Réunis pendant quarante huit à Yaoundé (Cameroun) pour débattre de la menace grave qui pèse sur l’ensemble du golfe de Guinée à travers des actes de piraterie maritime et les vols à main armée en mer, les chefs d’État ayant pris part à ce sommet ont convenu d’une mutualisation de leurs moyens pour garantir la sûreté et la sécurité maritimes dans cette zone.

Les chefs d`Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre à l’ouverture du sommet sur la piraterie. © Reinnier Kaze/AFP

Les chefs d`Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre à l’ouverture du sommet sur la piraterie. © Reinnier Kaze/AFP

Tenu sous l’égide des Nations-Unies, à l’initiative de la CEEAC, de la CEDEAO et la Commission du Golfe de Guinée (CGG), le sommet de Yaoundé sur la sûreté et la sécurité maritimes a convenu d’une stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans dont l’objectif est d’assurer «la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité» dans l’espace maritime du Golfe de Guinée par la mobilisation des moyens opérationnels tant institutionnels que logistiques.

Selon la déclaration commune des treize chefs d’État présents à ce sommet, cette stratégie qui attend à présent d’être élaborée prévoit de se fonder sur une série d’instruments juridiques africains et internationaux au rang desquels la Stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans horizon 2050 (Stratégie AIM 2050) adoptée par l’Union africaine (UA) le 6 décembre 2012.

La déclaration dite de Yaoundé mentionne en effet la mise en œuvre d’un «Code de conduite transitoire en vue de faciliter l’adoption d’un accord multilatéral contraignant visant à éradiquer les activités illicites au large des côtes de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Ouest». Signé par les ministres des Affaires étrangères, ce code de conduite est un document qui, selon ses propres termes, «s’applique dans les cas d’actes criminels transnationaux organisés dans le domaine maritime, d’actes de terrorisme maritime, d’actes de pêche INN (c’est-à-dire illégale, non déclarée et non réglementée, et d’autres activités illégales commises en mer dans ces régions».

Les chefs d’État des deux communautés régionaux ont également annoncé la création d’un organe régional chargé de lutter contre la piraterie maritime dans le golfe de Guinée, la création d’un «centre interrégional de coordination» destiné à mettre en œuvre une stratégie de lutte contre l’insécurité maritime, la mise en place d’un mécanisme de financement basé sur les contributions, qui reste à définir. Les dirigeants ont notamment plaidé pour le déploiement d’une «force navale internationale» dans la région ainsi que pour la mise en place de la «Force d’intervention rapide» dont la création avait été décidée par l’Union africaine fin mai.

«Ces décisions sont valables pour trois ans. C’est à la fin de la troisième année, que les mesures annoncées commenceront à devenir contraignantes», précise le communiqué final des assises de Yaoundé. L’application de ces mesures suggère la mise en place d’un cadre intercommunautaire de coopération en matière de sûreté et de sécurité maritimes, l’élaboration des procédures opérationnelles conjointes, l’harmonisation du cadre juridique et institutionnel des États membres, l’établissement d’un mécanisme de partage de l’information et du renseignement, l’institutionnalisation d’une conférence sur le développement et la sécurité.

L’adoption du mémorandum d’entente entre les trois organisations sur la sûreté et la sécurité dans l’espace maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, adopté au cours de ce rendez-vous de Yaoundé institue aussi la tenue d’une réunion annuelle des hauts responsables de la CEEAC, de la CEDEAO et de la CGG, ayant pour rôle d’assurer «l’orientation, le suivi et l’évaluation de la coopération régionale».

Selon le président camerounais Paul Biya, hôte du sommet pour qui la volonté affichée vise à faire du golfe de Guinée «un espace sûr, un espace sécurisé pour la circulation des biens et des personnes», cet organe doit être capable de «concevoir des concepts nouveaux, concepts en avance afin que nous ne soyons plus jamais surpris par l’ingéniosité des pirates et des preneurs d’otages».

«Cela coûte cher certes, mais pour sécuriser cet espace maritime, il n’y a pas de prix. Nous allons mettre les moyens qu’il faut et en particulier mutualiser les moyens avec l’appui de la communauté internationale», a renchéri le président Idriss Déby.

Prenaient part au sommet, les présidents du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo, de Côte d’Ivoire, du Gabon, de Guinée- Bissau, de Guinée équatoriale, du Niger, du Nigeria, de Sao Tomé & Principe, du Togo et du Tchad.