A l’issue de l’assemblée générale le 13 décembre à Libreville, le Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) a décidé d’entrer en grève générale illimitée dans 24 heures. Un mouvement qui ne sera levé qu’au départ du ministre de la Justice.

Les magistrats porteront plainte pour outrage, injures et diffamation contre le ministre de la Justice, Francis Nkéa Nzdigue. © Gabonreview

 

En colère et indignés par le comportement «désinvolte» et «puéril» du ministre de la Justice, le Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) a pris une décision forte à l’issue de l’assemblée générale tenue le 12 décembre à Libreville. Les magistrats ont décidé d’entamer une grève générale illimitée à compter du 14 décembre. Et ce, jusqu’au départ du gouvernement de Francis Nkea Ndzigue, l’actuel ministre de la Justice.

Dans le même élan, les magistrats ont annoncé le dépôt imminent d’une plainte contre le membre du gouvernement, pour injures et diffamation. «Oui monsieur le ministre, la justice gabonaise est corrompue ! Oui monsieur le ministre, la justice gabonaise est aux ordres et dépendante ! Oui monsieur le ministre, la justice gabonaise est à deux vitesses ! Cela est d’autant plus vrai que ce n’est pas la qualité et la pertinence de vos plaidoiries qui vous faisaient gagner les procès mais plutôt le juge corrompu», a déclaré le président du Synamag.

Les magistrats en grève illimitée. © Gabonreview

Pour Germain Ella Nguema, en effet, l’actuel ministre de la Justice, présenté comme «avocat, voire commis d’un système», est très mal placé pour parler de la corruption dans la justice. «Votre passif vous disqualifie pour vous présenter comme défenseur de la moralité dans les juridictions», a ironisé le président du Synamag.

Selon le Synamag, la communication «théâtrale» de l’auxiliaire de justice a eu le mérite de montrer à l’opinion les lacunes du ministre de la Justice, qui ne «maîtrise aucunement les procédures pour lesquelles il officie et en fait son gagne-pain, mais surtout, l’absence d’éthique, de hauteur et de décence qui doivent caractériser un ministre de la République».

«La sortie médiatique de ce dernier n’est que l’expression d’une frustration longtemps contenu à l’endroit des magistrats. Le mépris qu’il a affiché et le dénigrement à l’endroit des collègues ont avili l’institution judiciaire, blessé la République et suscité davantage la méfiance du peuple gabonais vis-à-vis de sa justice», a déploré Germain Ella Nguema.

Accusé par les magistrats de s’opposer à une décision prise par le juge Antsouo Aboudou Danièle Mysère Angela, dans l’affaire Waghe Ayouba, le ministre de la Justice avait indiqué, le 8 décembre, que le juge avait été «grossièrement corrompu» (voir : Justice : Francis Nkéa répond aux magistrats).