S’il est acquis, du moins officieusement, que les élections législatives seront de nouveau reportées, il n’en demeure pas moins que les principales formations politiques ayant pignon sur rue à Ndendé et dans toute la Dola s’y préparent activement.

Le législatives dans La Dola promettent d’être un combat de gladiateurs. © pinterest

 

Jean de Dieu Moukagni Iwangou est de ceux qui poussent à une participation des Forces du changement rassemblées au sein de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) aux prochaines élections législatives. Pour le président de l’Union et Solidarité (US), «la politique de la chaise vide déjà expérimentée lors du scrutin législatif de décembre 2011 n’a pas donné (tous) les résultats escomptés, même si la communauté nationale avait gagné le pari de rendre ce scrutin non crédible». L’US sera donc présente aux prochaines législatives, et notamment à Ndendé. Elle y sera représentée par Elsa Ritchuelle Boukandou, jeune juriste de 31 ans, entrée en politique il y a quelques années seulement, mais son engagement politique très fort a permis à cette proche de Moukagni Iwangou de remporter l’élection au poste de président du Mouvement des Jeunes Upégistes (MJU), avant la transformation de cette branche de l’UPG en US.

Une autre ancienne tendance de l’Union du peuple gabonais, à savoir l’Alliance pour le changement et le renouveau (ACR), sera également présente à ces «législatives de Ndendé». Ce parti de Bruno Ben Moubamba aura pour candidat Roger Mouloungui, 51 ans, ancien directeur de cabinet de l’ancien ministre d’Etat, ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat social et de la Ville. Homme de l’ombre, ancien collaborateur de Pierre Mamboundou pendant plus de dix ans, Roger Mouloungui a été présenté, il y a trois semaines aux populations de La Dola par le leader de son (nouveau) parti. Il part pour la première fois à la conquête d’un siège de député.

UPG à Ndendé : une reconquête difficile, voire impossible

L’UPG  – ou ce qui en reste –  présentera pour sa part son président, Matthieu Mboumba Nziengui, 63 ans. Cet enseignant à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UOB avait annoncé sa participation à ce scrutin avant même le report du scrutin de décembre 2016 à juillet 2017 (puis à avril 2018). Mais les rapports de forces sur le terrain ne lui semblent pas très favorables. Car, depuis le décès, en octobre 2011, du leader historique de l’UPG, Pierre Mamboundou, ce parti est en perte de vitesse à Ndendé et dans La Dola. Ndendé n’est plus la place forte de l’UPG d’autrefois. La commune est dorénavant dans l’escarcelle du parti de Louis. Tout comme le siège de député et celui de sénateur de la commune et du département. Ce recul se manifeste aussi, pour l’UPG, par la perte du Conseil départemental. Selon Alphonse Nzamba Maganga, un observateur de la vie politique locale, «l’UPG qui a régné en maître absolu ici entre 1996 et 2011 a perdu toutes ses positions depuis lors, la reconquête s’annonce donc difficile, voire impossible ; il y a trop de divisions et trop d’inimitiés parmi ses hiérarques, dont certains n’hésiteront pas à battre campagne pour l’adversaire».  

Le Parti démocratique gabonais (PDG) est aujourd’hui le «seul maître» du terrain. Des résultats qu’il doit à la force de persuasion, au dynamisme et à l’efficacité du fondateur de l’association «Renaissance» et de «La Ngounié Forte». La présence quasi-permanente de Yves-Fernand Manfoumbi sur le terrain a en effet incontestablement beaucoup apporté au PDG. Les responsables politiques du parti de Louis savent gré à l’ancien ministre de l’Agriculture d’avoir «labouré» le terrain pour faire remonter leur formation politique dans la région. «Il n’a pas ménagé son temps, et il venait toujours arpenter cantons, regroupements de villages et même les hameaux les plus reculés pour porter le message d’unité, de rassemblement et de cohésion qui a permis au PDG de prendre ces circonscriptions à l’UPG», entend-on dans la localité. Dans cette foulée, l’ancien membre du Comité permanent du Bureau politique du PDG avait poursuivi un travail de proximité qui lui a permis d’obtenir l’adhésion de nombreux militants et sympathisants de l’UPG venus rejoindre les rangs du PDG. «Avec le soutien des instances dirigeantes de son parti et de l’Etat, Yves Fernand Manfoumbi a su apporter du «réconfort» à ses parents et à ses frères et sœurs du cru par ses nombreuses actions et sa présence quasi-permanente ici», souligne la personnalité citée plus haut. Et d’ajouter : «Ce qui est bien avec Manfoumbi, c’est qu’il aime les gens, et quand on fait de la politique, c’est un grand avantage». 

 «Manfoumbi aime les gens»

Résultat des courses : les populations de Ndendé et des alentours estiment que Yves Fernand Manfoumbi devrait être le candidat du PDG. Elles pensent qu’il est «l’homme de la situation». En octobre 2017, lors d’un séjour dans la localité, il leur avait fait part de son intention de solliciter l’investiture du parti auquel il appartient pour les prochaines élections législatives. En réalité, si l’UPG a perdu toutes ses positions dans La Dola, ce parti a aussi été marqué par de nombreuses dissidences et scissions qui ont fait éclater la formation politique de Pierre Mamboundou. A la différence des années antérieures, l’UPG revient cette année, sur le devant de la scène politique, avec des candidats issus de ses chapelles différentes ! Elsa Boukandou, Matthieu Mboumba Nziengui et Roger Mouloungui pourront-ils résister face à Yves Fernand Manfoumbi ? En plus des chapelles UPG, d’autres formations politiques seront présentes sur la scène de Ndendé. Le Parti social-démocrate (PSD), dont le leader a toujours refusé le leadership de Yves Fernand Manfoumbi dans la localité de Ndendé, aura sans aucun doute son candidat.

L’élection législative à Ndendé sera, à n’en point douter, l’une des plus suivies à l’échelle nationale, à l’instar de celle de Mounana (département de la Lébombi-Léyou) où le leader de l’Union pour la démocratie et l’Intégration sociale (Udis), Hervé Patrick Opiangha, a décidé d’aller en découdre avec celui qui sera vraisemblablement encore le candidat du PDG, Christian Magnagna, et de celle de Fougamou où, après le retrait de Marcel Doupamby Matoka de la vie politique, Guy Bertrand Mapangou (PDG) devrait affronter l’indépendant Paul Mounanga, fils de l’une des icônes de la localité Vincent de Paul Nyonda, qui s’organise à cet effet depuis plusieurs mois, et est soutenu par des cadres et des notables. Le propriétaire des écoles EPI et du Lycée privé Vincent de Paul Nyonda vient en effet d’annoncer qu’il entend briguer le siège de député laissé «vacant» par l’ancien ministre des Finances d’Omar Bongo. Qui sera le nouvel homme fort de Tsamba Magotsi aux côtés de Lucie Milébou Aubusson ? Chaud devant…