu’est-ce qu’il est supposé traduire ?

Benicien Bouschedy : Silences de la contestation, comme tout titre, est d’abord une métadonnée qui traduit une promesse à découvrir, une promesse qui invite le lecteur à ouvrir le livre, à le pénétrer, à le lire, à le comprendre, à le saisir et surtout à faire corps avec le texte afin d’accompagner l’auteur dans cette aventure. Silences de la contestation est la contestation des silences de la société humaine dans le drame qui le sévit; drame socioculturel et géopolitique qui l’étrangle des mains des leaders africains qu’elle glorifie pour quelques petits privilèges qui, d’ailleurs, la déshumanise. Enfin, cet ouvrage entend porter la voix des martyrs, des condamnés à vivre dans la misère ou à mourir dans l’indifférence, des laissés pour compte dans un univers social qui s’occupe des victimes d’ailleurs plutôt que les siennes. C’est donc la contestation de toutes les injustices réunies du monde qui ont prêté leurs voix au poète pour constituer finalement des silences bruyants.

Le choix d’un poème d’une centaine de pages sans ponctuation n’est certainement pas anodin ?

Le silence ne se ponctue pas. On l’entend dans le continu qui vide nos désespoirs et nos regrets en s’insurgeant contre nos échecs afin de faire place à la réflexion, tout comme l’expression de la colère. Le manque de ponctuation écrite, pourtant saisissable à l’oral, est une métaphore de la rhétorique qui indexe le signifié de manière direct. L’auteur que je suis a souhaité et veut se soulager, se libérer, d’une charge qui alourdit sa conscience et donc pas de temps à accorder à la ponctuation. Cependant, le manque de ponctuation traduit également une contestation des normes linguistiques.

Tout semble vous révolter. Est-ce la seule raison qui vous amène à l’écriture ?

J’ai choisi d’écrire pour défendre la société humaine plongée dans le coma de toutes les injustices qui l’accablent. Je pense qu’il est de la responsabilité de chaque être humain de s’engager dans ce combat afin d’assumer ce que nous trouvons à changer afin d’améliorer notre quotidien. Moi, j’ai choisi de le faire avec les mots. Pourquoi j’écris? Ben, d’abord pour montrer au monde qu’il existe une pensée gabonaise, ensuite parce qu’il y a une urgence dans le moment qui nous assiège. La société humaine est attaquée et la seule façon, pour moi, de sauver cette société c’est de montrer à l’autre le danger qu’il représente pour lui-même dans sa déroute actuelle et continuelle. J’écris pour que mes mots défendent la société humaine non seulement dans le moment mais dans la totale éternité.