Les élections législatives et la «réconciliation nationale» préconisée par certains leaders politiques étaient au menu de la rentrée politique de la Convention de la Diaspora Gabonaise (CDG), le week-end dernier à Paris.

Des cadres de la CDG. © D.R.

 

Participer ou ne pas y participer ? Telle est la question à laquelle devaient répondre les participants à cette rencontre politique. Mais avant, il fallait édifier l’auditoire sur les raisons ou les arguments devant fonder une position commune.

C’est le Coordinateur Général de la CDG, Paul Eric Ikouanga, qui a été invité à «faire un état de la situation actuelle» de ce mouvement politique. Ce dernier a tenu dans un premier temps à rappeler aux uns et aux autres ce à quoi renvoie la notion de «résistance» dans le contexte actuel du Gabon.

«Résister c’est refuser l’incohérence et les incohérences. Nous sommes dans une résistance non seulement politique, mais également patriotique et citoyenne. (…) Il faut de ce fait demeurer dans la cohérence de nos idées, de ce que nous voulons construire».

Craignant a priori un essoufflement, voire un échec de la «résistance», il a rappelé à chaque membre et sympathisant la nécessité, pour chacun, à son niveau, de «faire sa part, de faire des constats afin de réorganiser la lutte, la restructurer. Et, surtout, ne pas perdre de vue les objectifs. L’espérance doit demeurer».

Cette crainte de l’échec est également perceptible dans la comparaison faite avec les expériences du passé de l’opposition gabonaise dans son ensemble. «Le mot (résistance, ndlr) n’est pas nouveau, vu qu’il y a eu un Haut Conseil de la résistance». «La Coalition aussi a existé». Seulement, les idées et les personnalités ont souvent emprunté des chemins tortueux. Il y a donc nécessité de redéfinir et maintenir des formes nouvelles et pérennes de résistance.

«Il faut tracer des lignes claires car ce qui se passe depuis près de 30 ans a toujours contribué à légitimer les manœuvres du régime. Il faut examiner les incohérences de l’opposition et mettre un terme à celles-ci. Nous avons là un cercle à briser ! », a-t-il lancé.

Evoquant enfin la question des élections devant aboutir au renouvellement de la première chambre du parlement, Paul Eric Ikouanga a purement et simplement appelé au boycott, quitte à «empêcher» l’organisation de celles-ci. «On n’a pas à appeler au report des législatives, car cela participe à la légitimation du pouvoir et à répéter les incohérences. Il faut plutôt empêcher ces élections législatives. On ne peut évoquer ou débattre des autres élections sans solder le litige né de “l’élection mère”». Contrairement à ce que répètent les tenants du pouvoir à Libreville, pour la CDG, «l’élection présidentielle n’est pas encore derrière nous».

Le discours d’Alfred Nguia Banda, ancien baron du régime passé dans l’opposition, aujourd’hui «exilé» en France et celui de Bruno Ella Nguéma, président de la CDG vont s’inscrire dans la même logique.

Pour Alfred Nguia Banda, les 18 élections organisées depuis 1990 ont toujours obéi au même schéma dans lequel l’opposition n’a jamais gagné. Le principe démocratique qui consacre une séparation des pouvoirs étant difficilement perceptible, encore moins opératoire au Gabon, surtout avec la dernière révision constitutionnelle, notamment en son article 8 qui renforce davantage la «présidentialisation» du régime. Participer aux élections législatives est «inutile» car, même en cas de cohabitation, le premier ministre comme le parlement n’auront comme seul choix que d’obéir à la lettre aux ordres et directives du président de la République.

Autre motif pour ne pas aller aux législatives d’après l’ancien directeur général du Conseil gabonais des chargeurs : « les instances qui organisent des élections contestées sont les mêmes en dépit de quelques changements cosmétiques, notamment de dénomination. Autre problème : la composition du CGE. Ndaot, Ndemezo’o et Maganga Moussavou se disent de l’opposition alors qu’ils siègent dans les instances du pouvoir. Ils vont réclamer des représentants dans le CGE et ainsi mettre la véritable opposition en minorité. Vous voyez l’astuce !».

A propos de la réconciliation nationale, il estime «que la démocratie ce n’est pas un jeu de qui perd gagne. C’est une concession réciproque des opportunités et non une compromission. Le pouvoir ne fait aucune amende honorable (…). En conséquence, pas de législatives sans investiture de Jean Ping».

Dans son discours de clôture, Bruno Ella Nguéma, ne s’est pas éloigné de cette posture. «La CDG dit d’emblée non aux législatives car, déjà, le PDG est né d’un pacte cynique et anti-républicain». Il a renouvelé en son nom propre et à celui de la structure dont il a la charge, son soutien à Jean Ping «tant que ses convictions et idées sont toujours conformes aux attentes du peuple».

Toutefois, au-delà de cette position radicale, semble-t-il légitime, les voies et moyens démocratiques pouvant conduire à cette alternance pacifique tant souhaitée ne sont pas clairement exposés.