Plus de deux semaines après l’interdiction du gouvernement d’exploiter le Kevazingo, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises et industries (CGPMEI) qui dit respecter cette décision dénonce «la diabolisation» dont feraient l’objet les petits exploitants forestiers exerçant essentiellement dans la récupération de bois au sol.

Des membres de la CGPMEI en compagnie de Pacôme Moubelet Boubeya, en mars 2018 à Libreville. © D.R.

 

Accusés d’exercer illégalement leur activité de récupération de bois dits abandonnés, en dépit de la décision du gouvernement d’interdire l’exploitation du Kevazingo, les petits exploitants forestiers, membres de la CGPMEI, s’insurgent contre «la diabolisation» dont ils feraient l’objet ces derniers jours de la part de certaines ONG et médias nationaux. Dans une déclaration parvenue ce lundi 12 mars à Gabonreview, Emmanuel Zue Meye, le président de cette structure assure que ses compagnons et lui-même ont bien accueilli la décision du ministre d’Etat en charge de la Forêt et de l’Environnement, avec lequel ils en ont d’ailleurs discuté récemment.

Depuis le 12 janvier, en effet, les représentants de la CGPMEI ont été reçus en audience à deux reprises par Pacôme Moubelet-Boubeya. «Au cours de (la première) audience, monsieur le ministre d’Etat nous avait clairement fait comprendre que toutes exportation de stock de Kevazingo était suspendue, que les conditions d’exploitation de cette essence allaient être revues et que les conditions de vente allaient également être étudiées et réaménagées. Le ministre d’Etat a certes pointé du doigt toutes les mauvaises pratiques du secteur forestiers, mais il n’a jamais été question d’indexer et considérer toute la filière d’exploitation comme illégale», rapporte la CGPMEI.

Emmanuel Marcos Zue (au milieu), en audience avec le ministre d’Etat en charge de la Forêt. © D.R.

Au cours de ces échanges, précise-t-elle, les petits exploitants forestiers n’avaient pas manqué d’exprimer au membre du gouvernement leur souhait de procéder aux opérations d’évacuation de leurs stocks de bois au sol, ce qui leur aurait été accordé.

Disant ne pas comprendre les attaques dont ils disent être la cible, Emmanuel Zue Meye assure que leur activité est conforme au respect de la loi. «L’ouverture des activités de récupérations des bois abandonnés ou coupés illégalement répond bien à l’encadrement d’une réglementation à travers le décret 0273/PR/MEF du 02 février 2011 fixant le statut des bois abandonnés. Ce cadre juridique a été suivi d’un arrêté pour encadrer les activités autour de la récupération des bois abandonnés conformément au code forestier. C’est dans ce domaine moins contraignant financièrement que de nombreux nationaux se sont investis avec des procédures parfaitement suivis par l’administration. Les dérives observées ont été jusqu’ici très importantes, mais ne constituaient pas des règles de fonctionnement établies par l’administration. C’est d’ailleurs cela qui a longtemps entrainé nos différentes contestations contre certains responsables administratifs du département aujourd’hui remplacés par le ministre d’Etat lors du dernier Conseil des ministres», tente d’expliquer le chef de file de la CGPMEI.

Toutefois, les membres de la CGPMEI, exerçant pour la plupart dans la province du Woleu-Ntem, disent vouloir croire que «les décisions du ministre d’Etat autour de cette activité (…) ne cachent pas d’agenda au profit de certaines multinationales déjà connus». Aussi, disent-ils s’interroger, par exemple, sur la destination qui sera donnée aux stocks de bois accumulé par les partenaires Chinois. «Qui rachètera nos stocks de bois au sol ? Que fait-on de ceux qui ont des autorisations spéciales de CITES en cours ?», questionne le président de la structure, qui attend des éclaircissements de la part du gouvernement.