Kacky Disco, le militaire à la guitare endiablée, ancien sociétaire des Codos, un groupe musical composé de soldats, a rendu l’âme à Bongolo, le 3 septembre 2017. Rock star à la gabonaise, il était le créateur d’une danse nommé Oriengo et le continuateur de Paul-Marie Mounanga, père de la musique gabonaise moderne.

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Promoteur controversé de l’Oriengo, une danse ayant fait fureur, il y a bientôt une dizaine d’années, chanteur, guitariste compositeur, Kacky Disco est décédé à l’hôpital de Bongolo, le dimanche 3 septembre. Parti à Lébamba, sa ville natale,  en vue de donner un concert pour un retrait de deuil, il a ressenti un malaise et a été transporté au célèbre hôpital de l’Alliance Chrétienne où il a été interné pour surmenage, selon les sources familiales. Il y a rendu l’âme.

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Kacky Disco, également appelé le King, le catalyseur, le commandant en chef de l’Oriengo, cette danse dont la paternité lui était discutée par des musiciens Congolais a démarré sa carrière dans la rumeur. Celle-ci grondait et s’était répandue à travers tout le pays : un militaire fait sauter les pistes de danse avec une guitare en guise de fusil. Son nom était déjà tout un programme : Kacky Disco ; kaki comme le tissu militaire, et disco comme la musique des discothèques dans les années 70. Guitariste, chanteur, compositeur d’une extraordinaire densité, il était sans conteste la personnalité la plus charismatique apparue sur la scène musicale nationale ces quinze dernières années.

Né le 5 août 1964 à Boussombi par Lébamba, le futur Kacky Disco, Antoine Biyamba de son vrai nom, se confectionne, dès l’âge de 8 ans, une guitare à 4 cordes. Très bricoleur et s’inspirant des pochettes de disques, il finit par fabriquer de la même manière une batterie et d’autres guitares. Il crée ainsi sa première formation musicale vers 1978. Ce petit orchestre artisanal devient, vers 1984, les «Itammoniens». Ils animent alors certaines cérémonies dans leur localité.

Lorsqu’il arrive à Libreville, à la faveur d’un recrutement dans l’armée, Kacky Disco tombe des nues : les guitares ont 6 cordes ; il réalise que son bagage musical n’est qu’au point zéro. Il lui faut apprendre. Avec sa première solde, il s’achète une guitare et, pour se former aux côtés de vrais musiciens, il s’engage comme roadie (bagagiste) dans le groupe d’animation Missema. Il fera tour à tour la même chose avec les groupes Bomamè et Moukoga. Dans ce dernier groupe, il apprend la danse et observe méticuleusement le soliste Sita Mbélé pour en reproduire les accords, une fois renté chez lui. Il finit par devenir le guitariste d’accompagnement de ce groupe d’animation.

Le destin veut qu’à la faveur d’une formation militaire, Kacky Disco se retrouve au Zaïre (actuelle RDC) en 1989. Il y intègre un orchestre de quartier et améliore sa technique instrumentale. Lorsqu’il revient au Gabon, les groupes d’animation ont cessé d’exister. Il décide alors de monter sa propre formation. Mais, doutant de sa voix, il hésite à chanter. Il se décomplexe en France, où il se retrouve en 1993, en regardant chanter Jacob Desvarieux. De retour au pays il joue avec Nduma système. Il signe Itsana, le tube de ce groupe en 1994/95. Cette chanson le révèle au public gabonais. Deux ans après, les studios Kage Pro le convient à créer les Codos. Encore une fois, ses chansons deviennent des tubes. Notamment Ikoda et Matchui Madiba. Parallèlement aux Codos, il crée en 1998 Mukeka Vision, son propre groupe, et publie, en 2000, Bia Sala, un album solo dont le titre phare Apindi-Apindi rencontre un vif succès. En 2004, dans Opération Ngéné, album des Codos, il compose  Petit Modèle qui est censuré, du fait d’un vidéo-clip jugé obscène. Kacky Disco est en effet un promoteur de la danse Oriengo créée par un Gabonais dénommé El Matador. Par ailleurs, il entretient la mémoire de Paul-Marie Mounanga, l’un des pionniers de la musique gabonaise moderne dont il a interprété Panza Bitsaka dans le dernier album des Codos.

L’artiste qui a sorti entretemps d’autres albums dénommait sa musique le Maniexe Mode et l’Ikoda, un genre de zouk local également appelé Bol. La fusion de ces deux rythmes donnait le Matsuaka-Matsuaka. Une expression qu’il a fini par ne plus utiliser, préférant se faire appeler le King, le catalyseur, le commandant en chef de l’Oriengo.

Son éclipse de la scène ces dernières années était un indicateur des tendances culturelles du pays : malgré les efforts et le talent de leurs artistes, les Gabonais préfèrent consommer les rythmes venus d’ailleurs, sans doute du fait de l’absence d’une véritable promotion des arts locaux. Puisse sa disparition le refaire monter au sommet des hit-parades locaux. Il avait 53 ans.