Dans le Woleu-Ntem, l’exploitation illégale du Kevazingo, un bois précieux du Gabon en voie de disparition, se poursuit allègrement. Une grume a été «volée» à Bitam avant d’être livrée à Mitzic, sans nul doute avec l’aide des contrôleurs routiers et surtout celle des représentants du ministère de la Forêt, de la Mer et de l’Environnement, qui semblent nier l’autorité de Pacôme Moubelet Boubeya.

L’exploitation illégale du Kevazingo semble bien entretenue dans le Woleu-Ntem. © Facebook/marconaessangui

 

Sur instruction du ministre d’Etat en charge de la Forêt, de la Mer et de l’Environnement, depuis le 30 octobre dernier, toutes les activités de bois vendu par l’administration ont été suspendues dans le Woleu-Ntem et l’Ogooué-Ivindo. De ce que l’on sait, la mesure de Pacôme Moubelet Boubeya n’a pas encore été levée. Pourtant, ces derniers jours, des mouvements pour le moins suspects de billes de bois ont été enregistrés dans la première province citée. La semaine écoulée, une bille de Kevazingo a quitté Bitam pour une scierie de Mitzic, Soliga, supposée appartenir à un entrepreneur chinois nommé Huang. Comment cela a-t-il été rendu possible ? Certains, à l’instar de Marc Ona Essangui de l’ONG Brainforest et Emmanuel Marcos Zue Meye de la Confédération des petites et moyennes entreprises et industries(CGPMEI), y voient le fait d’une «mafia» soutenue et entretenue par des autorités publiques.

«Comment se fait-il que nos activités dans Woleu-Ntem et dans l’Ogooué-Ivindo ont été suspendues jusqu’à présent mais que certains parviennent à vendre leur bois, qui plus est le Kevazingo, une des essences qui bénéficient de plus de contrôle de la part du gouvernement ?» s’est interrogé le président de la CGPMEI. Ce dernier se souvient d’ailleurs qu’en août dernier, une première bille de bois était partie de Bikondom (toujours à Bitam) pour l’usine Gahudi à Ntoum, après deux semaines de saisie à Ndjolé. Si l’affaire était presque passée sous silence, certains avaient tout de même cherché à comprendre ce qui avait motivé les agents des Eaux et Forêts de Ndjolé à laisser partir le bois saisi, d’autant qu’ils avaient décelé des «irrégularités» dans le bordereau et attestation de vente.

Pour le président de la CGPMEI, «il est évident que des collaborateurs du ministre d’Etat en charge de la Forêt ainsi que des responsables de la direction provinciale des Eaux et Forêts du Woleu-Ntem ont des responsabilités dans ces deux affaires, dans laquelle ils tirent sans aucun doute des avantages pécuniaires ou d’un autre genre. Ce qui est pire, c’est que ces exploitants qui créent le tollé ces derniers jours ne sont titulaires d’aucun certificat de cession, contrairement à nous dont les activités ont été illégitimement suspendues».

Sur son compte Facebook, le secrétaire exécutif de Brainforest n’a pas manqué de réclamer «des têtes», d’autant qu’il soupçonne «des fonctionnaires des Eaux et Forêts, des (agents des) forces de police et de gendarmerie» d’être «complices» des opérateurs forestiers véreux. Marc Ona Essangui évoque, lui aussi, une «mafia autour du Kevazingo» à laquelle il entend mettre fin.

Du côté du ministère en charge de la Forêt, le «scandale de la bille de Kevazingo» décrié par l’ONG environnementale et les petits  exploitants forestiers en cessation d’activité n’a pas encore fait réagir. Certains soupçonnent que ce «trafic» ait des ramifications au gouvernement, voire au sommet de l’Etat, quand d’autres pensent que c’est simplement l’autorité du ministre d’Etat Pacôme Moubelet Boubeya qui est bafouée.

Prisé par les opérateurs chinois pour sa qualité (une des essences les plus dures de la forêt), le prix du Kevazingo est évalué à 800 000 francs CFA le mètre cube.