Le Centre gabonais des élections (CGE) doit relever le défi induit par le couplage des législatives et locales. Il doit surtout aider à tourner la page des contestations post-électorales. Pour ce faire, des tâches prioritaires doivent être accomplies dans les meilleurs délais.

Au-delà de la dénomination, le passage de la Cenap au CGE doit induire des changements dans l’administration et la gestion des élections. Autrement dit, il doit permettre de remédier au «manque de transparence» traditionnellement dénoncé. © Gabonreview/Shutterstock

 

«Assurer des lendemains d’élections politiques apaisés». Ainsi pourrait-on résumer l’objectif des réformes institutionnelles intervenues après la présidentielle d’août 2016. À la veille des législatives d’octobre prochain, il convient de le rappeler. Surtout au regard de leur couplage avec les élections locales («Les scrutins fixés aux 6 et 27 octobre»). Ayant pris cette inédite décision, le Centre gabonais des élections (CGE) doit maintenant relever les défis induits. Ayant remplacé la Commission électorale autonome et permanente (Cenap), il doit aider à tourner la page des élections truquées. À l’épreuve des faits, il doit éviter de reproduire les schémas du passé.

Progrès à accomplir

Comme l’avait si judicieusement rappelé le Comité ad hoc chargé de préparer le Dialogue politique d’Angondjè, «toutes les proclamations des élections politiques organisées entre 1990 et 1993 se sont soldées par de violents mouvements de contestations, crispant le climat social et obérant les capacités de développement économique du pays». Malgré les différentes réformes, «lors de l’élection présidentielle anticipée de 2009, des violences post-électorales avec pertes en vies humaines et des dégâts matériels ont resurgi, entraînant le pays dans une crise politique grave». Pis, «l’élection du Président de la République du 27 août 2016 a connu le même sort : la contestation des résultats ayant donné lieu à des pertes en vies humaines, à la destruction des biens publics et privés». Peut-on faire fi de ces sentences ? Doit-on continuer sur cette voie ? Sauf à tourner le dos aux principes de souveraineté nationale et de démocratie pluraliste, on ne saurait le soutenir.

En effet, les réformes institutionnelles ne sauraient être cosmétiques. Elles ne peuvent être réservées à l’affichage. Au-delà de la dénomination, le passage de la Cenap au CGE doit induire des changements dans l’administration et la gestion des élections. Autrement dit, il doit permettre de remédier à ce «manque de transparence» dénoncé en son temps par la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE) (lire «L’UE émet des réserves»).  Sur le suivi du processus électoral, l’identification des bureaux de vote, le déploiement des scrutateurs, la sécurisation des opérations de vote ou la publicité des procès-verbaux, tant de progrès restent à accomplir. Soupçonné d’inféodation au Parti démocratique gabonais (PDG), le CGE a fort à faire pour répondre aux attentes de l’opinion. S’il veut tordre le coup aux préjugés, il doit se montrer exigent. D’abord avec lui-même. En a-t-il l’intention ? Y parviendra-t-il ?

Quête de transparence

À la différence de la Cenap, le CGE dispose d’une des prérogatives essentielles jadis dévolues au ministère de l’Intérieur : l’annonce des résultats. Seulement, en absence de règlement intérieur, ses modalités de prise de décision demeurent inconnues. Faute d’y remédier dans les meilleurs délais, des polémiques pourraient très vite apparaître. Déjà, l’on s’interroge sur la procédure d’examen et de validation des candidatures. Certes, des fuites laissent croire à l’existence d’un avant-projet de règlement intérieur, en phase de finalisation. Certes, des confidences attestent d’une détermination des commissaires à ne pas s’en laisser conter. Mais, la vigilance demeure une exigence. Après tout, Moïse Bibalou Koumba est un vieux baroudeur de l’administration des élections. Ses états de service ne laissent nullement croire en son appétence pour la transparence et l’intégrité électorale (lire «Profils succincts des candidats» et «Un passé rédhibitoire»).

Pour autant, on ne saurait laisser libre cours aux procès d’intention. Conscients de la nécessité de justifier leurs positions, les commissaires du CGE doivent normalement inscrire leur action dans la quête de transparence. Pourront-ils éviter les immixtions intempestives du ministère de l’Intérieur et de la Cour constitutionnelle ? Envisagent-ils de concevoir des procès-verbaux mieux renseignés ? Peuvent-ils consentir à en assurer une divulgation maximale ? Songent-ils à acquérir une encre pouvant résister à l’usage des dissolvants divers et variés ? Réfléchissent-ils à la sécurisation du convoyage des urnes ? Censé garantir le fonctionnement optimal du CGE et de ses démembrements, le règlement intérieur doit être pris en urgence. Dans la foulée, le format des procès-verbaux doit être revu. Il en va de même pour les conditions d’affichage des procès-verbaux, la qualité de l’encre, la numérotation des scellés apposés sur les urnes ou le mécanisme de suivi de la traçabilité des cartes d’électeur. Même si  le temps est désormais compté, on est loin des 12 travaux d’Hercule. Un peu plus de deux  ans après une élection extrêmement meurtrière, il n’est pas trop tôt pour songer à expier les fautes des précédentes instances électorales.