Le chef de l’État serait irresponsable, irréprochable, dédouané de tout. Ses fautes, ses erreurs de jugement et ses manquements ne seraient que le fait de collaborateurs pas toujours bien intentionnés à l’égard de la patrie et de son président. Mais de quel entourage s’agit-il ?

Quel est donc cet entourage d’Ali bongo accusé par tous et accusé de tout ? © Mediapart

 

Après plusieurs personnalités avant lui, Bonaventure Nzigou Manfoumbi, leader du Front d’Égalité Républicaine (Fer), déclarait, il y a trois semaines sur TéléAfrica, qu’Ali Bongo était «très mal entouré». Dans la même veine, Guy-Christian Mavioga, secrétaire exécutif du Bloc démocratique chrétien (BDC), a affirmé, selon l’hebdomadaire La Griffe du 18 août dernier, qu’Ali Bongo «devrait faire attention à son entourage». Et le tonitruant porte-parole de la majorité d’ajouter que «plus que par le passé, le président de la République a besoin d’être entouré de collaborateurs loyaux et fidèles qui s’approprient ses idéaux, plutôt que ceux qui font tout pour l’induire en erreur en sabotant son action». Ludovic Ognagna, ancien directeur général des Douanes, ancien directeur général de l’APIP, notable d’Omoï dans le haut-Ogooué et membre de la Coalition pour la nouvelle République, donc un proche de Jean Ping, partage cet avis. «J’ai comme le sentiment, a-t-il souligné dans une interview à l’hebdomadaire La Loupe, qu’il y a autour d’Ali Bongo des forces obscures qui l’empêchent franchement d’analyser la situation actuelle de manière sereine».

Pourtant, Maixent Accrombessi qui dirigeait le cabinet présidentiel depuis janvier 2011 en est parti. Et bien qu’il ait été désigné au poste de Haut Représentant personnel du président de la République, sa perte d’influence dans le giron présidentiel est manifeste. Egalement accusé de tous les péchés d’Israël, Liban Soleman n’est pourtant plus là. Nommé à la Coordination du Bureau de suivi du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), l’ancien chef de cabinet du chef de l’État se fait discret. Il se serait même quelque peu éloigné du premier cercle autour d’Ali Bongo. Même le Général Alioune Ibaba s’en est allé. L’ancien Conseiller spécial chargé de la Défense et de la Sécurité et Directeur Général du Protocole d’État a passé le flambeau…

De quel entourage parle-t-on donc ? Qui est cet entourage accusé par tous et que l’on accuse de tout ? Selon un observateur avisé de la classe politique gabonaise, «après le départ de Maixent Accrombessi et l’élégante mise à la périphérie de Liban Soleman, ce que l’on désigne aujourd’hui par entourage du président, ce sont les membres du Mogabo, notamment ces visages qui suscitent le rejet d’Ali Bongo par une frange importante de la population». Pour sa part, un proche de Faustin Boukoubi, le secrétaire général démissionnaire du Parti démocratique gabonais (PDG), affirme que, «à l’heure actuelle, ceux qui font le plus de tort à Ali Bongo, ce sont ceux qui se font appeler “Les Amis du Président”». «Méprisants à l’égard de leurs aînés, se croyant au-dessus des règles du parti, ils provoquent, sans s’en rendre compte peut-être, le désamour entre le chef de l’État et le peuple».   

Dans l’entendement populaire donc, «l’entourage du président de la République est responsable de tous les échecs sur le plan politique, économique et social». Il s’agit en réalité «d’un avis un peu réducteur», estime un enseignant de philosophie politique,  «quand on sait qu’en avril 2010, Ali Bongo avait lui-même reconnu qu’il avait fait des erreurs de casting dans la désignation de certaines personnalités à des postes de responsabilité ; de même, dans son discours de la fin d’année 2015, il avait reconnu quelques erreurs dans les choix économiques». Reste à savoir si Bonaventure Nzigou Manfoumbi, Guy-Christian Mavioga et bien d’autres l’avaient entendu… à moins que, pour eux, il est plus facile d’accuser «l’entourage» pour ne pas citer le chef de l’État lui-même.