Si depuis quelques temps les associations des consommateurs et les syndicats crient «halte à la hausse vertigineuse des prix des denrées» perçue dans la capitale gabonaise, force est désormais de constater que l’inflation décriée gagne l’intérieur du pays où le gros des vacanciers s’est déporté.

Un marché à Oyem - © Arias Danger Aimée/Gabonreview.com

Un détour dans le nord du Gabon, particulièrement dans le chef-lieu de la province du Woleu-Ntem, laisse découvrir qu’il n’y a pas de différence entre les prix pratiqués à Libreville et ceux affichés à Oyem. Les habitants de cette ville se plaignent également, en effet, de ce que «tout est devenu cher sur le marché, alors que les salaires sont restés les mêmes depuis des années».

En cette période de vacances, propices aux cérémonies de retraits de deuil, de mariages et autres cérémonies traditionnelles ou familiales, la demande est en effet très forte pour tous les produits importés ou locaux. Du tubercule de manioc en passant par le taro, la patate, la banane et les légumes, il faut dépenser pas moins de 500 francs CFA pour obtenir le plus petit tas. Soit quelques quatre à cinq petits tubercules qui ne peuvent satisfaire les besoins d’une famille. Il faut donc disposer de bien plus d’argent pour prétendre accompagner son repas de viande, de volaille ou poisson.

A Oyem, le kilogramme de viande fraîche se négocie à 3 000 francs CFA, tandis que la viande surgelée en provenance de l’Europe et autres continents, via Libreville ou les pays limitrophes du Gabon, se facture au moins à 2 000 francs CFA le kg.

«Regardez-vous-même le marché d’Oyem, il n’y a presque pas d’engouement. Les choses coûtent chères et cela fait que les gens ne se bousculent pas pour demander même les prix», a expliqué une vendeuse de produits vivriers avant d’ajouter, «comme ce sont les vacances, beaucoup de personnes sont remontées sur Oyem. Comme ils font croire qu’ils ont de l’argent, les prix augmentent encore plus et pénalisent ceux qui vivent sur place. Imaginez- vous qu’un paquet de manioc coûte 2 500 francs ici !».

Récemment, une délégation de la Confédération patronal gabonais (CPG) a échangé avec le Premier ministre, Raymond Ndong Sima, sur cette question de la cherté de la vie au Gabon qui accable la population et alourdit la machine économique en réduisant la consommation. L’objectif était de rechercher des solutions pour éviter une nouvelle crise alimentaire comme en 2008.

Dans le même ordre d’idée, le samedi 4 août dernier à Libreville, plus d’une dizaine d’organisations et structures syndicales, regroupées au sein de l’Alliance pour le renouveau syndical au Gabon (Aresga), a proposé, lors d’un point de presse, «la tenue d’une large concertation entre le gouvernement et les partenaires sociaux». Il s’agit pour elles de «parvenir à l’autopsie des maux qui menacent quotidiennement notre mieux vivre, et y apporter des solutions idoines et pérennes».

En guise de première mesure à l’issue de cette rencontre, le Premier ministre a annoncé la suspension des contrôles auprès des commerces. Une donne qui, selon certains, devrait permette de lutter contre la parafiscalité qui alourdit l’économie et entraînerait indubitablement cette hausse  des prix décriée.

Quoi qu’il en soit, ce ne sont là que des prémices de réponses à cette inflation qui devient le cauchemar des ménages gabonais qui ont 80 000 francs CFA de Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). L’État devrait faire mieux que d’annoncer des baisses du prix de tel ou tel produit de première nécessité en prenant des décisions fortes et fermes s’appliquant directement à la fiscalité, à la douane et autres taxes. Des éléments qui, mis ensemble, permettront de ramener les prix des denrées à des niveaux raisonnables et accessibles à tous les citoyens.