«La vie et l’œuvre de Léon Mba» était la première thématique abordée ce 28 novembre 2017 à Paris, à l’occasion de la première table ronde de l’exposition «Léon M’ba : 50 ans après» consacrée au premier président de la République gabonaise.

Les animateurs du panel sur «la vie et l’œuvre de Léon Mba», le 28 novembre 2017, à Paris. © Gabonreview

 

Le Pr Moïse Nsolé Bitéghé, le Pr Guy Rossatanga-Rignault et Jean Henri Revignet-Ingueza ont constitué le panel, modéré par le journaliste Alain Foka, consacré au focus sur le vécu et l’action de Léon Mba. Loin d’être exhaustifs, les exposés ont permis de cerner l’homme qu’il fut. De ses premiers pas dans l’administration coloniale à son emprisonnement en Oubangui-Chari en passant par ses efforts pour rester leader de sa communauté, l’on aura appris des choses et d’autres sur Léon Mba, souvent méconnues jusque-là.

Paris, le 28 novembre 2017 : l’assistance à la Bibliothèque de l’Ogooué durant le premier panel du colloque international consacré au premier président gabonais. © Gabonreview

Premier intervenant de cette longue série, le professeur Moïse Nsolé Bitéghé a exposé sur «Léon Mba : l’homme et son parcours». L’on aura noté que né en 1902, Léon Gabriel Mba Minko a été, très jeune, interprète pour le colon, employé à la sous-intendance militaire où il a appris la dactylographie avant de devenir écrivain-interprète dans l’administration coloniale, commis de douanes, chef de canton…

Fort de son influence grandissante et de son intelligence, Léon Mba, présenté par Moïse Nsolé Bitéghé comme un homme «multiculturel et multidimensionnel» parce qu’il était Bwitiste, chrétien, franc-maçon…, parlait plusieurs langues du pays, mais avait également une femme dans presque chaque village du Gabon, «un bon Fang» a ironisé le professeur. Le futur premier président du Gabon a malgré tout subi les foudres des colons, l’accusant d’anthropophagie, de détournement avant de l’exiler en Oubangui-Chari. L’opération, selon l’exposant, visait à l’éloigner du peuple auprès duquel il avait de plus en plus d’influence. Pendant ses 13 ans d’exil forcé, Léon Mba s’y est forgé et destiné, malgré lui, aux responsabilités qu’il occupera par la suite.

En dépit de sa formation incomplète, mais somme toute solide, Léon Mba a également été victime des turpitudes de la vie. Et le Pr Guy Rossatanga-Rignault de présenter «comment la France coloniale gérait ses dissidents». L’on a alors appris que «contrairement aux idées reçues, la colonisation du Gabon par la France n’a pas été un long fleuve tranquille». Et les cas Léon Mba et Benoit Ogoula Iquaqua font école dans cette atmosphère où la justice de droit commun a été utilisée pour permettre l’éloignement de l’ancien président. Pour le colon, a expliqué l’universitaire, cet exil justifié par plusieurs motifs fallacieux – vente de chair humaine boucanée, détournement, etc. – n’avait pour but que de mettre à l’écart cet homme qui menait une politique pouvant à tout moment se retourner contre l’occupant.

Jean Henri Revignet-Ingueza, quant à lui, a exposé sur «l’évolution de la pensée politique de Léon Mba». Pour lui, le leader historique a véritablement fait corps avec l’histoire politique du Gabon en devenant, le 17 août 1960, le premier président de la République. Ce qui induit des effets pervers, a-t-il souligné : il apparaît pour les uns comme «le père de l’Indépendance et de la Nation gabonaise» tandis que pour certains il symbolise l’«homme-lige de la France en Afrique» et pour d’autres «la figure emblématique d’un paradis perdu».

«Indigène évolué», Léon Mba devenu homme d’Etat aura bien souvent été critiqué pour ses choix notamment lorsqu’on relève qu’il aurait souhaité que le Gabon restât un territoire français à la manière des territoires français d’outre-mer. Cela n’empêche pourtant pas qu’il soit par ailleurs perçu comme un combattant de la liberté et de l’émancipation des peuples noirs. La communication de Jean Henri Revignet-Ingueza a présenté Léon Mba en quatre séquences constituant autant de volets et d’étapes de sa vie : le progressiste intrépide (1919-1945), le nationaliste pragmatique (1946-1956), le francophile décomplexé (1957-167) et le partisan d’un exécutif fort (1960-1967).

Enfin, Julien Le Mauff, diplômé de Sciences Po Paris, a essayé de restituer une histoire de la pensée politique de Léon Mba centrée sur les concepts et les chronologies. Il a par exemple indiqué qu’à 20 ans Léon Mba était déjà contestataire du pouvoir colonial à travers une lettre expédiée au gouverneur des colonies. Puissent toutes ces communications faire l’objet d’un recueil, tant la matière abonde devant être connue du plus grand nombre.