La 19e édition du classement des 500 premières entreprises africaines, publié en hors-série par Jeune Afrique, mi-2018, devrait pousser le Gabon à un peu de modestie et à une relativisation systématique. Car, rendues à l’échelon continental, les entreprises localement présentées comme des mastodontes ne le sont plus du tout ; le pays ne loge aucune entreprise dans le top 100 et il n’en a que 6 dans le top 500.

Occupant le 157e rang, Total Gabon -première entreprise gabonaise- est exclue duTop 100 continental. © Gabonreview/Shutterstock

 

La presse gabonaise ayant épluché le dernier classement des 500 premières entreprises publié par le journal panafricain Jeune Afrique, s’est réjoui de ce qu’une dizaine d’entreprises exerçant au Gabon figure dans ce top 500, se contentant d’en décliner les chiffres d’affaires.

6 entreprises seulement dans le Top 500 africain

Il est cependant presque inconvenant de ne pas souligner que la plus grande entreprise implantée sur les terres du 4e producteur africain de pétrole arrive à la 4e page du tableau. Total Gabon se classant en effet au 157e rang, derrière la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et la Société nationale de raffinage (Sonara), entreprises du Cameroun -un petit producteur pétrolier- qui occupent respectivement la 114e et la 120e place. Ce qui s’explique bien entendu par l’importance du marché intérieur camerounais. D’ailleurs ce pays représente 33,1% du PIB de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) lorsque cet agrégat n’est que de 15,5% pour le Gabon, pays qui ne loge aucune entreprise dans le top 100 du dernier classement Jeune Afrique. Après Total Gabon viennent, en effet, Comilog (215e), Ceca-Gadis (270e), SEEG (327e), Maurel & Prom (355e), Tullow Gabon (420e) et Gabon Telecom (429e).

Ramenées à l’échelle sous-régionale, Total Gabon peut se consoler d’occuper le 3e rang des 70 premières entreprises d’Afrique centrale. La filiale indirecte de Total S.A est toujours suivie par Comilog (5e), Ceca-Gadis (9e), SEEG (13e), Maurel & Prom (15e), Tullow Gabon (20e) et Gabon Telecom (23e).

Le Gabon, petit pays aux petites entreprises

Ainsi, en Afrique centrale également, le Gabon ne loge que trois entreprises dans le Top 10. La Compagnie du Komo, drivée par Christian -l’homme le plus riche du Gabon- Kérangal, ne se classe qu’à la 26e place sous régionale avec ses 165,5 millions de dollars de chiffre d’affaires.

Il est à faire remarquer qu’en dehors de Ceca-Gadis, le destin et les stratégies des grandes entreprises gabonaises listées se décident dans des métropoles étrangères, l’État gabonais n’y disposant souvent que d’un quart des parts ou ne bénéficiant que d’un contrat de partage de production dans le cas du secteur pétrolier.

Ne figurant pas parmi les 500 premières entreprises africaines, de nombreuses autres grandes structures gabonaises se contentent du classement de la sous-région Cemac : Airtel Gabon (30e entreprise d’Afrique centrale), Petro Gabon (35e entreprise d’Afrique centrale), Ogar Assurances (40e entreprise d’Afrique centrale), Afrijet Business Service -ex-Afrijet- (41e entreprise d’Afrique centrale), Saham Assurance Gabon (42e entreprise d’Afrique centrale), Axa Assurances Gabon (49e entreprise d’Afrique centrale), Office des ports et rades du Gabon (51e entreprise d’Afrique centrale), Nsia Assurances (53e entreprise d’Afrique centrale), Assinco Assurance (54e entreprise d’Afrique centrale) et Société commerciale gabonaise de réassurance (54e entreprise d’Afrique centrale).

Ainsi, les structures qui passent pour des géants à l’intérieur des frontières gabonaises, ne sont que des juniors, sinon des cadets ou des minimes à l’échelle continentale ou sous-régionale. Rendu à l’échelle de la Cemac, les résultats engrangés dans ce classement peuvent paraître réconfortants, mais à l’heure de la mondialisation ou du village planétaire, ils sont bien modestes ; tout comme pour le Cameroun, locomotive économique de la sous-région si l’on s’en tient à ce classement. Si l’ouverture des frontières douanières sous-régionale tarde à donner les fruits attendus, un nouveau code des investissements s’impose pour le Gabon qui ne sera vraiment attractif que s’il ouvre sur le marché sous-régional.