Près d’un an après avoir lancé diverses actions au Gabon, comme en Europe et aux Etats-Unis, pour tenter de récupérer une victoire supposément «volée» lors de la présidentielle d’août 2016, l’ancien président de la commission de l’Union africaine semble essoufflé. Serait-ce la fin du mythe de l’alternance au sommet de l’Etat ?

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Onze mois, c’est long. Beaucoup trop long si derrière une ambition, aussi petite soit-elle, se cache en réalité une impréparation, un certain amateurisme, l’illusion de savoir où l’on va et ce qu’on fera face aux embuches. Au sein de l’opposition dite radicale, certains commencent à ressentir comme un goût d’amertume après la saveur d’un espoir de libération du Gabon avec Jean Ping pour cheval de bataille.

Près d’un an après, les regrets n’en finissent plus de se faire entendre, et ces derniers temps, l’attitude de l’ancien candidat consensuel de l’opposition à la présidentielle d’août 2016 pose question, y compris dans son entourage. Devait-on réellement lui accorder cette confiance ? Bénéficiait-il réellement d’un carnet d’adresses capable de faire changer les choses en cas de complications ? Au sein de l’opposition, plus personne n’est sûr de rien. Certains en viennent à douter fortement des qualités politiques de Jean Ping, d’autres se sont résolus, malgré eux, à sonner la fin d’un mythe entretenu des mois durant par un ancien diplomate auquel peu croient désormais.

Il faut dire que les deux derniers discours de Jean Ping ont eu du mal à être compris par ses militants. Celui du samedi 12 août avait déjà jeté un froid chez ses militants de la diaspora qu’il invitait de manière voilée à laisser tomber leur combat, «la résistance», pour se préparer à «la reconstruction» du pays. Seulement, si le président de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) avait précisé qu’il s’agissait d’une reconstruction matérielle et physique, moins d’une semaine après, son dernier discours du 18 août laisse clairement entendre que c’est le contraire auquel il appelle désormais.

De la construction à la destruction par l’insurrection, Jean Ping semble ne plus pouvoir se situer. L’opposant aurait-il perdu tout espoir d’accéder «démocratiquement» au pouvoir comme il l’a laissé entendre depuis le début de sa contestation de la réélection d’Ali Bongo ? Serait-il en train de donner la preuve de son incapacité à atteindre cet objectif ? Sur les réseaux sociaux, le nouveau positionnement de l’opposant fait débat et peu conviennent de répondre favorablement à son appel.

Si le journaliste Télesphore Obame Ngomo rit sous cape en évoquant «les derniers cris du bluff chinois», d’autres, à l’instar de Vivien Péa le leader de l’Union des jeunes du PDG exhortent les Gabonais à ne pas céder à «la déclaration incendiaire» et à dire «non à la violence proposée par Jean Ping». Pour sa part, Martin Edzodzomo-Ela a invité Jean Ping à «être extrêmement attentif aux actes qu’il pose, aux paroles qu’il prononce». «Jean PING appelle le peuple à la mobilisation, sans aucune préparation, sans aucune structure et sans vraiment un contenu mobilisateur adéquat motivant réellement ce peuple désorienté par tant d’impostures, tant de trahison, tant de mensonge par ces gens qui se sont insolemment enrichis en s’emparant par les détournements, la corruption des richesses du pays, dans l’exercice des fonctions étatiques», s’est inquiété l’opposant et ancien candidat à la présidentielle de 1998.

Comme quoi, près d’un an après sa prétendue élection dans les urnes, l’incapacité de l’ancien président de la commission de l’Union africaine à récupérer la victoire qui lui aurait été «volée» montre qu’il n’était finalement pas prêt. Serait-ce définitivement la fin d’un mythe ? Beaucoup pensent que oui.