Structure politique créée à la veille de la dernière élection présidentielle, l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev) pistonne ses principaux membres, les faisant nommer partout dans l’administration publique et à la tête des entreprises publiques, quand certains d’entre eux sont tout simplement confirmés à leurs postes malgré leurs frasques notoires. C’est résolument un don de Dieu que d’être membre de l’AJEV aujourd’hui…

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Serait-ce le nouveau «parti politique» auquel il faut absolument adhérer pour se voir catapulté au sommet d’une entreprise publique ou d’une administration publique ? Faudrait-il donc y «faire ses gammes» pour obtenir une promotion sociale ? En tout cas, depuis quelque temps, il ne suffit vraisemblablement plus de détenir la carte de membre du Parti démocratique gabonais (PDG) pour espérer, comme de tradition, diriger une administration publique ou une société d’Etat… De nombreux «quadras» semblent l’avoir compris qui ont rejoint l’Ajev, le «mouvement qui fabrique des fortunes et des destins».

AJEV Armada

Hermann Kamonomono à la Société nationale immobilière (SNI), Justin Ndoundangoye à l’Autorité de régulation des Transports ferroviaires (ARTF), Yves Delaunay à l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), Renaud Allogho Akoué à la CNAMGS, Tony Ondo Mba à l’un des postes de DGA de la SEEG, Noël Mboumba (passé de Renaissance à l’Ajev) à Sogara, Ismaël Ondias Souna, pratiquement confirmé à la tête de la Caisse de stabilisation et de péréquation (Caistab)… Autant de noms d’amis et proches du président de l’AJEV qui, aujourd’hui, ont pris la tête ou figurent dans le top 5 de ces entreprises publiques. On devrait y ajouter d’anciens responsables ou agents de BGFIBank, à l’instar de Roger Owono Mba, promu au poste de Conseiller spécial du président de la République et chef de Pôle Commerce, Économie et Finances, et de Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, nommé Conseiller politique, Porte-parole de la présidence de la République.

Cette belle «galerie» serait incomplète si l’on omettait l’un des membres d’honneur de cette association : le député de Bongoville et de la Djouori-Agnili, Ernest Mpouho Epigat, nommé directeur général de la Société de patrimoine du service public, de l’eau potable, de l’énergie électrique et de l’assainissement (SP), il y a quelques mois. Comme un retour d’ascenseur ! Alors qu’il était ministre de la Défense nationale, Ernest Mpouho Epigat avait fait nommer, au poste de Conseiller financier à son cabinet, celui qui n’avait alors pas encore créé l’Ajev. Celui-ci venait de quitter la Banque gabonaise de développement (BGD) où il n’avait passé que quelques mois, après quelques soucis judiciaires inutiles à rappeler ici…

L’impunité des sybarites

L’Ajev, clivant, déploie donc tout l’arsenal classique des choix préférentiels, quitte à opposer une partie des hauts cadres de l’administration à d’autres. Ces nominations en cascade ont le mérite de lever le voile sur les manœuvres du directeur de cabinet du président de la République d’imposer ses amis et alliés partout. L’objectif prioritaire et urgent de cette stratégie étant leur désignation et/ou leur maintien en poste envers et contre tout, et en dépit de toutes les frasques leur étant reprochées. L’Ajev se montre en tout cas aveugle sur les dérives de ses partisans. Bien que certains d’entre eux aient, suite à des scandales, fait face à des tempêtes médiatico-financières, ils ne font l’objet d’aucune sanction, ni d’aucune poursuite. Bien au contraire, ils sont implicitement confirmés à leur poste.

A titre d’exemple : face aux dénonciations dont a été l’objet, ces dernières semaines, Ismaël Ondias Souna, directeur général de la Caistab, le principal responsable de l’Ajev, les mentors et le promoteur de l’Ajev ont utilisé les grands moyens : confirmation implicite du directeur général de cette société d’Etat, limogeage des deux directeurs généraux adjoints sous le sournois prétexte d’un départ à la retraite, mise à l’écart de certains conseillers (Gnambi, Skitt, Obissa)… Une sorte de «guerre civile» où le mieux armé a abattu ceux qu’ils considèrent comme «les forces rebelles» ! Cette guerre civile a également atteint des directeurs, notamment Thérèse Pyssame, directeur administratif et des ressources humaines. Celle-ci a été remplacée par Aurélia Mombey, demi-sœur d’Ismaël Ondias Souna. De même, tous les proches de celui-ci, Jean Engandji entre autres, ont été confirmés à leurs postes. Le directeur de cabinet du chef de l’Etat deviendrait-il une sorte de «parrain» couvrant tous les péchés de ses «filleuls» ? Tout porte à le croire. Mais cela laisse présager de l’agitation à la Caistab où il n’a été réservé au ministre de tutelle qu’un poste de conseiller du directeur général. Et… Régis Immongault a vite fait d’y désigner un proche, Guy-Roger Bingouma.

De manière générale, à l’exception notable de quelques cas, depuis la désignation de ces amis du directeur de cabinet du président de la République à ces fonctions de premier plan, les entreprises qu’ils dirigent ne passent pas pour les mieux gérées du pays. Les motifs d’inquiétude ne manquent donc pas quant à la survie de ces entreprises. La dilapidation des deniers publics, l’étalage des richesses, les frasques et scandales de toutes sortes étant vraisemblablement leur jeu favori, il y a des risques que les entreprises leur ayant été confiées ne résistent à tous ces soubresauts. Appartenir à l’Association des Jeunes émergents volontaires est décidément un don de Dieu. Mais Dieu aime-t-il l’impunité ? Dieu leur a-t-il donné le droit de «faire de ces entreprises ce qu’ils sont en train d’en faire» ?