Pour la première fois au Gabon, 15 chants religieux dans la pure veine catholique sont réunis sur un CD. «Katoliki» remémore et fait découvrir une des traditions vocales chrétiennes les plus anciennes du Gabon.

Détail du cover de l’album. © Monguitigana

 

© Monguitigana

On est bien loin des productions minimalistes et bien souvent brouillonnes de la musique chrétienne produite à tour de bras, ces derniers temps, par les églises dites du Réveil. Sorti des tréfonds de la mémoire, «Katoliki» – plus complètement «Idyémbo si Katoliki» – un tout nouvel album de chant religieux produit par l’association culturelle Monguitigana, avec le précieux concours du chœur Le Chant sur la Lowé, rompt radicalement avec les musiques produites ces derniers temps et comportant deux accords de guitare, trois notes prolongées d’orgue et des choristes cheap ; ces musiques religieuses qu’un journaliste d’Africa N°1 qualifiait de musique Punk de Dieu.

À l’antipode de cette tendance, «Katoliki» compte 15 œuvres musicales pouvant faire penser, les yeux fermés, à un concert d’«indigènes» du Gabon dans la majestueuse cathédrale Notre-Dame de Paris. Ce que dément tout de suite le vidéoclip de «Mi pangana n’Ayè», tourné sur une plage du Gabon et visible sur Youtube. L’œuvre est résolument gabonaise.

L’album commence par une féerie acoustique – piano, guitare – dont la magie est ensuite amplifiée par un mariage d’orgue et d’accordéon introduisant une voix soliste sur la chanson «Pyèrè n’awè, Rèra» (Plus près de toi, mon Dieu). À lui seul, ce titre décline tout le concept et le ton de l’album : la reprise en langue gabonaise – l’Omyènè – de classiques du chant religieux catholique, connus depuis de très longues décennies ; la plupart des titres de cette compilation remontant d’ailleurs au milieu du siècle dernier.

La chorale Le Chant sur la Lowé est littéralement Grégorienne sur «Pangue Lingua» (2è titre de la collection), une chanson voguant sur une rivière mielleuse de violon et claviers. Le chœur est tout simplement magnifique lorsqu’il donne la réplique à l’une de ses solistes à la voix d’ange, sur «Oféya myè» (Tu m’invites). À quelques nuances près la même magnificence se reproduit sur «Salé Maria salé» (Ave Maria stella), sur «Ighéwa gni ré gogo» (Grande est la joie) et naturellement sur tous les autres titres de cette collection pleine de styles variés, puisés dans le patrimoine de l’Eglise catholique. «Idyèmbo si Katoliki» signifie d’ailleurs «chants catholiques».

D’un point de vue purement historique, ce voyage dans le temps, à travers 15 chants liturgiques ayant rythmé pendant de longues décennies les offices de l’Église catholique romaine au Gabon, s’inscrit dans le cadre du concile du Vatican convoqué en 1958 par le pape Jean XXIII, en vue d’amener les catholiques à réfléchir sur le rôle de l’Eglise et sur les nouvelles façons d’annoncer l’Evangile. «Une des premières mesures du Concile Vatican II est de tolérer l’usage des langues maternelles, c’est-à-dire locales, lors des liturgies. Les messes seront désormais dites dans des langues usuelles et non plus en latin. Et les prêtres devront se consacrer exclusivement aux fidèles. Idyémbo si katoliki n’aura pas attendu le Concile Vatican II, car il est édité en 1954 et contient Cent trente cinq (135) chants. Mais il est en harmonie avec les décisions de ce Concile. Idyémbo si katoliki aura mis à contribution les Missions de Libreville, Port-Gentil, Fernan-Vaz, et de Lambaréné. Sophie Odouka, Toussaint Anguilè, Monseigneur André Raponda-Walker, Monseigneur Adiwa, Monseigneur Fernand Anguilè et le Père Léon Lejeune, notamment, se seront investis dans l’élaboration de cet ouvrage», indiquent, dans une note ouvrant le livret de lyrics contenu dans le CD, Isabelle Essonghe et Imunga Ivanga, producteurs de l’œuvre phonographique, réédition des chants d’une époque presqu’oubliée.

«Idyèmbo si Katoliki» remémore donc et fait découvrir une des traditions vocales les plus anciennes de l’humanité : le chant religieux. Il faut dire que cette expérience musicale et spirituelle ne concerne pas seulement les adeptes de l’Église catholique, c’est aussi un apport majeur au patrimoine culturel du Gabon et, partant, de l’humanité. Le CD est disponible au public, notamment chez Discotype sur l’esplande de Mbolo et dans certaines paroisses.