Auteur de «50 Figures de la Littérature Gabonaise de 1960 à 2010», «Le Cheminement de Ngniamoto», «Le chant de ma mère», «Le voleur de rêves»,  Eric Joël Békalé, écrivain prolixe qui compte une dizaine d’œuvres (poésie, roman, conte, etc.) est le président sortant de l’Union des écrivains du Gabon (Udeg). Interview express au soir de son mandat.

Eric Joël Békalé. © D.R.

Eric Joël Békalé. © D.R.

 

L’Union: L’Udeg organise une Assemblée Générale ce samedi. De quoi serra-t-il question ?

Eric Joël Békalé : Comme l’énoncent les Statuts de l’UDEG, le Bureau directeur de cette structure est élu pour un mandat de trois ans. Nous avons été élus en 2012, au terme de cette année (2015) nous sommes arrivés en fin de mandat. Voilà pourquoi nous convoquons une assemblée générale ordinaire afin de renouveler ce bureau. Il s’agira pour les membres de l’UDEG, en principe tous les écrivains, journalistes, enseignants, libraires et éditeurs régulièrement inscrits à l’UDEG de voter les personnes qu’ils souhaitent voir diriger notre association pour les prochaines années, 2015-2018. Je signale, au passage que, pour être candidat ou/et électeur lors de ce scrutin, il faut au préalable s’être acquitté des ses cotisations (5000 francs CFA/mois) pour l’année écoulée et, concernant les candidats potentiels, avoir déposé formellement sa candidature au siège avant le 30 septembre 2015. Ce qui signifie que les inscriptions sont clauses à l’heure actuelle. Nous espérons vivement que toutes les personnes concernées par ces élections et qui se trouvent à Libreville, viendront massivement pour désigner leurs représentants.

Eric Joël Békalé. © D.R.

Eric Joël Békalé. © D.R.

Ces derniers temps, des rencontres et conférences internationales, du type New York Forum Africa sont organisés à Libreville, on n’y voit pas et on n’y entend pas la voix des intellectuels et des écrivains gabonais. Quelle explication en donnez-vous ?

Très bonne question. Il faudrait la poser aux organisateurs de ces évènements. Effectivement, tout se passe dans notre pays comme s’il n’y existait pas d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes. Jésus Christ, lui-même, l’avait dit : «Nul n’est prophète chez soi !». Chez nous, on préfère payer très cher des cabinets et des consultants extérieurs qui ne savent rien de nos réalités nationales. Alors que nous avons sur place toutes les intelligences nécessaires, à moindre cout, qui rendraient un meilleur travail que ce qui nous est proposé par nos amis. Les intellectuels de manière générale et les écrivains en particulier sont des grands témoins de leur temps. Dans nos livres nous consignons nos vécus et le vécu des autres. Nous sommes des passeurs d’idées, les dépositaires d’un certain enseignement ancestral que nous transmettons de génération a génération grâce à nos écrits. Partout ailleurs, les écrivains participent aux débats politiques et sociaux. On leur demande leurs avis par rapport aux grands enjeux de l’heure. Ils sont invités sur les plateaux de télévision, à la radio et de nombreux articles leur sont consacrés dans la presse écrite… Ici, dans notre pays, ce n’est pas toujours le cas. Nous sommes mis à l’écart, comme si on avait peur de nous ou de ce que nous pourrions dire. C’est dommage, car nous avons beaucoup à apporter à notre pays. Peut-être aussi que cette absence ou ce peu de visibilité est dû au fait que nous ayons un ministère de la Culture faible. Parce que nous pouvons constater, à regret, que ce ministère est plutôt absent aussi bien en termes de formulation des politiques culturelles que dans la mise en œuvre du peu qu’il puisse faire. Mais bon, ainsi va le pays.

Puisque vous êtes en fin de mandat, et si on parlait de votre bilan ?

Oui, il convient tout d’abord de rappeler que l’UDEG est, en réalité, une instance du ministère de la Culture. Elle est placée, statutairement, sous le Haut patronage du président de la République et sous la tutelle du ministère de la Culture. De fait, elle est reconnue d’utilité publique puisque nous agissons dans un secteur des politiques publiques culturelles : la promotion et la vulgarisation de la littérature gabonaise. Mais, pour ce faire, nous ne recevons malheureusement aucune subvention de l’Etat. Nous n’avons pas assez de moyens, en dehors des rares cotisations des membres, pour véritablement réaliser tous nos projets. Cependant, à la guerre comme à la guerre, nous nous battons. Durant notre mandat, de 2012 a 2015, nous avons réalisé de nombreuses entreprises, toutes aussi significatives.

En termes de promotion, nous avons pu tenir, dans les établissements scolaires, une dizaine de café-littéraires et autant au niveau du siège au quartier Louis. Nous avons contribué à une meilleure visibilité des écrivains gabonais en facilitant la présence de ces derniers aux salons du Livre de Paris et de Genève. Aujourd’hui, nous sommes en contact avec les associations des écrivains du Sénégal, du Togo, du Cameroun, du Congo, du Mali et du Maroc, pour ne citer que celles-là, grâce à cette présence.

Au plan national, auprès des autres artistes, nous avons œuvré à la création du Bureau gabonais des droits d’auteur (Bugada), à la rédaction du projet de loi portant statut de l’artiste et initié une lutte acharnée contre la piraterie, la contrefaçon et la copie des livres gabonais. Cela est considérable. Au niveau de notre siège, nous avons ouvert une librairie spécialisée dans les ouvrages nationaux et équipé notre bibliothèque d’ordinateurs afin que les écrivains et les élèves puissent y venir travailler. Voici, entre autres choses, ce que nous avons réalisé lors de notre mandat. Mais, je conviens qu’il reste beaucoup à faire. Mais, sans argent et sans la mobilisation totale des premiers concernés, c’est-a-dire les écrivains eux-mêmes, rien n’est facilité… Pour terminer ce que j’ai commencé, je suis candidat à ma succession.