Amoan Pambo et Dia Alihanga rendent un hommage posthume à l’activiste, Prix de l’Intégrité 2010, à travers un ouvrage paru à St-Honoré éditions – Paris en juin 2016.

Gregory Ngbwa Mintsa. © D.R.

Gregory Ngbwa Mintsa. © D.R.

 

Œuvre biographique, L’indigné d’Amoan Pambo et Dia Alihanga essaie de présenter Grégory Ngbwa Mintsa tel qu’en lui-même. Slameurs et poètes, les co-auteurs ont voulu raviver la mémoire de cet illustre fils du Gabon. L’objectif de ce livre est de rappeler aux amis et soutiens de cet activiste, Prix de l’intégrité 2010, son œuvre, fondée sur la défense des libertés publiques et individuelles et la quête de démocratie.

La première de couverture de «L’indigné». © D.R.

La première de couverture de «L’indigné». © D.R.

Dans cet ouvrage, on apprend que Grégory Ngbwa Mintsa est né dans une famille nantie, appartenant à la bourgeoisie locale. Il a fait ses études au Gabon et en France. On apprend également que c’était un homme d’une très grande culture, très porté sur les arts et la musique. En France, il a milité au sein d’une association qui dénonçait les travers du parti unique. De retour au pays, il a pris une part active au combat pour l’avènement du multipartisme. Son franc-parler et sa rectitude morale ne lui ont pas permis d’évoluer dans un milieu où la corruption, les intérêts égoïstes et les égos démesurés avaient pris le pas sur le bien commun et l’intérêt général. Déçu, il décida de s’éloigner des partis politiques pour mener son combat en son nom propre, en homme libre et citoyen indigné.

L’indigné d’Amoan Pambo et Dia Alihanga fait le récit d’une rencontre de Grégory Ngbwa Mintsa avec Omar Bongo Ondimba. «En fin de règne, Omar Bongo semblait vouloir se ressaisir et s’amender. Il semblait se débattre contre un monstre déjà trop puissant et incontrôlable, il était un Frankenstein qui avait créé un monstre qu’il ne maîtrisait plus. Le vieil homme semblait las. Mais plus surprenant encore, il semblait plein de sincérité. Bongo est honnête pense-t-il, déphasé», peut-on lire. «Grégory pensait ce jour-là rencontrer le monstre qui avait nourri tant de fantasmes. Il se trouvait en face d’un vieil homme simple, presque sénile et au tempérament doux. Omar Bongo semblait regretter tout le mal que subissaient les Gabonais et disait vouloir changer les choses. Ce n’était pas l’homme que Gregory avait imaginé, l’âge avait dû faire son travail. Ce n’était plus le dictateur froid qui avait ordonné l’exécution d’Alexandre Mandza Ngokouta à Hollando en 1985. Ça ne pouvait pas être le même homme. Grégory se dit que finalement le temps avait dû agir sur lui, comme sur chacun de nous. Qui l’eut cru? Du haut de sa tour de marbre on l’imaginait éternel, imbu de sa personne et arrogant : l’homme devant lui était un vieillard qui se tenait là, la mine sympathique, vêtu d’un costume sombre et de la plus banale des humanités», y lit-on encore.

En fin de compte et à travers cet extrait, c’est bien l’image de Pa Gré, comme l’appelait affectueusement ses proches, qui apparait. Un homme qui avait toujours su prendre les choses à partir d’une perception sereine et froide. L’on se souvient qu’il porta plainte, aux côtés de Transparency international, à trois présidents africains pour «patrimonicide» et reçu pour son combat, le Prix de l’intégrité en 2010.

Amoan Pambo, poète et écrivain vivant aux USA, et Dia Alihanga, poète, activiste et expert des situations interculturelles, sont des hommes de lettres et de culture. Précurseurs du slam au Gabon et en Afrique francophone, ils sont également les leaders, concepteurs et initiateurs du mouvement culturel Farafinah Renaissance.