Sans que les autorités ne s’en émeuvent, des produits pharmaceutiques, tels que le Tramadol, sont en passe de déclasser les drogues classiques consommées au Gabon. Leurs ravages commencent à se faire sentir au sein de la population jeune des quartiers sous intégrés de Libreville.

Le “Kobolo”, le nouvel opium des jeunes Gabonais. © filsantejeunes.com

 

Le Tramadol W 225, un des plus consommés par les jeunes Gabonais. © cairoscene.com

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il inquiète par la notoriété de ces nouvelles drogues et surtout leur emprise sur les jeunes. Si, il y a quelques années, peu de bruit avait été fait pour alerter sur les dangers des «Mantame» ou les «0,25» dans les cours de récréations des lycées et collèges du Gabon, ainsi que dans les bars, boîtes de nuit et snacks des grandes villes, les «Kobolo» ne semblent nullement inquiéter les autorités.

Pourtant, certains se rappellent encore aujourd’hui des usages donnés à certains produits (calmants, somnifères) de l’entreprise pharmaceutique suisse Roche. Détournés de leur prescription initiale en pharmacie, ces produits s’étaient érigés en de véritables drogues, souvent destructrices pour leurs jeunes consommateurs.

En 2017, le phénomène a refait surface. Mieux, si l’on se gardait d’évoquer ouvertement qu’on consommait «les Roche», aujourd’hui, une sorte d’éloge est fait autour des «Kobolo». Un ensemble de produits pharmaceutiques dont l’usage a été détourné. Ce sont les nouvelles drogues des «goudroniers», une nouvelle classe de délinquants, pour la plupart issus de quartiers malfamés de Libreville, dont l’appartenance est de plus en plus revendiquée par certains membres sur les réseaux sociaux.

Depuis quelques jours, le mot «Kobolo» a fait son apparition sur les réseaux sociaux. Cette nouvelle drogue bénéficie d’une bonne publicité auprès du public jeune. Des chansons sont produites à la gloire de ces «pions», souvent sans réelle intension d’en faire la promotion. C’est notamment le cas du titre évocateur, «Kobolo», des singles du jeune rappeur gabonais Alex Valkilme, et du duo formé par Lanes’K Benk’s et Mysther La Zig. Comme le membre de l’écurie Saarcel Music, le duo de Magic Prod Family présentent le «Kobolo» comme une substance rendant insensible et invincible son consommateur. Ce qui est totalement faux. Et les rappeurs Saint John’s Aken’s et Donz’er l’interprète du célèbre titre «Goudronier (dans les kobolos)», devraient le savoir.

Placé «sous très haute surveillance» en 2012 par des chercheurs suisses relayés par le site Medisite.fr, bien que l’OMS n’ait pas encore déconseillé son utilisation, le Tramadol et ses semblables pourraient avoir des effets secondaires dangereux au niveau du système digestif, selon le Pr Jean-François Bergmann, chef de service de médecine interne à Paris. Au même titre que la codéine, le site du journal français Le Monde, le présentait, en décembre 2013, comme «l’héroïne de M. et Mme tout le monde». En effet, le Tramadol est un médicament antalgique opiacé. Or, l’on sait que, dérivés de l’opium, les opiacés correspondent à une substance médicamenteuse narcotique.

Initialement prescrit comme un antidouleur (modérée ou sévère), le Tramadol (encore appelé Toplagic, Contramal, Monocrixo ou Zamudol), est vendu sous le manteau au Gabon, parce qu’uniquement accessible en pharmacie par ordonnance. Son prix est estimé à 250 francs le cachet, mais «ça peut varier, selon qu’on est ou pas un habitué du revendeur», confie Serge K., qui dit déplorer le phénomène. Un phénomène que les autorités gabonaises, elles, semblent totalement méconnaître. A moins de faire l’autruche. Pendant ce temps, les «Kobolo», consommés avec des boissons gazeuses et des jus de fruits, continuent de faire leurs ravages.