Profitant de la fin des élections législatives et locales, Alexandre Ngoua, un homme d’église, a appelé, au cours d’une conférence-débat samedi dernier, les gouvernants à sortir de la para-société pour entrer dans la société du concret et matérialiser les projets de développement du Gabon. 500 milliards de francs CFA se seraient perdus dans les maquettes et projets.

Résultats Google Images sur les mots-clés “Maquettes Gabon”. © Capture d’écran Gabonreview

 

Samedi 3 novembre, Centre missionnaire Les Conquérants (CMC) à Mindoubé, 5ème arrondissement de Libreville. Devant une assistance composée d’universitaires, de journalistes et de fidèles d’église, le prophète et sociologue Max Alexandre Ngoua a animé une conférence ayant pour thème : «La prolifération des maquettes ou manifestation de la para-société». Comme il le fait chaque année, l’orateur a voulu, une fois de plus, poser son regard d’homme d’église et de sociologue sur un pan de la société gabonaise. Il s’agissait, cette fois, de la problématique des maquettes ayant fait dire, il y a deux ans, à un magazine panafricain que «le Gabon est la République des maquettes». 

Affiche annonçant la conférence du Révérend Alexandre Ngoua. © D.R.

 «Je ne suis pas contre les maquettes, tout se conçoit par l’élaboration des maquettes, la maquette n’est pas un problème en soi, mais c’est le manque de concrétisation des projets qui m’interpelle», a-t-il lancé en ouverture. Paraphrasant Georges Balandier qui avait présenté la para-société comme le dynamisme du dedans et du dehors, Alexandre Ngoua voit en ce concept une société parallèle à la nôtre, le monde astral et la manifestation d’un monde imaginaire n’existant que dans la tête de certains. Puis, avec gravité, il s’est insurgé contre l’élaboration de ces maquettes et études ayant coûté au contribuable gabonais la bagatelle (somme) de près de 500 milliards CFA, dont précisément 350 milliards de francs pour la réalisation des maquettes et 150 milliards de francs pour les études, selon une affirmation de Magloire Ngambia, alors ministre des Infrastructures, devant les députés en 2014. «500 milliards de francs pour des choses invisibles», a-t-il regretté, alors qu’«une bonne partie de ces ressources aurait pu servir à la construction d’infrastructures porteuses d’avenir» .

La para-société, un monde imaginaire 

L’homme d’église s’est alors appesanti sur une dizaine de maquettes (sur les 47 ayant ont été réalisées dans le pays), notamment l’aéroport d’Andème (près de Kango), la Marina Champ Triomphal-Port môle de Libreville, la Baie des (3) Rois, la basilique de Libreville, les appartements du Komo-Mondah, le projet de métro de Libreville,… Pour étayer un peu plus son propos sur le phénomène des maquettes au Gabon, l’orateur a présenté à l’assistance des documents vidéo sur «La nouvelle ville de Nkoltang» et sur «Les résidences de la Lowé» (dans les environs du pont Nomba à l’entrée de la ville d’Owendo), etc. Une voix off va jusqu’à affirmer dans l’une de ces vidéos : «nous l’avons fait», parlant du projet de des résidences de la Lowé, «alors qu’elles sont toujours invisibles pour le monde des vivants», a ironisé l’orateur. «Cette vidéo sur la Lowé est vraiment la plus saisissante parmi les projets non réalisés à ce jour», n’a pas manqué de souligner un journaliste présent à la conférence.

Au-delà de l’analyse ayant été faite sur la «société parallèle» qu’est la para-société, la conférence du Révérend Alexandre Ngoua est en réalité un appel aux pouvoirs publics «pour la matérialisation des projets conçus, croit-il savoir, pour le développement du Gabon», un appel à sortir de la para-société et à entrer dans la société du concret. Ceux-ci sont donc ici interpellés pour aller vers l’accélération de la transformation du Gabon. A la fin de la conférence, l’assistance a salué la pertinence du propos de l’orateur et son courage, «au moment où d’autres universitaires et hommes d’église choisissent de se taire».

Président-fondateur du Centre missionnaire Les Conquérants (CMC), Max Alexandre Ngoua a une double formation de sociologue et de pasteur qui lui permet d’avoir un regard affiné sur la société gabonaise et de décrire la réalité du vécu social. Il est connu pour ses combats contre la sorcellerie du Kong qui sévit notamment dans le nord du Gabon, contre les crimes rituels et contre la déshumanisation de la société, ainsi que contre toute forme de discrimination sociale. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages, dont «La clé des songes» en trois tomes et «La fourchette à trois dents». Animateur de conférence année après année, il a voulu, cette année, porter son regard sur la prolifération des maquettes si coûteuses pour le contribuable gabonais. Pour lui, l’église est la vigie de la société, et en tant que telle, elle ne peut garder le silence sur ce qui se passe en bien ou en mal. Et en tant que sociologue, il se doit d’être capable d’analyser et d’interpréter tout phénomène de société et le porter à la connaissance de l’opinion.