Reçu par le ministre d’Etat en charge de la Communication, de l’Economie numérique et de la Poste ce mardi 15 mai, le Syndicat national des agents de la Poste (Synaposte) a appelé le sociétaire du gouvernement à lancer un audit technique et financier de leur employeur avec lequel ils sont aux prises depuis de longs mois.

Sollicité le 15 mai 2018 par le Synaposte, Guy-Bertrand Mapangou (au centre) va-t-il lancer un audit à la Poste SA ? © Gabonreview

 

Le bras-de-fer opposant la direction générale de la Poste SA et le Synaposte se poursuit. Si l’on avait cru leur querelle enterrée depuis le 6 février dernier à la suite de la signature d’un certain nombre d’accords, la résurgence des tensions ces derniers jours révèle le contraire. Les deux parties s’accusent mutuellement d’entretenir la crise qui dure depuis l’arrivée de Michaël Adandé à la tête de la structure. Reçus par Guy-Bertrand Mapangou ce mardi 15 mai, les syndicalistes se sont plaints de ce que le président-directeur général n’a jamais réussi à accomplir la mission pour laquelle il avait été nommé en octobre 2015 : le redressement de la Poste SA.

Et si le P-DG a assuré, il y a quelques mois, au gouvernement qu’il a réussi à redresser la Poste SA, en surfant sur la dissolution de PosteBank et les «petits problèmes qui restent à régler», le Synaposte a rétorqué face au ministre que «tout est faux. C’est un mensonge». Les partenaires sociaux n’en ont voulu pour preuve que, par exemple, le déficit financier enregistré par la structure et le coût du plan de financement mis en place pour sortir la Poste SA de sa crise : 141,9 milliards de francs CFA. Michaël Adandé évoque les mêmes 141,9 milliards de francs CFA, équilibrant miraculeusement le montant du déficit et celui des moyens pour y remédier. «Lui-même n’en sait rien», s’est moqué le conseiller stratégique du Synaposte, avant de demander à Guy-Bertrand Mapangou d’initier «un audit technique et financier».

 «Ce sont des énormités que nous vivons à la Poste SA. Et si vous lancez cet audit technique et financier depuis 2015 jusqu’à 2018, vous verrez que nous avons eu raison», a déclaré le porte-parole de circonstance du Synaposte. Les syndicalistes ont notamment informé la tutelle de ce que depuis deux ans, la clôture des comptes financiers ne s’est pas faite. Mieux, ils ont affirmé que l’acquisition du logiciel Carthago par la direction générale actuelle «s’est faite sans appels d’offre». Le Synaposte ne manque d’ailleurs pas d’y voir un conflit d’intérêt : «M. Adandé était le représentant commercial de BFI, le groupe tunisien propriétaire du logiciel bancaire Carthago dont la Poste SA a fait l’acquisition en juin 2017. Ce qui est plus dangereux, c’est qu’une bonne partie de l’administration et de la télé-compensation sont assurées en Tunisie et non sur place à l’agence du centre-ville.»

Comme pour ternir davantage l’image de leur patron aux yeux du ministre, les syndicalistes l’ont présenté comme «un homme qui ne tient pas parole». Michael Adande est notamment accusé de violer les Accords du 6 février ayant permis une suspension de courte durée de la grève. «Monsieur Adandé prétend les avoir signés sous la pression. Celle de qui ? On aimerait bien le savoir», s’est interrogé le porte-parole du Synaposte, qui n’a pas manqué d’attribuer une part de responsabilité au gouvernement dans la crise sociale qui perdure à la Poste SA.

Disant les avoir conviés à cette première rencontre «simplement pour (les) écouter sans prétendre trouver des solutions dans l’immédiat», Guy-Bertrand Mapangou a promis de se pencher rapidement sur leur situation, sans leur promettre de mettre en pratique leur proposition d’audit. Il les a par ailleurs conseillé de «ne pas faire de fixation sur le P-DG mais sur (leurs) problèmes».