Porté disparu depuis le 21 septembre, Yves Bouangas Issani est réapparu quatre jours plus tard laissant entendre qu’il avait été enlevé. Mais, quelques heures ont suffi aux enquêteurs pour mettre à nu une grotesque mise en scène, visant à justifier la subtilisation du budget de la cérémonie de présentation des candidats par Barro Chambrier et Zacharie Myboto.

Yves Bouangas Issani (détail de l’affiche de campagne électorale du RHM pour les locales à Port-Gentil). © D.R.

 

C’est une affaire rocambolesque qui risque bien d’éclabousser le parti de Barro Chambrier et de donner du grain à moudre à ses adversaires politiques. Le 21 septembre dernier, il est 21 heures lorsque Bouangas Issani sort d’une réunion au QG provincial du Rassemblement héritage et Modernité dans le 4e arrondissement de Port-Gentil. «Nous avons insisté pour l’accompagner chez lui en voiture mais il a refusé. Cela nous a paru bien étrange», raconte un membre de la coordination du 4e. Bouangas Issani ne rentre pas chez lui ce soir-là. Et sa famille qui n’ayant aucune nouvelle de lui tente en vain de le joindre sur tous ses numéros de téléphone.

Flash-back sur les faits

Graffiti de menace de mort, supposé aujourd’hui être l’œuvre d’Yves Bouangas Issani lui-même. © D.R.

Le lendemain, toujours aucune nouvelle. L’alerte est lancée par les familles biologique et politique qui n’hésitent pas à parler d’un enlèvement. Une plainte est déposée au commissariat central de Port-Gentil par le responsable communal du RHM qui demande que toute la lumière soit faite autour de la disparition de Bouangas Issani. Le choc est d’autant plus grand que la disparition du coordonnateur provincial, tête de liste du parti dans le 2ème arrondissement aux élections locales, intervient la veille de l’arrivée des présidents Barro Chambrier et Zacharie Myboto dans la capitale économique pour présenter les candidats aux prochaines élections. Lors de la cérémonie qui se déroule le 22 septembre à Accropolis, la ferveur n’est vraiment pas au rendez-vous car tout le monde est préoccupé par le sort du coordonnateur provincial. Barro Chambrier ne manque pas de saisir la police pour demander également que lumière soit faîte sur la mystérieuse disparition de son militant. La toile s’affole et les activistes de l’opposition ne ratent pas l’occasion pour tirer à boulets rouges sur le pouvoir et l’accuser d’avoir organisé l’enlèvement de Bouangas Issani.

Enlevé par des inconnus

Le 25 avril en début de soirée, c’est le soulagement lorsqu’on apprend que Bouangas Issani est relâché par ses ravisseurs. Un soulagement qui va rapidement laisser place aux interrogations. Le kidnappé passe lui-même un coup de fil à sa femme lui disant qu’il se trouve au quartier PG2 non loin de la «torchère». Son épouse alerte la police qui se rend tout de suite sur les lieux. «Nous l’avons trouvé debout en train de fumer. Il n’était pas fatigué et ne présentait pas l’aspect d’une personne ayant subi des sévices», rapporte un agent. Les proches de Bouangas Issani, notamment ceux de sa famille politique, qui le voient, commencent eux également à avoir de sérieux doutes quant à la version qui leur est servi par celui-ci.

Le coordonnateur provincial du RHM pour l’Ogooué-Maritime prétend avoir été enlevé par des inconnus à bord du taxi qui le conduisait chez lui après sa réunion dans la nuit du 21 septembre. «Ils m’ont mis un chiffon imbibé d’un liquide au visage puis j’ai perdu connaissance» explique-t-il. Il dit s’être réveillé dans une maison avec ses ravisseurs encagoulés. Et c’est au bout de cinq jours que ces derniers décident de le relâcher. Une histoire cousue de fil blanc qui n’endort nullement le patron du service des enquêtes du commissariat central.

Incohérences dans le récit

Sur Facebook, un appel à la libération du présumé kidnappé. © D.R.

Ce dernier qui soumet Bouangas Issani à un interrogatoire, le 26 septembre, découvre plusieurs incohérences dans son récit. Plus troublant, il découvre dans son téléphone une transaction Airtel money, réalisée le 23 septembre par l’intéressé. Comment justifier cet envoi d’argent alors qu’il était censé être sous le contrôle de ses ravisseurs. «Je leur ai demandé de me rendre ce service», explique-t-il. Mais le perspicace capitaine de la police qui conduit l’enquête fait interpeller le destinataire de l’envoi d’argent par Airtel money et là, il découvre le pot aux roses : le bénéficiaire du transfert d’agent est un jeune homme qui n’est autre que le fils de celui qui a hébergé Bouangas Issani cinq jours durant.

Jean Robert Ibinga Moussavou qui a offert l’hospitalité à Bouangas Issani ne s’est pas fait prier pour tout déballer. L’argent transféré a permis de faire des courses pour permettre à Bouangas Issani de passer un séjour agréable dans la chambre que lui a cédé son hôte. «C’est Pascal Iwangou Iwangou, un autre militant de notre parti le RHM qui l’a amené chez moi à PG2. Il était question que je l’héberge pendant un moment. Mais quand j’ai vu qu’on parlait maintenant d’enlèvement je lui ai demandé de partir de chez moi», confie-t-il aux enquêteurs.

Le budget de la cérémonie de présentation des candidats

Qu’est-ce qui a donc amené Bouangas Issani à simuler son enlèvement ? «J’avais reçu des menaces de morts et comme j’ai vu que la police ne faisait rien, j’ai pensé à simuler mon enlèvement pour l’amener à assurer ma protection», aurait-il expliqué aux enquêteurs. Une élucubration de trop qui amène les proches de Bouangas Issani à émettre des doutes sur l’authenticité des menaces de mort découvertes sur les murs du siège du parti la semaine-même du vrai-faux kidnapping de ce dernier. «C’est lui qui a découvert que le siège avait été vandalisé et trouvé ces menaces de mort contre sa personne sur les murs. C’était un peu étrange car il n’y avait aucune effraction», explique une source au sein du RHM. Des propos confirmés par les enquêteurs du commissariat central de police.

Le mobile du comportement de Bouangas Issani serait plutôt à rechercher dans la gestion de l’argent devant servir à l’organisation de la cérémonie de présentation des candidats de son parti, le 22 septembre dernier. Une source digne de foi au sein du RHM révèle que le coordonnateur provincial avait reçu de l’argent du président du parti afin d’organiser cette cérémonie. «C’est en discutant avec le président que nous avons su qu’il avait un budget pour la cérémonie. Nous sommes convaincu qu’il a dilapidé cet argent, ne sachant plus quoi faire il a dû simuler un enlèvement la veille de l’arrivée du président», confie la même source, non sans relever le comportement étrange du coordonnateur la veille de la cérémonie de présentation des candidats. «Il était bien calme et avait l’air triste», se souvient-elle. «Il m’a dit qu’il n’était pas sûr qu’il assiste à la cérémonie», a confié la déléguée des femmes aux enquêteurs.

Apres les aveux de Bouangas Issani, la police poursuit l’enquête et il n’est pas exclu que ce dernier soit présenté devant le procureur dans les tout prochains jours. «Il a mis en danger toute une ville. Des marches devraient être organisées pour dénoncer son enlèvement et exiger sa libération et la police anti-émeute était sur les dents. C’est de l’irresponsabilité. Et il doit en répondre devant la justice», lance un militant du RHM  en colère. Pour sûr, les adversaires du RHM à Port-Gentil n’hésiteront pas d’utiliser les errements de Bouangas pour enfoncer le parti de Barro Chambrier au cours de cette campagne électorale.