Oiseux et enfantin, le débat sur l’appartenance à l’opposition pose de nombreuses questions, notamment sur la valeur des accords et assises politiques. Il soulève aussi de sérieux doutes sur la compréhension du jeu démocratique et de l’exercice du pouvoir d’Etat. 

L’opposition ne se résume pas à la non-adhésion au PDG et, plus largement, à la Majorité sociale et républicaine pour l’émergence. © D.R.

 

C’est un débat oiseux, enfantin voire infantile. Pourtant, certains veulent le nourrir. D’un côté, le trio Maganga Moussavou – Ndemezo’Obiang – Ndaot Rembogo. De l’autre, David Mbadinga et certains ténors de la Coalition pour la nouvelle République (CNR). Chacun d’eux s’efforcent de donner sa définition d’une notion universellement connue : l’opposition politique. Pour les uns, elle se résume à la non-adhésion au Parti démocratique gabonais (PDG) et, plus largement, à la Majorité sociale et républicaine pour l’émergence (MSRE). Pour les autres, elle procède d’une démarche et de désaccords politiques ou idéologiques avec les détenteurs du pouvoir d’Etat.

Raisonnement spécieux

De prime abord, les deux thèses se comprennent intellectuellement. Pour n’avoir pas signé la charte de la majorité, le Parti social-démocrate (PSD), Démocratie nouvelle (DN) et le Parti pour le développement et la solidarité sociale (PDS) croient pouvoir s’en démarquer. Surtout après les rappels à l’ordre de Guy-Christian Mavioga, les invitant à clarifier leur position (lire «Mavioga veut voir clair»). Une charte est-elle un marqueur idéologique ? Permet-elle de déterminer l’orientation politique ? C’est la lecture du vice-président de la République. C’est aussi celle du président du Conseil économique et social (CES) et de son homologue du Conseil national de la démocratie (CND). A leurs yeux, on peut se réclamer de la contestation tout en prenant une part active à la gestion de l’Etat. Mieux, se définissant  comme une «opposition républicaine», ils estiment tirer une certaine légitimité de leur présence au dialogue politique d’Angondjé. Après tout, n’étaient-ils pas alors les «têtes de proue de l’opposition» ?

Seulement, leur raisonnement est à tout le moins spécieux. L’appartenance à l’opposition ne procède ni de la signature d’un quelconque accord politique ni de la participation à des assises. Elle découle plutôt d’une succession de choix idéologiques et politiques. Elle se traduit par des positions et options antinomiques de celles des gouvernants. De façon concrète, elle se matérialise par une absence des sphères décisionnelles. Or, le PSD, DN et le PDS figurent bien au nombre des détenteurs du pouvoir : en plus de contrôler certaines institutions, ils sont éminemment représentés au sein du gouvernement. Peut-on «assister» le «détenteur suprême du pouvoir exécutif» dans la conduite des affaires publiques tout en contestant ses décisions ? Personne ne peut le prétendre. Peut-on diriger une instance au mandat élargi à «toutes les questions de développement économique, social, culturel et environnemental» sans faire partie de la coalition au pouvoir ? Nul ne saurait l’affirmer. Peut-on conduire les politiques publiques dans les domaines de l’énergie, de l’eau, du travail ou de l’agriculture sans convergence de vues avec la majorité parlementaire ? Il serait hasardeux de le soutenir.

Leçons de l’histoire

Pour appartenir à l’opposition, il faut ne pas disposer du pouvoir d’Etat. Il faut surtout combattre ses détenteurs, avec plus ou moins de vigueur. Autrement dit, il faut se constituer en un contre-pouvoir. Des opposants peuvent-ils faire cause commune ou se montrer arrangeants avec le pouvoir ? Défendue par le PSD, DN et le PDS, cette assertion n’a jamais été démontrée : comme l’attestent de nombreux exemples de par le monde, l’opposition défend les droits et libertés, soumet une offre politique alternative et favorise l’expression d’une autre catégorie d’acteurs. Certes, tous les partis peuvent prétendre œuvrer à l’accomplissement de ces missions. N’empêche, la présence au gouvernement en dit long sur le positionnement des uns et des autres. Au-delà, l’affiliation à la majorité parlementaire exprime une inclinaison politique. En ce sens, se remémorer du vote d’Albertine Maganga Moussavou lors de la révision constitutionnelle permet de situer le PSD sur l’échiquier politique national.

Sauf à s’arc-bouter contre le jeu de rôles du dialogue politique d’Angondjé, le PSD, DN et le PDS ne peuvent revendiquer un ancrage dans l’opposition. Dans le même ordre d’idées, l’exécutif ne peut feindre la neutralité sans laisser le sentiment de chercher à bâtir des institutions sur-mesure. Il ne peut entretenir la confusion sans donner l’impression de vouloir brider le jeu démocratique : assimiler des alliés objectifs du PDG à des adversaires revient, tout à la fois, à fausser les rapports entre l’exécutif et le législatif, combattre le pluralisme politique et empêcher le renouvellement des élites. Or, des événements antérieurs ont déjà montré où cette manière de faire peut conduire : à des élections chaotiques et meurtrières. Même si l’instinct de conservation explique certains comportements, personne ne gagne à ne jamais tirer les leçons de l’histoire.