Pays non pétrolier, le Togo aurait fourni au Gabon, durant le premier semestre 2018, du gasoil pour un montant de 7,7 milliards de francs CFA, selon le ministère de l’Économie relayé par africapostnews.com. L’information a le mérite de relancer les spéculations sur une sorte de contrebande ou de surfacturation de l’or noir importé de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Elle met aussi en lumière le trafic du pétrole nigérian et un immense marché noir du pétrole au large des cotes togolaise. Une odeur de «Dirty oil» (sale pétrole).

Que cache donc cette affaire surréaliste d’un pays producteur de pétrole, ayant sa raffinerie, mais qui importe des hydrocarbures auprès d’un pays non producteur ? © Gabonreview/Shutterstock

 

D’où provient le gasoil importé du Togo par le Gabon. Sans en être producteur, le pays de Faure Gnassingbé  figure au 4ème rang des fournisseurs du Gabon, derrière la France, la Belgique et la Chine, mais devant l’Inde, les USA, le Canada ou encore le Maroc. Selon le ministère de l’Économie du Gabon, l’État a versé 7,7 milliards de francs CFA au Togo en contrepartie de cargaisons de gasoil.

 Selon des responsables du ministère contactés par le site d’information, Africapostnews, la production de la Société gabonaise de raffinage (Sogara), unique raffinerie du pays, ne couvre plus l’entièreté des besoins du marché local d’où le recours à des importations de produits pétroliers raffinés en provenance de pays tiers.

La prétendue erreur de la Banque de France

Cependant, interrogés sur le fait que le Togo ne produit pas de pétrole les fonctionnaires gabonais n’ont pas souhaité s’exprimer sur cet aspect. Pourtant, le gouvernement togolais a réaffirmé, en janvier dernier, ne pas produire de pétrole. Ce, en réponse à l’indication d’une exportation de plus de 15 millions de barils de pétrole en un an par la Banque de France, fin 2017, de son rapport annuel 2016 sur la Zone franc. L’attitude des fonctionnaires gabonais et les déclarations officielles des Togolais qui viennent relancer les supputations sur une supposée exploitation clandestine de pétrole au pays des Gnassingbé.

Si la Banque de France, a pu s’égarer en attribuant au Togo des données statistiques relatives à la Côte-d’Ivoire, il est peu probable que le ministère de l’Économie du Gabon se soit trompé de créancier en effectuant un versement validé et déclaré. En attendant le démenti des autorités togolaises ou celui de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ayant relevé par le passé l’erreur de la Banque de France entre le Togo et la Côte-d’Ivoire, cette situation s’apparente à une maladroite divulgation.

Nigéria connexion et «Dirty oil» (sale pétrole) dans l’offshore togolais

Il reste que Société nationale du pétrole du Nigéria (Nigerian National Petroleum Corporation – NNPC) a reconnu le Togo comme l’un des plus importants clients du Nigéria. Le pétrole raffiné en provenance de ce pays pourrait donc être revendu. Le NNPC indique d’ailleurs que Lagos débourse près de 500 milliards de francs CFA chaque année pour subventionner la consommation locale du carburant dont plus du 1/3 est vendu au Niger, au Bénin, au Cameroun, au Tchad et au Togo par la contrebande.

Mais, le pétrole pouvant être exporté au Gabon pourrait surtout provenir du gros trafic qui s’effectue tous les jours dans l’offshore togolais où a lieu tous les jours un ballet de pétroliers en provenance de l’Europe du Nord-Ouest, surtout de la zone Amsterdam-Rotterdam-Antwerp (ARA). Ces tankers viennent y écouler du pétrole dans une sorte de marché noir. Les produits se transfèrent d’un navire à un autre dans une opération dénommée «de navire à navire» (ship-to-ship, STS). Un rapport de l’ONG suisse Public Eye indique que le Togo importe plus de carburant qu’il n’en a besoin et qu’il sert de transit vers d’autres pays.

Qui et que paye le Gabon ?

Le Gabon compte vraisemblablement parmi ces pays. Mais, à quelle structure doit-il de l’argent au Togo ? À des traders Togolais ayant des entreprises privées ou à une entreprise étatique à l’image de Gabon Oil Company (GOC) chargée de la vente du «Dirty oil» (sale pétrole) en contrebande dans les eaux territoriales togolaises par des traders suisses et hollandais ? De nombreuses questions viennent en tout cas à l’esprit : pourquoi le Gabon n’importe-t-il pas directement du grand producteur qu’est le Nigeria ? Depuis la création de Gabon Oil Marketing (GOM), cette entité est chargée de l’importation des hydrocarbures en vue de pallier les carences de la Sogara, pourquoi donc le ministère de l’Économie du Gabon, ou plus simplement le gouvernement, doit-il payer les importations de la GOM ? Que cache donc tout ce micmac, cette affaire surréaliste d’un pays producteur de pétrole, ayant sa raffinerie, mais qui importe des hydrocarbures auprès d’un pays non producteur ?

Pour le moment, le Togo attend toujours d’exploiter le pétrole y ayant été découvert. Selon le rapport de conciliation de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Togo) 2014, produit par le cabinet Moore Stephens, l’Etat Togolais et la société ENI ont signés, le 21 octobre 2010, 2 contrats pour l’exploration et la production d’hydrocarbures sur les blocs offshore Oti 1 et Kara 1 situés dans le «Bassin du Dahomey». En Juin 2012, à la fin de sa première phase d’exploration, la société ENI a confirmé que les études géologiques ont révélé l’existence de pétrole dans les blocs Oti 1 et Kara 1. Et si l’exploitation était clandestinement opérée ?