Libérée ce vendredi et non hier comme le rapportaient certains, la jeune élève du lycée Paul Indjendjet Gondjout et son frère ont regagné leur domicile. Leur incarcération 7 jours plus tôt a créé un tollé sur la Toile. Les politiques se sont accaparés de l’«affaire», avec plus ou moins de sincérité.

Le ministre de la justice, Edgard Anicet Mboumbou Miyakou, en compagnie des membres de la famille, le 3 janvier 2019. © D.R.

 

Contrairement à ce que rapportaient la veille certains médias nationaux, à l’instar de Gabonreview, ce n’est que ce vendredi 4 janvier que la jeune Judica Moussavou et son frère Yves II Diang-Di-Nzahou ont été libérés. Si leur avocat, Anges Kevin Nzigou, précise que l’affaire reste en instruction, le sort des deux jeunes gens poursuivis pour des faits qualifiés de «vol aggravé» a ému la Toile et aiguisé l’appétit de certains, y compris les personnalités politiques du pays.

Le premier à avoir tenter de faire de la récupération (politique ?) de la mise en détention préventive des jeunes était Hercule Nze Souala. Réputé proche du directeur de cabinet du président de la République, et souhaitant sans nul doute montrer qu’il avait le bras long, il avait dit prendre «le relai» des internautes s’étant mobilisés pour demander leur libération. Le jeune entrepreneur s’était alors engagé à «payer les 800 000 FCFA» de caution. Or, selon les parents, cette somme ne leur a jamais été proposée par Hercule Nze Soualani ni par personne d’autre. Mieux, si le leader du mouvement Wabouna a laissé croire, jeudi, sur les réseaux sociaux qu’un avocat avait également été contacté par ses soins pour la défense des deux prévus, là aussi, il n’en fut rien.

En réalité, c’est l’activiste et patron de Brainforest, Marc Ona Essangui, qui a contacté l’avocat Anges Kevin Nzigou pour le mettre en contact avec la famille de Judica. S’étant vu proposer la somme de 200 000 FCFA par la mère de la jeune fille, qui disait ne pas avoir plus, l’avocat a accepté de défendre gratuitement l’élève de 16 ans et son frère.

L’autre personnalité politique à s’être intéressée à l’affaire est Edgard Anicet Mboumbou Miyakou, qui a reçu en audience, jeudi, les membres de la famille des jeunes mis en cause. Curieux ! Selon la famille, le ministre (une fois n’est pas coutume) s’est lui-même dit indigné par la «situation d’injustice» vécue par ces jeunes. Le membre du gouvernement est-il intervenu personnellement pour la libération provisoire des jeunes gens ? Rien ne permet de l’attester. Il n’empêche, quelques heures avant cette libération, les parents de Judica et Yves II, avaient affirmé sur Facebook que «toutes les dispositions ont été prises par Monsieur le ministre afin que Judica Starla et son grand frère Yves II soient relaxés le plus tôt possible».

Pour l’avocat Anges Kevin Nzigou, le plus dur reste désormais à faire : obtenir un non-lieu pour les deux jeunes et rétablir leur honneur. Mais il n’en doute pas : ils ont été «illégalement placés en détention préventive le 28 décembre», d’autant que «rien dans le dossier à ce stade ne pouvait justifier (leur) inculpation».

«Les procédures à venir viseront donc à laver mes clients de tout soupçon d’une part. Et, d’autre part à engager les responsabilités nécessaires afin que nul n’ignore que si le juge est chargé de dire le droit il n’est nullement au-dessus de la loi qui s’applique et s’impose aussi à lui», annonce le jeune avocat au barreau du Gabon.